À Saipan, dans les îles Mariannes du Nord, les habitants scotchent leurs fenêtres, se barricadent derrière du contreplaqué et remplissent des réservoirs d'eau. Le typhon Bavi, devenu « super typhon » avec des vents soutenus de 259 km/h et des rafales à 314 km/h selon le Joint Typhoon Warning Center américain, doit balayer l'archipel et l'île voisine de Guam — deux mois après le passage du super typhon Sinlaku. « Deux super typhons en deux mois, c'est historique. C'est du jamais vu pour les Mariannes », souffle un habitant cité par l'AFP. L'occasion de remettre de l'ordre dans un vocabulaire que l'actualité mélange souvent.
Typhon, ouragan, cyclone : un seul phénomène, trois noms
Derrière les trois mots se cache exactement le même objet météorologique : le cyclone tropical, une vaste machine à vents tourbillonnants née des eaux chaudes des océans. Seul le lieu change le nom. On parle d'ouragan dans l'Atlantique nord et le Pacifique nord-est, de typhon dans le Pacifique nord-ouest — la région la plus active du monde —, et de cyclone dans l'océan Indien et le Pacifique sud. Un même système qui traverserait les bassins changerait de nom en route sans changer de nature.
Pour se former, la machine a besoin d'un carburant : une eau de surface à 26-27 °C au moins sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur, dont l'évaporation alimente les nuages d'orage, et la rotation terrestre pour enrouler l'ensemble autour d'un œil central. C'est aussi ce qui le distingue de la tornade : un cyclone tropical mesure des centaines de kilomètres de diamètre et vit plusieurs jours, quand une tornade, née d'un orage au-dessus des terres, se compte en centaines de mètres et en minutes.
Catégorie 5, « super typhon » : ce que disent les échelles
L'intensité se mesure aux vents soutenus. L'échelle de référence pour les ouragans, dite de Saffir-Simpson, compte cinq catégories ; la cinquième commence à 252 km/h. « Super typhon » n'est pas une catégorie officielle de plus, mais l'appellation utilisée par les services américains pour les typhons les plus violents — Bavi, à 259 km/h, est ainsi « l'équivalent d'un ouragan de catégorie 5 ». Les dégâts ne suivent pas une progression linéaire : chaque saut de catégorie multiplie le potentiel destructeur, et l'essentiel des morts vient moins du vent que de l'eau — submersion marine et pluies torrentielles.
Pourquoi les plus violents deviennent plus fréquents
Le consensus scientifique, tel que le résument l'Organisation météorologique mondiale et le GIEC, ne dit pas que les cyclones se multiplient — leur nombre global reste stable — mais que la part des plus intenses augmente, que les épisodes d'intensification rapide se font plus fréquents et que chaque tempête déverse davantage de pluie, des océans plus chauds offrant plus de carburant. La montée du niveau des mers aggrave mécaniquement les submersions. S'y ajoute cette année El Niño, officiellement enclenché dans le Pacifique tropical selon l'OMM : un phénomène cyclique — tous les deux à sept ans, neuf à douze mois — qui réchauffe le centre et l'est du Pacifique équatorial et redistribue vents et précipitations à l'échelle du globe, comme le réchauffement redistribue déjà les extrêmes.
Aux Mariannes, 40 000 personnes retiennent leur souffle, 170 000 autres à Guam. Les préparatifs du 250e anniversaire des États-Unis y ont été éclipsés par une autre urgence : trouver du contreplaqué avant lundi.











