Chaque fois qu'une crise menace de submerger les hôpitaux — une canicule, une épidémie de grippe ou de bronchiolite, un afflux de blessés —, un dispositif s'enclenche en coulisses pour éviter l'embolie : le plan ORSAN. Méconnu du grand public, il est devenu le mot que prononcent ministres et directeurs d'hôpital dès qu'il faut, selon la formule consacrée, que « le système de santé tienne ». Voici ce qu'il recouvre.
Que veut dire ORSAN ?
ORSAN est l'acronyme d'« Organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles ». Né d'un décret du 6 octobre 2016 et inscrit dans le Code de la santé publique, il poursuit un but simple : organiser la montée en charge coordonnée de tous les acteurs du soin — hôpitaux publics et cliniques, Samu, médecine de ville, secteur médico-social — lorsqu'un événement exceptionnel fait gonfler le nombre de patients. Plutôt que de laisser chaque établissement improviser, ORSAN trace à l'avance les parcours de soins et la manière dont les renforts s'activent.
Le dispositif est piloté à l'échelon régional : c'est le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) qui l'arrête et le déclenche, après avis des préfets et en articulation avec le dispositif ORSEC, son équivalent du côté de la sécurité civile. En cas de crise majeure, le ministère chargé de la Santé peut l'activer au niveau national.
Les cinq volets du plan ORSAN
ORSAN n'est pas un plan unique mais une boîte à outils déclinée selon la nature de la menace. On en distingue cinq volets :
- AMAVI : l'accueil massif de victimes après un accident, une catastrophe ou un attentat ;
- EPI-CLIM : les tensions liées à une épidémie saisonnière, comme la grippe ou la bronchiolite, ou à un phénomène climatique — canicule, grand froid, pic de pollution ;
- REB : le risque épidémique et biologique, connu ou émergent, soit le volet d'une pandémie ;
- NRC : les accidents nucléaires, radiologiques ou chimiques ;
- MEDICO-PSY : la prise en charge psychologique des victimes d'un événement grave.
Canicule, épidémies : les niveaux du volet EPI-CLIM
Le volet le plus fréquemment mobilisé, EPI-CLIM, fonctionne par paliers, du plus calme au plus tendu. Le premier niveau relève de la veille — surveillance des indicateurs hospitaliers, à l'image de la veille saisonnière canicule ouverte chaque 1er juin. Le deuxième renforce la coordination entre établissements. Le troisième, présenté par les autorités comme « la réponse face à une tension maximale », est le cran le plus élevé de mobilisation ; un quatrième correspond à la sortie de crise et au retour à la normale.
Concrètement, passer au niveau 3 déclenche l'ouverture de lits supplémentaires en hospitalisation et en soins critiques, la déprogrammation des opérations non urgentes, le rappel de soignants via une cellule de crise de l'ARS, et la mobilisation de la réserve sanitaire et d'étudiants en médecine. Lors d'une canicule d'une ampleur inédite, le ministère a porté pour la première fois ce volet à son niveau 3 sur l'ensemble du territoire, avec une enveloppe de 100 millions d'euros pour installer des dispositifs de rafraîchissement — une mesure de la pression que les vagues de chaleur font peser sur l'hôpital.
ORSAN, plan blanc, plan canicule : ne pas confondre
Trois dispositifs s'emboîtent et sont souvent mélangés. ORSAN est le cadre régional qui coordonne l'ensemble du système de santé. Le plan blanc, lui, se joue à l'échelle d'un seul établissement : c'est l'outil par lequel un hôpital rappelle ses soignants en congé, ouvre des lits et déprogramme, quand ORSAN orchestre la réponse au-dessus de lui. Le plan national canicule et la vigilance de Météo-France — verte, jaune, orange, rouge — relèvent encore d'une autre logique, météorologique et préfectorale, qui sert de signal d'alerte, et dont découlent les consignes sanitaires. ORSAN, c'est la réponse du soin ; la vigilance, l'alerte qui la déclenche.
Inscrit dans le droit en 2016, ORSAN est longtemps resté un sigle d'initiés. Il fonctionne pourtant comme un baromètre : quand son niveau grimpe, c'est que l'hôpital, déjà sous tension chronique, approche de la saturation.











