Le 15 octobre, à Bangkok, où se tenaient les assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI), Mateusz Szczurek a présenté une prévision de croissance revue à la baisse pour la France : 0,4 % en 2026, contre 0,6 % prévu en juillet, et 0,7 % en 2027. Le directeur du département Europe du Fonds a jugé « absolument crucial » que le pays adopte à temps son budget pour 2027, « tel que proposé », pour « préserver la crédibilité budgétaire » et « ancrer la confiance des marchés ». « Nous sommes assez confiants dans la capacité de la France à réaliser ces économies », a-t-il ajouté (propos traduits de l'anglais).
La mission annuelle du FMI en France, dirigée par Manuela Goretti, s'est achevée le 21 mai. Dans sa déclaration finale, l'équipe recommande « un ajustement structurel important d'environ 0,8 % du PIB par an sur la période 2027-2029 » pour ramener le déficit sous 3 % en 2029. À un rythme plus faible, l'effort « resterait insuffisant » pour sortir de la procédure européenne de déficit excessif dans ce délai. L'équipe juge qu'« un recours accru aux hausses d'impôts n'est ni réaliste ni souhaitable », et propose des « tickets modérateurs soigneusement calibrés » pour les soins non urgents, ainsi que des incitations à « prolonger la vie active ».
Ces conclusions, précise le texte, sont celles des services et « ne représentent pas nécessairement celles du conseil d'administration », qui a conclu l'examen de la France le 17 juillet.
Ce que recouvre une « mise sous tutelle »
Une « mise sous tutelle », expression qui n'a rien d'officiel, désigne un programme d'aide : le FMI prête à un pays en échange de réformes qu'il lui impose. Un tel programme intervient d'ordinaire quand le pays ne parvient plus à emprunter sur les marchés à un coût supportable. La Grèce l'a connu en mai 2010. Le FMI lui a prêté 30 milliards d'euros et les pays de la zone euro 80 milliards, dans un programme négocié en lien avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne.
« En 2025, la demande pour ses titres a été trois fois supérieure à l'offre », a dit de la France le ministre de l'Économie, Roland Lescure, devant les députés le 13 octobre. Près de 90 % du programme d'emprunts de 2026 était déjà réalisé, a-t-il ajouté. L'État prévoit d'emprunter jusqu'à 340 milliards d'euros en 2027, contre 310 milliards en 2026, selon le compte rendu du Conseil des ministres du 1er octobre.
Le taux de l'État à dix ans, autour de 3,6 % en janvier selon l'agence de notation Scope, a atteint 4,99 % début octobre, son plus haut niveau depuis 2002. Le lundi 19 octobre en début d'après-midi, au lendemain d'un week-end de violences, il gagnait 0,09 point, à 4,87 %, contre 4,55 % pour l'Italie, d'après Reuters. « Les émeutes de ce week-end soulignent la difficulté d'assainir les finances publiques à un moment où une grande partie de la population est en difficulté », estimait Paul Jackson, analyste chez Invesco, cité par l'agence. La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt en juin puis en septembre 2026, à 2,5 %.
Le Mécanisme européen de stabilité, filet de la zone euro
Un pays de l'euro en difficulté peut se tourner vers le Mécanisme européen de stabilité, créé le 8 octobre 2012 pour prendre la suite du fonds temporaire ouvert en juin 2010, au début de la crise des dettes de la zone euro. Ses prêts sont accordés en échange d'un programme fixé dans un protocole que signe la Commission européenne. La Commission le prépare avec la Banque centrale européenne et, quand cela convient, avec le FMI. Le Mécanisme, la Commission, la BCE et, si possible, le FMI en surveillent ensuite l'application.
La Banque centrale européenne s'est dotée en 2022 d'un outil pour contenir une flambée des taux d'un pays, l'instrument de protection de la transmission, assorti de quatre critères d'accès. Le premier est le respect du cadre budgétaire européen : ne pas être sous procédure pour déficit excessif, ou ne pas avoir été jugé défaillant dans les mesures demandées par le Conseil de l'Union européenne. La France est sous une telle procédure depuis le 26 juillet 2024 ; le Conseil lui a fixé en janvier 2025 l'objectif d'en sortir d'ici 2029.
Des créanciers de plus en plus souvent étrangers
Fin juin 2026, la dette publique atteignait 3 595,5 milliards d'euros, soit 119 % du PIB, selon l'Insee, contre 115,7 % fin 2025.
La part de la dette négociable de l'État détenue par des non-résidents, mesurée en valeur de marché, est passée de 49,8 % fin 2022 à 56,1 % fin 2025, puis à 59,7 % fin juin 2026, d'après les données de la Banque de France publiées par l'Agence France Trésor. Les banques françaises en détiennent 10,5 %, les assureurs français 9,2 %, les fonds de placement français 2 % et d'autres détenteurs français 18,7 %. Devant les députés, Roland Lescure a précisé qu'environ 70 % des investisseurs « se situent dans la zone euro ».
Le gouvernement prévoit que les intérêts versés par l'ensemble des administrations passent de 79,2 milliards d'euros en 2026 à 91 milliards en 2027, d'après les prévisions examinées par le Haut Conseil des finances publiques. La France est notée A+ par S&P Global et Fitch. Moody's la classe toujours Aa3 sous perspective négative : le 23 octobre, l'agence s'est abstenue de toute action de notation.
« Le dernier excédent public constaté date de 1974 », rappelait en octobre 2024 le rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale, Charles de Courson, dans son rapport sur le projet de loi de finances. La prochaine mesure de la dette par l'Insee, arrêtée à la fin septembre, paraîtra le 18 décembre.











