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Sécurité nationale :
Washington contraint Anthropic à débrancher ses IA les plus avancées

Le gouvernement américain a contraint Anthropic à débrancher ses modèles d'IA les plus puissants au nom de la sécurité nationale. L'entreprise, qui dénonçait un « malentendu », a dû les désactiver pour tous ses clients — avant d'obtenir la levée des contrôles trois semaines plus tard.

Mis à jour le dimanche 12 juillet 2026 — 00h56
5 min
Le logo de Claude Mythos d'Anthropic affiché sur l'écran d'un smartphone tenu en main
Le logo de Claude Mythos, le modèle d'intelligence artificielle d'Anthropic, affiché sur un smartphone.© AFP / Nicolas Tucat

Anthropic a coupé le vendredi 12 juin 2026 au soir l'accès à ses deux modèles d'intelligence artificielle les plus avancés, sur ordre du gouvernement américain. La société dit avoir été forcée de « brutalement désactiver » ces outils lancés quelques jours plus tôt, une mesure qu'elle juge sans équivalent connu et impute à un « malentendu ». Le bras de fer aura duré dix-neuf jours : les contrôles ont été levés le 30 juin, et l'accès rétabli le 1er juillet.

Deux modèles étaient visés : Mythos 5, le plus puissant de la maison, et Fable 5, sa déclinaison bridée pour le grand public, mise en ligne le mardi 9 juin — le premier modèle ouvert à tous de la classe Mythos, la gamme la plus avancée d'Anthropic, dévoilée début avril et jusque-là réservée à un consortium d'entreprises et d'institutions, le projet Glasswing. Au nom du contrôle des exportations, Washington a exigé que ces outils deviennent inaccessibles à « tout ressortissant étranger, à l'intérieur ou à l'extérieur des États-Unis », jusqu'aux salariés étrangers de la société. Incapable de filtrer ses utilisateurs selon leur nationalité, l'entreprise a coupé les deux modèles pour la totalité de ses clients ; ses autres produits sont restés accessibles.

Un contournement des garde-fous à l'origine de la décision

D'après le site d'information Axios, l'injonction vient du secrétaire au Commerce, Howard Lutnick. Il serait intervenu après avoir découvert qu'une société avait su déjouer les protections de ces modèles, réputés débusquer et exploiter des failles informatiques à une vitesse inédite. Interrogé par l'AFP, le ministère du Commerce n'avait pas réagi. Fable 5 est bridé dans les domaines les plus sensibles — cybersécurité, risques d'attaques biologiques ou chimiques —, quand Mythos 5, dépourvu de ces limites, n'est ouvert qu'à environ 200 entreprises, institutions et agences publiques, retenues « en collaboration avec le gouvernement américain ».

L'entreprise a récusé la sanction. Qu'un « potentiel contournement » ait été repéré ne saurait justifier, a-t-elle plaidé, « le rappel d'un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes ». Étendu à tout le secteur, un tel principe « mettrait essentiellement à l'arrêt tous les nouveaux déploiements de modèles » d'IA de pointe, a-t-elle prévenu, alors qu'elle rivalise avec OpenAI, Google et le chinois DeepSeek. L'Union européenne, qui avait obtenu début juin l'accès à Mythos après plusieurs semaines de négociations, a vu dans l'épisode une nouvelle preuve du « besoin de souveraineté technologique de l'Europe » — une dépendance des administrations et des entreprises du continent qui nourrit déjà un débat sur la souveraineté numérique.

Une entreprise déjà en conflit avec l'administration Trump

Son patron, Dario Amodei, milite de longue date pour un encadrement public de l'IA. Dans un essai paru le 10 juin, il prônait des audits obligatoires des systèmes les plus puissants, calqués sur ceux de l'aviation civile — à condition qu'ils relèvent d'« une procédure légale transparente, équitable, claire et fondée sur des faits techniques ». La directive, a tranché l'entreprise, « ne respecte pas ces principes ». « Je n'arrive pas à déterminer s'il s'agit d'un acharnement judiciaire (...) ou d'un excès de zèle sécuritaire. C'est tout simplement grotesque », a réagi sur X Dean Ball, conseiller de la Maison Blanche sur l'IA jusqu'à l'été 2025.

Dario Amodei, patron d'Anthropic, s'exprime à la tribune du Sommet sur l'impact de l'IA à New Delhi
Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, lors du Sommet sur l'impact de l'IA à New Delhi, le 19 février 2026. AFP / Ludovic Marin

Le contentieux n'est pas nouveau. Début mars, le Pentagone avait résilié ses contrats avec Anthropic, classée « risque pour la chaîne d'approvisionnement » ; seule société dont les modèles étaient accrédités secret-défense, elle a porté l'affaire en justice, s'estimant punie d'avoir refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou à des armes autonomes. Début juin, Donald Trump avait pourtant instauré un contrôle public facultatif des modèles les plus avancés, premier infléchissement d'une administration jusqu'alors rétive à toute régulation au nom de la rivalité avec la Chine. Évaluée à près de mille milliards de dollars, l'entreprise a annoncé en juin avoir déposé son dossier d'introduction en Bourse, à l'image de son concurrent OpenAI.

Dix-neuf jours plus tard, la marche arrière

L'épilogue est arrivé fin juin. Le 30, Anthropic a annoncé que le département du Commerce levait les contrôles à l'exportation sur ses deux modèles ; l'accès à Fable 5 a été rétabli pour le monde entier le 1er juillet, celui à Mythos 5 rouvert aux organisations américaines approuvées, après un feu vert gouvernemental accordé dès le 26 juin, selon la presse économique américaine. « Ces deux dernières semaines, nous avons travaillé en étroite collaboration avec Anthropic pour analyser et approuver Fable 5 », a écrit Howard Lutnick sur X — le même secrétaire au Commerce qui, selon Axios, avait déclenché la coupure. Entre-temps, l'entreprise avait précisé l'origine de l'affaire : une méthode de contournement des protections de Fable 5, signalée par un chercheur extérieur. Le précédent, lui, reste : pour la première fois, Washington a débranché — puis rebranché — un modèle d'IA commercial utilisé dans le monde entier.

L'essentiel

  • Sur injonction du gouvernement américain au nom de la sécurité nationale, Anthropic a coupé le 12 juin 2026 l'accès à ses deux modèles d'IA les plus puissants, Mythos 5 et Fable 5, trois jours après leur lancement public.
  • La directive, prise au titre du contrôle des exportations, visait les ressortissants étrangers ; ne pouvant filtrer ses utilisateurs, l'entreprise a désactivé les modèles pour tous ses clients. En cause, selon Axios : le contournement des garde-fous de modèles capables de repérer des failles informatiques.
  • Le département du Commerce a levé les contrôles le 30 juin ; Fable 5 est de nouveau accessible dans le monde entier depuis le 1er juillet, Mythos 5 restant réservé à des organisations américaines approuvées.

Claire Moreau

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