Sans le réchauffement de la planète, la canicule qui accable depuis plus d'une semaine l'Europe de l'Ouest, de la France au Royaume-Uni, aurait été « pratiquement impossible ». C'est la conclusion « sans équivoque » d'une étude du réseau World Weather Attribution (WWA), publiée vendredi, qui impute l'intensité de l'épisode au changement climatique d'origine humaine.
Pour mesurer l'empreinte du climat, ces chercheurs ont comparé les températures actuelles à celles d'épisodes passés, en 1976 et 2003 — deux années elles aussi marquées par des canicules. Verdict : une vague de chaleur comparable, survenue il y a un demi-siècle, aurait été moins chaude de 3,5 °C le jour et de 2,4 °C la nuit. « Cet épisode n'aurait pas été possible en juin sans changement climatique », résume Theodore Keeping, de l'Imperial College de Londres, l'un des auteurs.
En un demi-siècle, la planète s'est réchauffée de 1,1 °C, et la probabilité d'une telle canicule a « changé immensément », poursuit le chercheur. Rapportées à la canicule historique de 2003, les nuits étouffantes sont devenues environ cent fois plus probables, et les pics de chaleur diurnes une dizaine de fois.
Le phénomène à l'œuvre — une masse d'air brûlant venue d'Afrique, bloquée sous de hautes pressions — n'est pas inhabituel en soi. « Mais les températures le sont, ou en tout cas l'étaient avant le changement climatique d'origine humaine », souligne Friederike Otto, également de l'Imperial College. Ce dérèglement, rappelle l'étude, découle de l'usage massif des énergies fossiles — charbon, pétrole et gaz —, et, dans une moindre mesure, de la déforestation.
Publiée à chaud, alors que la canicule sévit encore, l'analyse n'a pas été relue par des chercheurs extérieurs, contrairement à l'usage scientifique ; ses auteurs rappellent toutefois que la méthode employée est déjà validée par leurs pairs. Ils écartent aussi toute responsabilité d'El Niño, ce phénomène pacifique qui dope les températures mondiales : il n'a joué « aucun rôle » dans la fournaise européenne.
Reste un facteur que les seules températures ne disent pas : l'humidité. Couplée à la chaleur, elle façonne un « stress thermique » qui rend l'épisode « particulièrement désagréable et dangereux », relève Mme Otto. Mesuré par un indice prisé du monde sportif, le WBGT, ce stress a déjà atteint ou s'apprête à atteindre un record historique dans près de 45 % des 854 villes européennes passées au crible, réparties sur trente pays.











