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Thomas Pesquet et Arnaud Prost :
ce que prévoient leurs missions dans l’espace

Deux missions d’une quinzaine de jours, deux destinations : la Station spatiale internationale pour Thomas Pesquet, la station privée Haven-1 pour Arnaud Prost. Derrière l’accord entre la France et Vast, c’est la bascule du vol habité vers le spatial commercial qui se joue.

Mis à jour le samedi 11 juillet 2026 — 01h02
5 min
Thomas Pesquet au micro et Arnaud Prost côte à côte en combinaison bleue
Thomas Pesquet (à droite) et Arnaud Prost à l’Élysée, en février 2026. Les deux astronautes doivent voler en 2027 dans le cadre de l’accord entre la France et Vast.© POOL/AFP / Ludovic Marin

Deux astronautes français retourneront, ou iront pour la première fois, dans l’espace en 2027. Emmanuel Macron a annoncé début juin 2026, en marge du sommet Choose France, un accord entre la France et l’entreprise américaine Vast pour envoyer Thomas Pesquet et Arnaud Prost en orbite. Deux missions distinctes, d’une quinzaine de jours chacune, dont l’une constitue, selon le Centre national d’études spatiales, une « première mondiale ».

Ce que la France et Vast ont signé

L’accord lie l’agence spatiale française à Vast, une société américaine spécialisée dans les stations spatiales privées. Il prévoit deux vols habités en 2027, l’un pour Thomas Pesquet, l’autre pour Arnaud Prost, chacun d’une durée d’« approximativement deux semaines ». « Cela confirme l’ambition spatiale de la France », a salué Emmanuel Macron, qui a fait de cette annonce un symbole supplémentaire de l’attractivité du pays mise en avant à Versailles.

Les deux astronautes appartiennent au corps de l’Agence spatiale européenne (ESA), au sein duquel la France pèse traditionnellement lourd. L’opération illustre une tendance de fond : les agences publiques achètent désormais des places à bord de véhicules et de stations conçus et exploités par des entreprises privées, plutôt que de tout développer elles-mêmes. Avec ces deux billets, la France devient le seul pays européen à compter trois astronautes en activité, souligne le CNES.

Thomas Pesquet, un troisième vol vers la Station spatiale internationale

Pour Thomas Pesquet, l’astronaute français le plus connu, ce sera un retour en terrain connu. Sa mission, menée en partenariat avec la NASA, aura pour destination la Station spatiale internationale (ISS), où il a déjà séjourné à deux reprises plus de six mois. Il y retrouverait l’environnement d’un avant-poste occupé en permanence depuis plus de vingt-cinq ans, où se trouve actuellement une autre astronaute française, Sophie Adenot, arrivée en février 2026 pour une mission de longue durée.

Vast précise que Thomas Pesquet devrait prendre le commandement de cette mission, dont le lancement n’interviendrait pas avant l’été 2027. La désignation reste soumise à l’approbation du comité qui supervise les opérations de l’ISS, où siègent la NASA, l’ESA, l’agence russe Roscosmos et leurs homologues japonaise et canadienne. Ce nouveau vol s’inscrit dans la dernière phase d’exploitation de la station, dont le retrait est programmé en 2030 ; les agences préparent déjà l’après, en s’appuyant précisément sur des stations privées appelées à prendre le relais en orbite basse.

Arnaud Prost, direction une station privée

Le second vol est d’une autre nature. Il emmènera Arnaud Prost, qui n’est jamais allé dans l’espace, vers Haven-1, la station commerciale que Vast développe actuellement. Cette plateforme, plus petite que l’ISS, doit être déployée en 2027, après plusieurs années de retard selon le calendrier de l’entreprise. Pour Arnaud Prost, ce serait à la fois un premier vol et une affectation inédite.

La distinction entre les deux missions résume la transition en cours : d’un côté une station internationale publique en fin de vie, de l’autre une station privée naissante. La France, à travers ce double billet, mise sur les deux à la fois.

Vast et Haven-1, l’essor du spatial commercial

Fondée en 2021 par Jed McCaleb, milliardaire des cryptomonnaies, et basée en Californie, Vast appartient à une nouvelle génération d’entreprises qui veulent bâtir et exploiter des stations en orbite basse pour le compte d’agences publiques, d’industriels ou de chercheurs. Haven-1 doit précéder une station plus grande, Haven-2, que l’entreprise veut mettre en service pour prendre la suite de l’ISS. Le modèle est celui qui a déjà transformé le transport spatial : la puissance publique n’est plus propriétaire de l’infrastructure, elle achète un service. Pour les deux vols, Vast prévoit d’ailleurs les fusées Falcon 9 et le vaisseau Crew Dragon de SpaceX, seul appareil américain actuellement habilité à transporter des astronautes vers l’ISS.

