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Choose France :
ce qu'est le sommet et ce que valent ses milliards

Un record annoncé à Versailles ne fait pas des milliards investis : qui met l'argent sur la table, pourquoi les centres de données affluent vers l'électricité nucléaire française, et comment lire les promesses du sommet Choose France.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 09h58
5 min
Emmanuel Macron s'exprime à un pupitre Choose France devant un parterre d'invités
Emmanuel Macron lors du sommet Choose France, le 1er juin 2026 au château de Versailles.© POOL/AFP / Gonzalo Fuentes

Chaque printemps, le château de Versailles accueille des centaines de dirigeants étrangers pour Choose France, le sommet par lequel l'État vend la France aux investisseurs. La dernière édition a battu un record : 93 milliards d'euros d'investissements annoncés, 15 600 emplois à la clé. Emmanuel Macron a « mis sa crédibilité sur la table » pour qu'ils se concrétisent. Mais que recouvre ce chiffre, et que valent vraiment ces promesses ?

Un sommet créé pour vendre la France aux investisseurs

Choose France — « Choisissez la France » — est un sommet annuel créé en 2018 pour attirer les capitaux étrangers. Une journée suffit : dans le décor du château, des patrons de multinationales, des ministres et le chef de l'État transforment des projets en annonces d'investissement. Organisé par l'agence publique Business France, l'événement met en scène l'attractivité du pays autant qu'il la mesure : bilatérales, tables rondes, signatures.

Au fil des éditions, le rendez-vous est devenu l'un des marqueurs de la politique économique de l'exécutif, censé prouver que les réformes fiscales et du marché du travail engagées depuis 2017 portent leurs fruits. Les montants annoncés y servent d'indicateur politique, brandis chaque année comme la preuve que « la France est de retour » dans la compétition mondiale pour les usines, les laboratoires et, désormais, les centres de données.

Un record porté par l'intelligence artificielle

La neuvième édition a enregistré 93 milliards d'euros d'investissements annoncés, pour 15 600 emplois. Le chiffre dépasse à lui seul le cumul des huit éditions précédentes, qui totalisaient 87 milliards. Cette flambée vient presque entièrement de l'intelligence artificielle : l'essentiel des grands projets concerne des centres de données, ces entrepôts de serveurs gourmands en électricité qui font tourner les modèles.

« Tout ce qui a été annoncé aujourd'hui sera mis en œuvre et livré dans les délais », a promis Emmanuel Macron devant les dirigeants réunis dans les jardins. « Je mets ma crédibilité sur la table », a-t-il ajouté — une formule qui dit aussi l'incertitude entourant l'avenir du sommet après son départ, prévu en 2027. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a, lui, érigé l'IA en « source de prospérité », disant vouloir bâtir des « chaînes de valeur complètes » sur le territoire.

Emmanuel Macron s'exprime lors du sommet Choose France, le 1er juin 2026 au château de Versailles.© Agency Pool / AFP

Un seul investisseur pèse près de la moitié du total

Un nom domine cette édition : SoftBank. Le géant japonais pèse à lui seul près de la moitié du total. En partenariat avec le français Schneider Electric, il prévoit des centres de données dans les Hauts-de-France pour 45 milliards d'euros d'ici à 2031, et jusqu'à 75 milliards à terme. Le gestionnaire d'actifs canadien Brookfield ajoute 10 milliards aux infrastructures d'IA qu'il finance déjà en France, portant son engagement à 30 milliards.

Deux hommes se serrent la main devant des documents, un troisième applaudit debout derrière eux
Emmanuel Macron applaudit la signature entre Masayoshi Son (SoftBank) et Olivier Blum (Schneider Electric), le 1er juin 2026 à l'Élysée POOL/AFP / Ludovic Marin

Le reste se répartit entre acteurs publics et privés du numérique : le fonds émirati MGX et la banque publique Bpifrance, associés au champion français de l'IA Mistral et à l'américain Nvidia ; la société d'investissement Ardian ; et une série de projets plus modestes. La concentration sur quelques poids lourds de la donnée est inédite : elle gonfle le total, mais elle expose aussi le chiffre aux décisions d'une poignée d'investisseurs.

