Les océans n'ont jamais été aussi chauds au mois de juin. La température moyenne à la surface des mers du globe a atteint 20,98 °C, un record pour cette période de l'année, sous l'effet conjugué du réchauffement climatique et du retour d'El Niño, a annoncé l'observatoire européen Copernicus Marine. Et le plus fort pourrait rester à venir.
Ce niveau dépasse le précédent record de juin 2024 (20,89 °C). Sur l'ensemble du premier semestre, la surface des océans a connu sa deuxième période la plus chaude jamais mesurée, juste derrière 2024. « Les conditions actuelles pourraient indiquer le début d'une nouvelle phase, nous conduisant, une fois de plus, en territoire inconnu », met en garde Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique.
El Niño rebat les cartes
Deux forces se combinent. Une tendance de fond, d'abord : les océans, qui couvrent plus de 70 % de la planète, absorbent près de 90 % de la chaleur excédentaire produite par les activités humaines, au premier rang desquelles la combustion du pétrole, du gaz et du charbon. À cela s'ajoute El Niño, ce phénomène naturel qui réchauffe périodiquement les eaux de surface du Pacifique et revient tous les deux à sept ans.
Le centre et l'est du Pacifique équatorial, cœur du phénomène, ont été les plus touchés : l'océan Pacifique tropical y a battu son propre record semestriel, à 26,91 °C. « Avec l'arrivée d'une année El Niño, on peut s'attendre à ce que 2026 figure parmi les années les plus chaudes jamais enregistrées », prévient Simon van Gennip, océanographe à Mercator Ocean International.
La Méditerranée en première ligne
Pour les riverains français, c'est la Méditerranée qui concentre les inquiétudes. Mer quasi fermée, elle réagit vite au moindre coup de chaud de l'atmosphère : 98 % de sa surface a connu une vague de chaleur marine au premier semestre, et sa température a grimpé à 24,34 °C en juin, un record. Dans le nord-ouest du bassin, le pic relevé en début de semaine dépassait de 5,2 °C les valeurs normales, selon l'Institut des sciences de la mer de Barcelone, qui l'attribue en grande partie à la canicule que vient de traverser l'Europe.
Depuis janvier, 82 % de l'océan mondial ont subi une canicule marine, et près de la moitié une canicule forte à extrême. Ces épisodes déciment les espèces les moins mobiles — coraux, gorgones, oursins, mollusques —, incapables de fuir une eau devenue trop chaude. Ils prolongent, en mer, le lien désormais établi entre chaleur extrême et changement climatique.
Des mers plus chaudes, des pluies plus violentes
Une mer surchauffée ne pèse pas que sur la faune. Elle « fournit une énergie supplémentaire à l'atmosphère », explique Simon van Gennip, et alimente les pluies extrêmes de type « épisode méditerranéen », ces déluges d'automne qui frappent régulièrement l'arc méditerranéen. En se réchauffant, l'eau se dilate aussi et fait monter le niveau de la mer, tout en aggravant cyclones et précipitations intenses. Autant de raisons, à terre, de repenser la manière dont nous habitons un climat qui se réchauffe.
L'ampleur exacte du pic à venir échappe encore aux modèles. « Il est encore impossible de dire de combien », reconnaît l'océanographe. Le calendrier, lui, laisse peu de place au doute : El Niño monte en puissance, et Copernicus s'attend à voir d'autres records tomber avant la fin de l'année.











