La chaleur a tué plus de 60 000 personnes par an en Europe, en 2023 comme en 2024, selon les estimations de référence publiées dans la revue Nature Medicine. C'est ce bilan, devenu récurrent, que redoutent les autorités d'un continent frappé pour la deuxième fois en moins d'un mois par une canicule — celle qui s'aggrave ce week-end, du Royaume-Uni à l'Espagne.
Le constat scientifique est sans détour : entre 2015 et 2024, la quasi-totalité des régions européennes ont enregistré une hausse de la mortalité liée à la chaleur par rapport aux années 1991-2000, avec en moyenne 52 décès supplémentaires par million d'habitants chaque année, selon des chiffres compilés par le Lancet. Les canicules à répétition sont « un marqueur sans équivoque » du changement climatique, dû à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, rappellent les climatologues — et elles sont appelées à se multiplier, s'allonger et s'intensifier.
Du Royaume-Uni à l'Espagne, le thermomètre s'affole
Les niveaux d'alerte montent partout. Au Royaume-Uni, où le printemps a été le plus chaud jamais enregistré pour l'Angleterre et le pays de Galles, le pic est attendu lundi et mardi, avec 34 °C ou plus et une alerte orange sur le sud, Londres comprise ; le record de chaleur du mois de juin (35,6 °C) pourrait tomber. En Espagne, une vague « extrême » doit toucher la quasi-totalité du pays et les Baléares à partir de dimanche, jusqu'à 40 °C dans l'est. En Suisse, la région de Bâle est placée en vigilance 4 sur 5 et Genève dispense d'école ses plus jeunes élèves. L'Allemagne redoute un « stress thermique fort à extrême », de la Hongrie à l'Autriche, où de violents orages menacent les régions de montagne.
En France, un pic « remarquable » et l'ombre de 2003
En France, où deux départements sur trois sont en vigilance orange, Météo-France n'exclut pas de basculer plusieurs d'entre eux en vigilance rouge dimanche et compare l'épisode à celui d'août 2003. Le pic « remarquable » est attendu de dimanche à mardi, avec des « pointes à 40 °C » sur l'Ouest et le Centre, après un premier coup de chaud dès le mois de mai. Les écoles jonglent entre cours annulés et regroupements dans les salles les plus fraîches, en pleine période du baccalauréat.
Face à la chaleur, les villes improvisent : à Paris, la municipalité promet des climatiseurs dans toutes les écoles et ouvre ses parcs la nuit. Mais l'adaptation a ses limites, et les autorités sanitaires répètent le même message : boire, se rafraîchir, veiller sur les plus fragiles. Car derrière les records de température, c'est la part la plus discrète du bilan — les morts de la chaleur — qui s'alourdit d'un été à l'autre.











