Le laser qui efface les poils n'est pas un gadget de salon : c'est un appareil assez puissant pour brûler la peau jusqu'au deuxième, parfois au troisième degré. Pendant des décennies, la loi française en a tiré une conséquence simple — seul un médecin pouvait s'en servir. Ce monopole a cédé. Depuis le printemps 2024, esthéticiennes et infirmiers formés peuvent légalement pratiquer l'épilation au laser et à la lumière pulsée. C'est dans cet espace qu'a prospéré une enseigne aujourd'hui visée par plus d'une centaine de plaintes, Epil House.
Qui a le droit de pratiquer l'épilation laser ?
La réponse a longtemps été tranchée : les médecins, et eux seuls. La bascule est partie de la lumière pulsée. En 2020, la Cour de cassation a jugé que réserver ces appareils aux seuls docteurs était contraire au droit européen ; l'année suivante, elle a confirmé que ces actes ne leur étaient plus réservés.
L'État a posé un cadre commun avec le décret du 24 mai 2024 : l'épilation au laser et à la lumière pulsée « à visée non thérapeutique » peut être réalisée par trois catégories — médecins, infirmiers diplômés d'État et professionnels de l'esthétique qualifiés —, à condition d'être formés. Un arrêté du 19 février 2025 a fixé le contenu de cette formation obligatoire : un tronc théorique commun, puis une partie pratique propre à chaque technique — quatre jours pour le laser, deux jours et demi pour la lumière pulsée, évaluation comprise. Les esthéticiens doivent y ajouter une journée de secourisme. L'épilation « à visée thérapeutique », elle, reste l'affaire des médecins.
Quels risques, et pour qui ?
Le laser cible la mélanine du poil pour détruire le follicule par la chaleur. Mal réglé, sur une peau trop foncée, bronzée ou mal protégée, il brûle. Les suites décrites vont de la rougeur passagère à la brûlure profonde, en passant par des taches — plus claires ou plus sombres — qui peuvent persister des mois.
Les yeux exigent une protection spécifique ; certaines zones, certains types de peau et la grossesse appellent la prudence ou une contre-indication. Le décret de 2024 oblige le praticien à vérifier ces contre-indications avant la séance, à informer sur les risques et à signaler les effets indésirables graves. L'acte demande en général plusieurs séances espacées, et la douleur, réelle, varie d'une personne à l'autre.
Epil House, ou le laser sans qualification
C'est précisément la qualification qui manque, selon les plaignantes, dans le dossier Epil House. Cette chaîne d'épilation au laser, relayée par des influenceurs, fait l'objet de 126 plaintes regroupées et déposées à Paris, pour des faits qualifiés par les plaignantes de brûlures, d'escroquerie et de pratiques commerciales trompeuses. Trente-deux d'entre elles disent avoir été brûlées, parfois gravement et jusque dans des zones intimes, rapporte leur avocate, Me Rebecca Lahoud-Heilbronner. Le collectif d'Aide aux victimes d'influenceurs, qui les accompagne, fait état de plus de 200 personnes concernées.
Au cœur des témoignages recueillis par l'AFP, un même reproche : du personnel sans formation. « La technicienne change en permanence et ce qui revient, c'est aucune compétence, aucune qualification », résume François Turmel, président du Syndicat national des médecins esthétiques. Une cliente, Isabelle, décrit une séance en région parisienne où le laser aurait été « mis au max », suivie d'une brûlure « entre le second et le troisième degré » selon son médecin, puis de menaces lorsqu'elle a réclamé. D'autres dénoncent des forfaits payés d'avance puis perdus, après la fermeture soudaine des centres — un volet d'abord révélé par Le Parisien.
Plusieurs influenceurs avaient vanté l'enseigne à leur audience. L'une d'eux, sollicitée par l'AFP, a dit regretter d'avoir « associé son image » à ces centres, assurant qu'elle ignorait alors les faits reprochés. Les derniers signes d'activité du réseau sur les réseaux sociaux remontent à l'été 2025 ; sollicité par l'AFP, Epil House n'a pas répondu.
Comment choisir un centre, et que faire en cas de problème
Avant une séance, quelques vérifications limitent le risque. Demander qui réalisera l'acte, et sur quelle qualification : médecin, infirmier ou esthéticien justifiant de la formation prévue par l'arrêté. Exiger un examen préalable de la peau, une information écrite sur les risques, un test sur une petite zone. Se méfier des forfaits « illimités » à prix cassés réglés intégralement d'avance, des rendez-vous qui changent d'opérateur, et des promotions poussées sur les réseaux sociaux — un terrain propice aux arnaques qui ciblent les particuliers.
En cas de brûlure, un certificat médical décrivant les lésions constitue la première pièce : il ouvre la voie à un signalement, et le cas échéant à une plainte. Les pratiques commerciales trompeuses se signalent à la répression des fraudes, via la plateforme SignalConso ; la DGCCRF sanctionne régulièrement les enseignes en infraction. Si un centre ferme alors qu'un forfait a été payé, le client devient un créancier parmi d'autres : en cas de liquidation judiciaire, il lui faut déclarer sa créance auprès du mandataire, sans garantie d'être remboursé.
À Argenteuil, le centre qu'Isabelle fréquentait a baissé son rideau comme les autres. Le courrier glissé dessous s'y entasse, raconte-t-elle à l'AFP. « Beaucoup de gens, beaucoup de cash, et après tout le monde disparaît dans la nature », résume le porte-parole du collectif. Les plaignantes, elles, cherchent encore à qui demander des comptes.











