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Flotte fantôme russe :
la Marine française arraisonne un cinquième pétrolier

Intercepté au large de la Sicile, le pétrolier Deliver est le cinquième navire de la « flotte fantôme » russe arraisonné par la France depuis l'automne. Paris y voit un moyen de tarir les revenus pétroliers qui financent la guerre de Moscou en Ukraine.

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Le pétrolier Deliver observé par la Marine nationale avant son interception
Un officier de la Marine nationale observe le pétrolier Deliver avant son interception en Méditerranée (image extraite d'une vidéo de l'état-major des armées).© État-Major des armées / AFP

Des commandos hélitreuillés sur le pont, un pétrolier dérouté : la Marine nationale a arraisonné mardi, en Méditerranée centrale, un navire soupçonné d'appartenir à la « flotte fantôme » avec laquelle la Russie écoule son pétrole malgré les sanctions. Le bâtiment, le Deliver, est le cinquième stoppé par la France depuis l'automne.

« La Marine Nationale a arraisonné mardi le pétrolier Deliver alors qu'il transitait au large de la Sicile en infraction avec le droit de la mer », a annoncé Emmanuel Macron sur le réseau social X, vidéo de l'assaut à l'appui. « Nous ne laisserons pas la flotte fantôme contourner les sanctions et financer l'effort de guerre russe », a ajouté le chef de l'État, disant vouloir « accroître le coût de la guerre pour la Russie ».

Battant un « pavillon camerounais » et venu de Primorsk, en Russie, le Deliver a été contrôlé sur le fondement de l'article 110 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui permet de vérifier la nationalité d'un navire soupçonné d'arborer un faux pavillon. Cette « flotte fantôme » — de vieux pétroliers aux propriétaires dissimulés — permet à Moscou d'exporter son brut en échappant aux contrôles. L'examen des documents ayant « confirmé les doutes » sur la régularité du pavillon, le navire a été signalé au procureur de Marseille et escorté vers un point de mouillage.

Le Deliver succède à quatre interceptions françaises depuis septembre 2025 : le Boracay, au large d'Ouessant, puis le Grinch et le Deyna en Méditerranée, et le Tagor, arraisonné fin mai en plein Atlantique. Le Tagor reste immobilisé ; les trois autres ont pu repartir, après le paiement d'amendes pour deux d'entre eux. Leur montant n'a pas été dévoilé, mais le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait évoqué « plusieurs millions d'euros » pour le seul Grinch.

Paris durcit le ton. La France a annoncé début avril vouloir doubler les peines encourues pour défaut de pavillon et refus d'obtempérer. « Enrayer l'économie de guerre russe, c'est couper les circuits qui financent l'agression contre l'Ukraine », a appuyé la ministre des Armées, Catherine Vautrin. Côté russe, Moscou avait qualifié le précédent arraisonnement, celui du Tagor, d'opération « à la limite de la piraterie internationale » ; le Cameroun, lui, avait dénoncé l'usage frauduleux de son pavillon.

L'effort est désormais coordonné à l'échelle européenne. L'interception du Deliver a été « menée en étroite coopération » avec la mission navale européenne Eunavfor Med Irini et avec les alliés de la France, dont le Royaume-Uni — dont les forces avaient elles-mêmes arraisonné un pétrolier de la flotte fantôme dans la Manche à la mi-juin.

L'essentiel

  • La Marine nationale a arraisonné en Méditerranée le pétrolier Deliver, cinquième navire soupçonné d'appartenir à la « flotte fantôme » russe stoppé par la France depuis l'automne 2025.
  • Battant un faux pavillon camerounais et venu de Russie, le navire a été dérouté vers Marseille ; Emmanuel Macron y voit un moyen de tarir les revenus pétroliers qui financent la guerre en Ukraine.
  • L'opération, coordonnée avec la mission européenne Eunavfor Med Irini et le Royaume-Uni, prolonge une série d'interceptions (Boracay, Grinch, Deyna, Tagor) parfois soldées par des amendes de « plusieurs millions d'euros ».

Antoine Lefebvre

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