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Cadmium dans l'alimentation :
dans quels aliments, quels risques et comment limiter

Céréales, pommes de terre, abats, chocolat : le cadmium s’invite partout dans l’assiette, et près d’un adulte sur deux dépasse les repères sanitaires. Les bons réflexes pour limiter la dose reçue, pendant que le seuil imposé aux engrais se joue au Parlement.

Mis à jour le samedi 11 juillet 2026 — 01h11
6 min
Une pancarte « Stop au cadmium dans nos assiettes » lors d'une manifestation
Des manifestants réclament une réduction du cadmium dans l’alimentation, sur l’esplanade des Invalides à Paris, le 2 juin 2026.© AFP / Simon Wohlfahrt

Il est invisible, sans goût, et pourtant des millions de Français en avalent chaque jour un peu plus que ne le tolère leur organisme. Le cadmium, un métal lourd toxique, s'accumule surtout dans les céréales, les pommes de terre, les abats ou le chocolat. En 2025, près de la moitié de la population dépassait les repères sanitaires, selon l'Anses. Ce qu'est ce contaminant, dans quels aliments il se concentre, ce qu'il fait au corps et comment réduire son exposition.

Le cadmium, comment il arrive dans nos assiettes

Le cadmium est un métal lourd présent naturellement dans les sols. Mais l'agriculture en ajoute, surtout par les engrais phosphatés épandus sur les cultures. La plante absorbe le métal par ses racines, le stocke dans ses tissus, et il remonte ainsi la chaîne jusqu'à l'assiette.

Résultat : chez les non-fumeurs, l'alimentation pèse jusqu'à 98 % de l'exposition, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Le tabac est l'autre grande source, le plant de tabac concentrant lui aussi le cadmium. Pour la majorité de la population, qui ne fume pas, c'est donc le contenu de l'assiette qui fait la différence.

Dans quels aliments trouve-t-on le plus de cadmium

Deux logiques se superposent. D'un côté, les aliments très consommés, qui pèsent par leur volume : les céréales — blé, riz — et leurs dérivés comme le pain, les pâtes, les biscuits, ainsi que les pommes de terre. De l'autre, les aliments aux teneurs les plus fortes, même mangés en plus petite quantité : les mollusques, les crustacés, les abats (reins et foie), certaines algues, les champignons sauvages et le cacao, donc le chocolat noir.

L'Anses range les céréales en tête des contributeurs, simplement parce qu'on en mange beaucoup et souvent. Un régime construit autour du pain et des pâtes apporte mécaniquement plus de cadmium qu'un autre. C'est ce constat qui ouvre la question de la substitution.

Un champ de blé mûr en gros plan
Un champ de blé. Très consommées, les céréales sont en tête des contributeurs à l’exposition alimentaire au cadmium.© AFP / Lou Benoist

Le bio est-il moins exposé au cadmium

L'idée que bio et conventionnel se vaudraient face au cadmium circule, mais elle mérite une nuance. Le métal venant en partie des engrais, c'est là que se joue la différence : en agriculture biologique, les engrais autorisés sont plafonnés à 60 milligrammes de cadmium par kilo, la norme européenne, quand la France accorde par dérogation jusqu'à 90 mg/kg au reste de l'agriculture. Sur ce paramètre, le bio est donc plutôt mieux placé.

La nuance tient au sol : une parcelle déjà chargée en cadmium, par des décennies d'épandage, continuera d'en transmettre, qu'elle soit cultivée en bio ou non. Le label réduit l'apport nouveau, pas l'héritage du terrain.

Ce que le cadmium fait à la santé

Le danger n'est pas l'intoxication brutale, mais l'accumulation. Le cadmium se loge dans les reins et les os, où il reste des dizaines d'années. À dose prolongée, il est classé cancérogène, toxique pour la reproduction, et provoque des atteintes rénales ainsi qu'une fragilité osseuse, rappelle l'Anses. Il n'y a pas de symptôme immédiat : le risque se construit silencieusement, repas après repas.

Pour cadrer ce risque, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé une dose tolérable de 2,5 microgrammes par kilo de poids corporel et par semaine — l'Anses retient un seuil quasi identique, 2,45. Or certaines populations, notamment les régimes végétariens et végétaliens riches en céréales, atteignent jusqu'à 5,4 microgrammes, soit plus du double. En France, 47,6 % des adultes de 18 à 60 ans dépassent la valeur urinaire de référence, selon l'Anses.

Comment réduire son exposition au cadmium

La première règle tient en un mot : varier. Aucun aliment n'est à bannir, mais en concentrer un seul, jour après jour, fait grimper l'exposition. L'Anses conseille de remplacer une partie des produits à base de blé par des légumineuses — pois chiches, lentilles, haricots blancs ou rouges —, environ dix fois moins chargées en cadmium que les céréales.

Côté aliments à forte teneur, le mot d'ordre est la modération : abats, produits de la mer et chocolat se consomment sans excès plutôt qu'au quotidien. Pour les fumeurs, l'arrêt du tabac reste le geste le plus efficace, puisqu'il supprime la seconde grande source. Ces ajustements ne suppriment pas le cadmium de l'alimentation : ils abaissent la dose reçue, et c'est la dose qui décide.

