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La semaine de 4 jours :
comment ça marche, ce que ça change vraiment

Travailler quatre jours plutôt que cinq : l'idée séduit, mais recouvre deux réalités très différentes — moins d'heures à salaire égal, ou les mêmes heures compressées. Ce que montrent les expérimentations menées au Royaume-Uni, en Belgique et en France, et ce qu'elles ne disent pas encore.

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Un bureau vide, illustration de la semaine de quatre jours
La semaine de quatre jours promet une journée de repos de plus — ou des journées plus longues.© AFP

Tout le monde en parle, mais rarement de la même chose. Derrière la « semaine de 4 jours » se cachent deux modèles que tout oppose. D'un côté, la semaine de quatre jours au sens strict : on travaille moins — souvent 32 heures au lieu de 35 — sans perdre de salaire. De l'autre, la semaine en quatre jours : on tasse les mêmes heures sur quatre journées plus longues. Le premier réduit le temps de travail ; le second se contente de le réorganiser. Confondre les deux, c'est passer à côté du débat.

Deux modèles, deux philosophies

La distinction n'a rien d'un détail. Avec 32 heures payées 35, le salarié gagne une journée de repos pleine, sans rogner sa fiche de paie — un argument de poids quand le coût de la vie pèse sur les ménages ; c'est le modèle le plus ambitieux, et le plus coûteux pour l'employeur. Avec les 35, voire 38 heures compressées, il n'y a pas de cadeau d'heures : la Belgique a inscrit ce droit dans la loi en 2022, mais à charge pour le salarié de caser ses heures sur quatre jours, soit près de 9 h 30 par jour. Repos supplémentaire d'un côté, journées à rallonge de l'autre.

Ce que montrent les expérimentations

Le test le plus commenté reste britannique : de juin à décembre 2022, une soixantaine d'entreprises ont réduit le temps de travail de 20 % sans toucher aux salaires ni aux objectifs. Selon ses organisateurs, la quasi-totalité des dirigeants ont jugé l'effet « positif », la fatigue et le stress ont reculé, et l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle s'est amélioré pour une majorité de salariés ; beaucoup d'entreprises ont prolongé l'expérience. L'Islande, le Portugal ou l'Allemagne ont mené des essais comparables. En France, où chaque coup de pouce au pouvoir d'achat est scruté, des expérimentations ont démarré en 2024, et plusieurs centaines d'entreprises s'y seraient essayées, selon les promoteurs de la mesure.

Les limites du modèle

Reste à garder la tête froide. La plupart de ces essais reposent sur des entreprises volontaires, souvent petites et déjà convaincues — un biais qui interdit d'en tirer une loi générale. Les résultats les plus spectaculaires émanent fréquemment des promoteurs de la mesure eux-mêmes, et non d'une évaluation indépendante. Surtout, tous les métiers ne s'y prêtent pas : à l'hôpital, dans l'industrie en continu ou les services au public, réduire ou comprimer le temps de travail soulève des questions d'organisation et de coût autrement plus lourdes.

Le débat, lui, ne fera que s'amplifier : à mesure que le rapport au travail évolue, la question n'est plus seulement « combien d'heures ? », mais « réparties comment, et pour quel gain ? ».

L'essentiel

  • Deux modèles cohabitent sous le même nom : la semaine de quatre jours (moins d'heures, souvent 32 au lieu de 35, à salaire maintenu) et la semaine en quatre jours (les mêmes heures compressées sur quatre journées plus longues).
  • Les expérimentations (Royaume-Uni en 2022, Belgique, France depuis 2024) affichent moins de stress et un meilleur équilibre de vie, mais reposent souvent sur des entreprises volontaires et des évaluations menées par les promoteurs.
  • Tous les métiers ne s'y prêtent pas : hôpital, industrie en continu et services au public posent des contraintes d'organisation et de coût bien plus lourdes.

Questions fréquentes

Quelle différence entre semaine « de » 4 jours et semaine « en » 4 jours ?
La semaine de quatre jours réduit le temps de travail (souvent 32 heures au lieu de 35) sans baisse de salaire. La semaine en quatre jours compresse les mêmes heures (35 ou 38) sur quatre journées plus longues, sans temps de travail en moins.
La semaine de 4 jours existe-t-elle en France ?
Pas comme un droit général. Des expérimentations ont démarré en 2024 et plusieurs centaines d'entreprises s'y seraient essayées, en tout ou partie, selon les promoteurs de la mesure ; la fonction publique mène aussi des tests locaux.
Quels sont les résultats des expérimentations ?
Le test britannique de 2022 (une soixantaine d'entreprises, temps de travail réduit de 20 % à salaire maintenu) a montré, selon ses organisateurs, moins de stress et de fatigue et un meilleur équilibre de vie ; la plupart des entreprises ont prolongé l'expérience.
Quels sont les inconvénients de la semaine de 4 jours ?
Dans le modèle compressé, des journées à rallonge (près de 9 h 30). Dans tous les cas, une faisabilité variable selon les métiers et des évaluations souvent menées par des entreprises volontaires, donc difficiles à généraliser.
Comment fonctionne la semaine de 4 jours en Belgique ?
Depuis 2022, le salarié peut demander à répartir son temps de travail sur quatre jours, mais sans réduction d'heures : il doit donc compresser ses 38 heures, soit environ 9 h 30 par jour.
La productivité baisse-t-elle avec la semaine de 4 jours ?
Les promoteurs affirment qu'elle se maintient, voire progresse, grâce à une meilleure concentration et à moins d'absentéisme. Ces résultats restent toutefois à confirmer par des évaluations indépendantes et sur des entreprises non volontaires.

Antoine Lefebvre

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