Au 1er juillet, le tarif repère du gaz fixé par la Commission de régulation de l'énergie a de nouveau grimpé de 7,4 %, alourdissant la facture d'une dizaine de millions de foyers. Ce n'est qu'un signal parmi d'autres d'un basculement que les prévisionnistes n'annonçaient plus : en 2026, pour la première fois depuis plus de dix ans, le pouvoir d'achat des Français recule.
Le constat est partagé par les deux grands instituts, même s'ils ne le chiffrent pas de la même manière. Dans sa note de conjoncture du 17 juin, l'Insee attend une baisse de 0,3 % du pouvoir d'achat des ménages sur l'année. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans sa prévision du 8 avril, va plus loin : moins 0,7 % par unité de consommation, une mesure qui rapporte le revenu au nombre de personnes vivant sous un même toit et neutralise la croissance de la population. C'est, selon l'institut, la plus forte contraction depuis plus de dix ans.
La dégradation s'est faite au fil du printemps. Fin mars, l'Insee ne voyait encore qu'un acquis de pouvoir d'achat de moins 0,2 % à la mi-année ; trois mois plus tard, la révision est nette. Entre-temps, le choc énergétique s'est logé dans les prix.
Le choc énergétique a rallumé l'inflation
Le déclencheur tient en un mot : l'énergie. Après un début d'année atone — l'indice des prix ne progressait que de 0,3 % sur un an en janvier —, la flambée des hydrocarbures liée à la guerre en Iran et au blocage du détroit d'Ormuz a inversé la tendance. L'inflation est remontée à 2,2 % en avril, 2,4 % en mai, et l'Insee la voit atteindre 2,7 % en fin d'année. L'OFCE, qui avait arrêté sa prévision plus tôt, retenait une moyenne annuelle plus basse : l'écart entre les deux instituts tient d'abord à la mesure choisie et au moment où chacun a bouclé ses calculs.
Le gaz en offre l'illustration la plus directe, mais l'électricité et les carburants ont suivi le même chemin. Pour un ménage, le choc ne se lit pas dans un indice : il apparaît sur le ticket de caisse et sur l'échéancier de chauffage. C'est cette énergie renchérie qui, selon l'OFCE, a nourri à elle seule près de 0,6 point d'inflation supplémentaire.
Des salaires calés avant la flambée
Si la hausse des prix pèse autant, c'est que les revenus n'ont pas bougé au même rythme. Les négociations salariales de branche et d'entreprise ont été conclues, pour l'essentiel, avant que l'inflation ne reparte : les salaires nominaux, relève l'Insee, sont restés atones face au choc. L'OFCE table de son côté sur un salaire réel étale sur l'année — ni gagné ni perdu en moyenne, mais rogné pour tous ceux dont la paie n'a pas été revue.
Les mesures inscrites au budget amortissent le coup sans l'effacer : la revalorisation du SMIC et l'absence de hausse d'impôts sur les ménages maintiennent le revenu disponible à flot, sans rattraper la marche des prix. La mécanique est connue et brutale : quand les prix accélèrent plus vite que les salaires, l'écart se creuse au détriment du portefeuille.
Un matelas d'épargne qui s'amincit
Face au choc, les ménages font ce qu'ils savent faire : ils puisent dans leur épargne. Le taux d'épargne reste élevé — de l'ordre de 17 à 18 % du revenu disponible, bien au-dessus de son niveau d'avant la pandémie —, mais il s'effrite. Ce réflexe soutient la consommation à court terme ; il ne la garantit pas dans la durée.
Les deux instituts s'accordent au moins sur un horizon : la stabilisation en 2027, l'OFCE voyant alors le pouvoir d'achat par unité de consommation repasser tout juste dans le vert, à condition que l'énergie reflue et que les salaires rattrapent leur retard. D'ici là, après une année 2024 où il avait bondi de 2,1 %, le revenu des ménages aura connu ce qu'il n'avait plus éprouvé depuis plus de dix ans : reculer.