Décollage nocturne d’une fusée Falcon 9 de SpaceX à Cap Canaveral
Le décollage de la mission Crew-12 vers l’ISS, à Cap Canaveral (Floride), le 13 février 2026. Vast prévoit les fusées Falcon 9 et le vaisseau Crew Dragon de SpaceX pour les deux vols.© AFP / Jim Watson

Pour les agences européennes, l’équation est plus délicate. Faute de station propre, elles dépendent d’opérateurs américains pour accéder à l’orbite habitée. Réserver des places à bord de Haven-1 sécurise des vols à court terme, mais ne règle pas la question d’une capacité européenne autonome, régulièrement posée à mesure que le secteur se privatise.

Pourquoi le CNES parle d’une « première mondiale »

« Cette mission d’astronaute vers une station privée est une première au monde », a réagi le Centre national d’études spatiales (CNES). La nuance compte : des vols privés ont déjà eu lieu vers l’ISS, mais aucun astronaute d’agence n’avait encore été envoyé vers une station entièrement commerciale comme Haven-1. C’est ce caractère inédit qui fait la portée symbolique du vol d’Arnaud Prost.

Au-delà du symbole, l’enjeu est stratégique. L’accès autonome à l’orbite et la maîtrise des infrastructures spatiales sont devenus un terrain de compétition entre grandes puissances, au cœur de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. Dépendre d’opérateurs privés américains pose, en miroir, la question de la souveraineté spatiale européenne.

Beaucoup dépendra du calendrier de Vast, dont la station Haven-1 a déjà connu des reports : les dates précises des deux vols, leurs équipages complets et le détail des expériences embarquées restent à arrêter. Une décision, elle, est particulièrement attendue — si le comité de l’ISS confirme Thomas Pesquet à la tête de sa mission, « ce serait une grande première : jamais un astronaute non-américain n’a été le commandant d’une capsule américaine », relève le CNES.

L'essentiel

  • La France a signé avec l’américain Vast deux vols habités d’environ deux semaines en 2027 : Thomas Pesquet vers l’ISS avec la NASA, Arnaud Prost vers la station privée Haven-1 — une « première mondiale » selon le CNES.
  • Thomas Pesquet, pressenti pour commander sa mission, deviendrait le premier astronaute non américain à la tête d’une capsule américaine, sous réserve de l’accord du comité de l’ISS.
  • L’accord illustre la bascule vers le spatial commercial : Vast, fondée en 2021 par Jed McCaleb, veut faire de Haven-1 puis Haven-2 les relais de l’ISS, promise au retrait en 2030.

Questions fréquentes

Quand Thomas Pesquet et Arnaud Prost partiront-ils dans l'espace ?
Les deux astronautes français doivent partir en 2027, dans le cadre d’un accord signé entre la France et l’entreprise spatiale américaine Vast. Chaque mission durera environ deux semaines ; celle de Thomas Pesquet ne décollerait pas avant l’été 2027, et les dates précises restent à confirmer.
Où ira Thomas Pesquet ?
Sa mission, menée en partenariat avec la NASA, aura pour destination la Station spatiale internationale (ISS), où il a déjà séjourné à deux reprises plus de six mois. Une autre astronaute française, Sophie Adenot, arrivée en février 2026, s’y trouve actuellement.
Pourquoi le vol d'Arnaud Prost est-il une « première mondiale » ?
Selon le CNES, aucun astronaute d'agence spatiale n'avait jamais été envoyé vers une station entièrement commerciale. Arnaud Prost rejoindra Haven-1, la station privée développée par Vast, ce qui constitue une première à l'échelle internationale.
Qu'est-ce que Vast et la station Haven-1 ?
Vast est une entreprise californienne fondée en 2021 par Jed McCaleb, qui développe des stations spatiales privées. Haven-1, plus petite que l’ISS, doit être déployée en 2027 après plusieurs reports, avant une station plus grande, Haven-2, pensée pour prendre le relais de la Station spatiale internationale après son retrait prévu en 2030.
Qui a annoncé cette mission ?
L'annonce a été faite par Emmanuel Macron, en marge du sommet Choose France, comme une illustration de l'ambition spatiale de la France. L'accord lie l'agence spatiale française à l'entreprise américaine Vast.

Antoine Lefebvre

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