Les Français désirent toujours autant d'enfants qu'ils en font de moins en moins. Le souhait moyen tourne autour de 2,3 enfants par femme, un chiffre resté stable depuis des décennies (étude Kantar pour l'Unaf). Or la France n'en compte plus que 1,56 par femme en 2025, sa plus faible fécondité depuis la sortie de la Première Guerre mondiale. Entre ces deux chiffres s'est creusé un écart — un « bébé manquant » — que personne ne décide et que beaucoup de choses expliquent.
La baisse n'a rien de soudain. En 2025, 645 000 bébés sont nés, selon le bilan démographique de l'Insee : c'est 2,1 % de moins qu'en 2024, et près d'un quart de moins qu'en 2010, dernier pic des naissances. Pour la première fois depuis 1945, le pays a même enregistré plus de décès que de naissances. Mais derrière les courbes, la vraie question est ailleurs : pourquoi les couples renoncent-ils, ou repoussent-ils ?
Pourquoi fait-on moins d'enfants en France ?
Les travaux de l'Unaf, l'union des associations familiales, et de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) convergent : les causes sont « d'abord matérielles ». Avant de fonder une famille, on attend désormais un emploi stable, un logement, parfois la fin d'études qui s'allongent. S'y ajoutent la fréquence des séparations et une parentalité plus tardive. Rien, dans ce tableau, qui trahirait un désamour de l'enfant : le désir, lui, ne faiblit pas. Et le renchérissement du quotidien, du logement au panier de courses, n'allège pas l'équation.
Un premier enfant de plus en plus tard
C'est l'un des moteurs les plus puissants de la baisse. En 1974, les femmes avaient leur premier enfant à 24 ans en moyenne ; en 2023, c'était près de 29 ans, et l'âge moyen à l'accouchement atteint désormais 31,2 ans. Or repousser le premier enfant réduit mécaniquement le nombre total : la fenêtre se rétrécit, la fertilité décline avec l'âge, et le deuxième ou le troisième enfant, souvent, ne vient plus. Ce décalage est lui-même un symptôme — celui d'une jeunesse qui met plus longtemps à réunir les conditions qu'elle juge nécessaires.
La politique familiale peut-elle inverser la courbe ?
Plusieurs études établissent un lien entre la dénatalité et les coupes successives dans la politique familiale française, autrefois l'une des plus généreuses d'Europe. Le gouvernement a bien lancé un « congé de naissance », mesure phare du « réarmement démographique » annoncé début 2024 : voté dans le budget 2026, il a été repoussé au 1er juillet 2026 et offrira un à deux mois mieux rémunérés par parent. Mais les démographes préviennent : une politique nataliste peut infléchir une courbe, rarement l'inverser. La France n'évitera pas le vieillissement de sa population ; la vraie inconnue est ce que ce basculement fera peser sur les retraites et la dépendance, et si le pays s'y prépare.
Reste l'écart, têtu, entre 2,3 et 1,56. Tant qu'il subsistera, la France comptera chaque année des centaines de milliers d'enfants désirés qui ne naîtront pas — non par refus de les avoir, mais faute d'avoir pu.











