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Les jeunes ne veulent-ils vraiment plus travailler ?

« Les jeunes ne veulent plus travailler » : la formule revient sans cesse. Les chiffres racontent autre chose — un chômage des jeunes deux à trois fois supérieur à la moyenne, un salaire toujours en tête de leurs attentes, mais une exigence nouvelle de sens et d'équilibre.

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Illustration sur l'emploi et le travail en France
Le rapport des jeunes au travail se transforme, sans disparaître.© AFP

« Les jeunes ne veulent plus travailler. » La phrase est devenue un réflexe — près des trois quarts des Français estiment les nouvelles générations moins travailleuses que les précédentes, et les intéressés eux-mêmes le concèdent en partie. Pourtant, quand on regarde les chiffres, le tableau se brouille : chez les 15-24 ans, près d'un actif sur cinq est au chômage, deux à trois fois plus que ses aînés. Avant de ne plus vouloir travailler, encore faut-il que le marché leur en laisse l'occasion.

Le rejet supposé masque d'abord une réalité économique. En 2025, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 19,8 %, contre 6,9 % pour les 25-49 ans, selon l'Insee. Le taux d'emploi des jeunes, lui, plafonne autour de 34 % — un chiffre trompeur, puisque la plupart sont encore en études. L'alternance, dans le même temps, n'a jamais autant séduit. Le problème n'est pas l'envie ; c'est l'accès à l'emploi.

Ce que les jeunes attendent vraiment du travail

Quand on les interroge, les jeunes placent le salaire en tête. Selon le baromètre de la Fondation Jean-Jaurès et de la Macif, leur première crainte est de ne pas gagner assez (46 %), et être bien payé reste leur attente numéro un (autour de 40 %) — un souci d'autant plus vif que le coût de la vie pèse. On est loin du désintérêt. Ce qui a changé, c'est l'exigence qui l'accompagne : depuis la crise sanitaire, une majorité dit chercher du sens et de l'engagement dans sa vie professionnelle, et beaucoup préfèrent une entreprise à taille humaine, ancrée dans leur territoire, à un grand groupe.

Le « quiet quitting », vrai désengagement ou simple limite ?

C'est l'autre symptôme que l'on agite : le « quiet quitting », la démission silencieuse — faire son travail, rien de plus, sans s'investir au-delà. Le phénomène est réel : environ 37 % des salariés français s'y reconnaîtraient, selon l'Ifop, et les moins de 35 ans sont en première ligne. Mais derrière l'anglicisme, beaucoup de spécialistes y voient moins un rejet du travail qu'un repositionnement : poser des limites, refuser que l'emploi déborde sur tout le reste. Une réaction, aussi, à des conditions et à un mal-être dont la santé mentale des jeunes porte la trace.

Reste le paradoxe : une génération que l'on dit fuyante devant l'effort affiche le salaire comme première attente et se heurte au chômage le plus élevé du pays. Le rapport au travail n'a pas disparu ; il s'est déplacé — du devoir vers la condition, de la loyauté vers le sens. Le reste tient peut-être à une constante : chaque génération a soupçonné la suivante de ne plus vouloir travailler.

L'essentiel

  • « Les jeunes ne veulent plus travailler » est une perception largement partagée (près de trois Français sur quatre), mais les données la nuancent : le frein principal est un chômage des 15-24 ans proche de 20 %, deux à trois fois supérieur à celui de leurs aînés.
  • Le salaire reste leur première attente (autour de 40 %, baromètre Jean-Jaurès/Macif) ; ce qui a changé, c'est l'exigence de sens et d'équilibre de vie, accentuée depuis la crise sanitaire.
  • Le « quiet quitting » (environ 37 % des salariés, Ifop, surtout les moins de 35 ans) traduit moins un rejet du travail qu'une volonté de poser des limites.

Questions fréquentes

Les jeunes ne veulent-ils vraiment plus travailler ?
Non : le salaire reste leur première attente, et le principal frein est le chômage des jeunes (près de 20 % chez les 15-24 ans), pas un refus de travailler. C'est leur rapport au travail qui change, vers plus de sens et d'équilibre.
Quel est le taux de chômage des jeunes en France ?
19,8 % chez les 15-24 ans en 2025 (Insee), contre 6,9 % chez les 25-49 ans — soit deux à trois fois plus que la moyenne des autres âges.
Qu'attendent les jeunes de leur travail ?
D'abord un bon salaire (autour de 40 %, baromètre Jean-Jaurès/Macif), puis du sens et de l'engagement, et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Qu'est-ce que le quiet quitting ?
La « démission silencieuse » : faire son travail sans s'investir au-delà du nécessaire. Environ 37 % des salariés français seraient concernés (Ifop), surtout les moins de 35 ans.
Les jeunes sont-ils moins travailleurs que leurs aînés ?
C'est une perception très répandue, partagée par une majorité de Français et même par une partie des jeunes. Mais les données montrent surtout un marché de l'emploi plus dur et des attentes différentes, pas un rejet du travail.
Le rapport des jeunes au travail a-t-il vraiment changé ?
Oui, selon les études (Fondation Jean-Jaurès, Ipsos, Institut Montaigne) : plus d'importance accordée au sens, à l'équilibre et aux conditions, moins de loyauté à l'entreprise. Mais le travail reste central, en particulier pour le revenu.

Thomas Renaud

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