Un homme en costume s'exprime au micro devant un écran SoftBank et Choose France
Le patron de SoftBank, Masayoshi Son, à l'Élysée avant le sommet, le 1er juin 2026 POOL/AFP / Ludovic Marin

Pourquoi la France attire les centres de données

L'argument le plus cité par les investisseurs n'est pas fiscal : c'est l'électricité. La France produit une énergie nucléaire décarbonée et abondante, atout décisif pour des centres de données qui consomment autant qu'une ville. « La France bénéficie d'une importante production d'énergie nucléaire » et « d'une administration très favorable », a résumé le responsable Europe de Brookfield. À cela s'ajoutent un foncier disponible, des aides publiques et un effort de réindustrialisation engagé pour enrayer des décennies de désindustrialisation.

Ces investissements posent à leur tour deux questions. Celle de leur empreinte, d'abord : un centre de données consomme de l'électricité et de l'eau pour refroidir ses serveurs. Celle de la maîtrise, ensuite : héberger sur le sol français des installations américaines ou émiraties ne donne ni la technologie ni le contrôle des données qui y transitent, question au cœur de la souveraineté numérique européenne.

« Annoncé » n'est pas « investi »

Les 93 milliards sont des montants annoncés, pas des sommes déjà engagées. Ce sont des intentions, étalées sur plusieurs années — l'enveloppe SoftBank court jusqu'en 2031 —, soumises aux aléas économiques, aux autorisations administratives et aux arbitrages internes des groupes. Une annonce à Versailles n'est pas un chantier lancé.

Le suivi de ces promesses, d'une année sur l'autre, reste partiel et difficile à vérifier de l'extérieur, ce qui explique la prudence de la formule présidentielle sur la « crédibilité ». Le contexte budgétaire ajoute à l'enjeu : alors que la note souveraine de la France a été dégradée et que le déficit dérape, la concrétisation effective de ces milliards pèse autant sur l'économie réelle que sur le crédit politique de l'exécutif.

Deux échéances permettront d'en juger. Les chantiers annoncés dans les Hauts-de-France courent jusqu'en 2031 : ils se verront, ou non, sortir de terre. Et le sommet lui-même, présenté comme le dernier de la présidence d'Emmanuel Macron, devra trouver après 2027 un autre parrain politique pour se tenir encore.

L'essentiel

  • Choose France, sommet annuel créé en 2018 à Versailles, a annoncé un record de 93 milliards d'euros d'investissements étrangers et 15 600 emplois — plus que les huit éditions précédentes réunies.
  • L'intelligence artificielle et ses entrepôts de serveurs concentrent l'essentiel des projets, attirés d'abord par une électricité nucléaire abondante et décarbonée ; un seul groupe japonais pèse autant que tous les autres réunis ou presque.
  • Une annonce n'est pas un chantier : ces sommes sont des intentions échelonnées jusqu'au début des années 2030, dont la réalisation se vérifie mal de l'extérieur.

Questions fréquentes

Choose France, c'est quoi ?
Un rendez-vous annuel installé au château de Versailles depuis 2018, que pilote Business France, l'agence chargée de l'attractivité du pays. L'État y reçoit des dirigeants étrangers une journée durant, dans l'espoir de faire signer des projets d'implantation.
Combien d'investissements ont été annoncés à Choose France ?
La dernière édition a franchi la barre des quatre-vingt-dix milliards d'euros, pour plus de quinze mille emplois promis. C'est davantage que les huit éditions précédentes additionnées.
Qui sont les principaux investisseurs ?
Le groupe japonais SoftBank domine largement, associé à Schneider Electric pour des installations dans le nord du pays. Suivent le canadien Brookfield, déjà présent dans les infrastructures d'IA, puis un attelage réunissant le fonds émirati MGX, Bpifrance, Mistral et Nvidia.
Pourquoi la France attire-t-elle les centres de données ?
D'abord pour son électricité : le parc nucléaire fournit une énergie décarbonée en quantité, ce que cherche une installation qui consomme autant qu'une ville moyenne. Viennent ensuite le terrain disponible, le soutien public et des procédures que les investisseurs jugent rapides.
Les milliards annoncés sont-ils vraiment investis ?
Non. Ce sont des promesses, et elles s'échelonnent : certaines courent jusqu'au début des années 2030, sous réserve des autorisations à obtenir et des arbitrages internes des groupes. Ce qui en sort réellement se vérifie mal d'une année sur l'autre.

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