Pourquoi la France reste en sursis sur le cadmium

La marge se joue en amont, dans les engrais. L'Anses recommande d'abaisser le plafond de cadmium des engrais phosphatés à 20 mg/kg, contre 90 aujourd'hui en France et 60 dans l'Union européenne. Un décret est attendu depuis des années ; l'exécutif envisage une baisse très progressive — 60 mg/kg en 2027, 40 en 2030, 20 seulement d'ici 2038.

Une proposition de loi écologiste, portée par le député et agriculteur Benoît Biteau et soutenue par Clémentine Autain, veut accélérer : 40 mg/kg dès 2027, puis 20 à partir de 2030. Réécrit pour ménager un compromis après une première version qui interdisait le cadmium, le texte s’est heurté aux craintes de distorsion de concurrence, la plupart des engrais étant importés : des députés du bloc central ont tenté d’aligner la baisse sur la seule norme européenne ou d’étaler le calendrier, et les élus de droite et du Rassemblement national s’y sont opposés. L’Assemblée nationale a néanmoins adopté le texte en première lecture le 3 juin 2026, par 144 voix contre 22 et contre l’avis du gouvernement. Le sujet avait beaucoup mobilisé : à la veille de l’examen, militants et ONG — Foodwatch, Générations futures, Greenpeace — s’étaient rassemblés près du Palais Bourbon. « On parle de gens qui sont malades, qui vivent le cancer dans leur chair », lançait la militante écologiste Camille Etienne. Transmise au Sénat dès le lendemain du vote, la proposition y attend un calendrier d’examen encore incertain.

Camille Etienne s’exprimant en extérieur
La militante écologiste Camille Etienne lors du rassemblement contre le cadmium dans l’alimentation, à Paris, le 2 juin 2026.© AFP / Simon Wohlfahrt
Benoît Biteau tenant une pancarte « Cadmium poison » au milieu de manifestants
Le député Benoît Biteau, avec une pancarte « Cadmium, poison », lors du rassemblement de l’esplanade des Invalides, à Paris, le 2 juin 2026.© AFP / Simon Wohlfahrt

Les industriels, eux, avancent déjà. Le marocain OCP, qui fournit environ 40 % des engrais importés par la France, assure livrer à l’Union européenne, depuis février 2025, des engrais phosphatés contenant du cadmium à « moins de 20 mg/kg ». En commission, Benoît Biteau a d’ailleurs affirmé que les producteurs pouvaient être prêts à temps, grâce à des processus de « décadmiation » déjà utilisés et jugés « pas très onéreux ». Le débat agricole croise ici d'autres tensions sur les pesticides et les normes imposées aux agriculteurs, où compétitivité et santé publique s'affrontent texte après texte. En attendant un seuil contraignant, la première protection reste individuelle, dans le choix et la variété des aliments.

L'essentiel

  • Le cadmium, métal lourd cancérogène apporté notamment par les engrais phosphatés, expose près d’un adulte français sur deux au-delà des valeurs de référence (47,6 % des 18-60 ans, selon l’Anses).
  • Chez les non-fumeurs, l’alimentation pèse jusqu’à 98 % de l’exposition — céréales, pommes de terre, abats, produits de la mer et chocolat en tête ; varier et introduire des légumineuses réduit la dose reçue.
  • L’Assemblée nationale a adopté le 3 juin 2026, contre l’avis du gouvernement, la proposition de loi Biteau (40 mg/kg d’engrais dès 2027, 20 en 2030) ; elle attend désormais son examen au Sénat.

Questions fréquentes

Dans quels aliments trouve-t-on le plus de cadmium ?
Les principaux contributeurs sont les aliments très consommés : les céréales (blé, riz) et leurs dérivés comme le pain et les pâtes, ainsi que les pommes de terre. Les teneurs les plus élevées se mesurent dans les mollusques, les crustacés, les abats (reins, foie), certaines algues, les champignons sauvages et le chocolat noir.
Quels sont les risques du cadmium pour la santé ?
En cas d'exposition prolongée, le cadmium est classé cancérogène et toxique pour la reproduction. Il s'accumule dans les reins et les os, où il provoque des atteintes rénales et une fragilité osseuse. Il n'y a pas de symptôme immédiat : le risque vient de l'accumulation sur de longues années.
Le chocolat contient-il beaucoup de cadmium ?
Le cacao concentre le cadmium, donc le chocolat noir en contient davantage que le chocolat au lait. Il ne s'agit pas d'y renoncer, mais de le consommer avec modération plutôt que tous les jours, au même titre que les abats et les produits de la mer.
Le bio contient-il moins de cadmium ?
Côté engrais, oui : en agriculture biologique, les apports sont plafonnés à 60 mg/kg de cadmium, contre jusqu'à 90 mg/kg par dérogation pour le reste de l'agriculture française. Mais un sol déjà chargé par d'anciens épandages continue d'en transmettre, bio ou non. Le label réduit l'apport nouveau, pas l'héritage du terrain.
Comment réduire son exposition au cadmium ?
Le plus efficace est de varier son alimentation et de remplacer une partie des produits à base de blé par des légumineuses (pois chiches, lentilles, haricots), environ dix fois moins chargées en cadmium. Il faut aussi consommer abats, produits de la mer et chocolat avec modération. Pour les fumeurs, l'arrêt du tabac supprime la seconde grande source.

Hélène Fabre

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