« Une bonne nouvelle pour le pays. » À Londres, l'avocat Alan Collins n'a pas caché son soulagement en apprenant, lundi, la démission de Keir Starmer. Devenu très impopulaire en moins de deux ans à Downing Street, le Premier ministre travailliste a fini par renoncer, une décision que 62 % des Britanniques approuvent, selon un sondage YouGov réalisé le jour même auprès de 6 000 personnes.
Pour beaucoup, ce départ sonne comme un aveu d'échec. Porté au pouvoir sur la promesse d'un retour à la stabilité après des années de tumulte conservateur, le travailliste a vu sa cote s'effondrer face à un coût de la vie qui ne reflue pas et à des problèmes jugés mal traités. « Je suis sûr que cela a été un grand soulagement pour beaucoup de gens », glisse Alan Collins. La démission, espérée par une majorité, referme un chapitre sans rien régler des difficultés qui l'ont précipitée.
Annoncée devant le 10 Downing Street, sa sortie ouvre un boulevard à un seul homme : Andy Burnham. Ex-maire du Grand Manchester, surnommé « le roi du nord » après dix ans à la tête de la métropole, le travailliste est désormais le seul candidat déclaré à sa succession. Confortablement élu jeudi lors d'une législative partielle à Ashton-in-Makerfield, il a été investi député lundi après-midi et pourrait s'installer à Downing Street dès la mi-juillet.
« Une voix du nord » attendue au tournant
À Manchester, où il jouit d'une forte cote, l'enthousiasme reste mesuré. « Avoir une voix du nord à Downing Street », s'en félicite Louis Marks, 30 ans, salarié de la finance. Mais le futur chef du gouvernement devra « passer de la gestion d'un territoire local à celle d'un pays entier » et s'attaquer « à de très gros chantiers nationaux comme le coût de la vie », tempère-t-il. Burnham a précisément fait campagne sur ce terrain, promettant de réduire les factures d'énergie et d'eau des ménages.
Même prudence chez Aaron Wear, ingénieur de 23 ans : « Quand on est maire, on est très centré sur un territoire précis. Trouver le bon équilibre à l'échelle d'un pays tout entier pourrait s'avérer difficile. » Le défi est d'autant plus rude que Burnham héritera d'une économie atone, encore lestée par les effets du Brexit, et d'une scène internationale traversée par les conflits en Ukraine et en Iran.
La hantise d'un « cycle infernal »
Derrière le soulagement perce une lassitude plus profonde. Six chefs de gouvernement se sont succédé au Royaume-Uni en dix ans, et beaucoup redoutent que la valse continue. « Si, d'ici quatre mois, les gens ne ressentent aucun changement, on va se retrouver dans un cycle infernal », pronostique Louis Marks. À Londres, Maria, elle aussi salariée de la finance, résume le désenchantement ambiant : « J'ai l'impression que beaucoup de gens n'y croient plus. Il y a eu beaucoup de changements, mais rien ne s'améliore vraiment. »
Pour Alan Collins, tout dépendra de la capacité du successeur à rompre avec la décennie écoulée : si Burnham « est prêt à affronter les défis » du pays, « il a peut-être une chance », veut croire l'avocat ; sinon, « ce sera une occasion manquée ». Reste qu'à peine investi député, le « roi du nord » hérite déjà du fardeau qui a eu raison de son prédécesseur, et de la même question, lancinante, posée à chaque nouveau locataire de Downing Street : combien de temps tiendra-t-il ?











