Le pouvoir d'achat des ménages devrait reculer en 2026 pour la deuxième année de suite. Dans sa note de conjoncture du 10 septembre, l'Insee prévoit une baisse de 0,4 % sur l'année, comme en 2025, et de 0,7 % par unité de consommation, une mesure qui tient compte du nombre et de l'âge des personnes de chaque foyer. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est un peu plus pessimiste dans sa prévision du 14 octobre : moins 0,6 % au total, moins 0,8 % par unité de consommation.
La baisse de 2025, mesurée dans les comptes publiés par l'Insee le 29 mai (moins 0,4 % après une hausse de 2,7 % en 2024), avait une autre origine. Elle tenait « essentiellement » au recul des dividendes, après des versements exceptionnels en 2024 ; hors revenus du patrimoine, le pouvoir d'achat avait même progressé de 0,5 %, souligne l'Insee dans sa note de septembre. Celle de 2026 viendrait de la hausse des prix et du recul de l'emploi salarié, et toucherait donc « une large partie des ménages » : les revenus d'activité reculeraient en termes réels « pour la première fois depuis 1993 (hors crise sanitaire) ».
Les comptes du printemps vont dans ce sens. Au deuxième trimestre 2026, le pouvoir d'achat a reculé de 0,5 % par rapport au trimestre précédent, et de 0,6 % par unité de consommation, selon l'Insee.
Le choc énergétique a rallumé l'inflation
Après un début d'année calme, la flambée des hydrocarbures liée à la guerre en Iran et à la crise du détroit d'Ormuz a inversé la tendance. Les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août, d'après l'Insee, qui relève sur la même période une hausse de 36,2 % des produits pétroliers. L'institut prévoyait en septembre une inflation de 2,9 % en fin d'année. Pour l'OFCE, la seule hausse des prix de l'énergie ajouterait 1,0 point à l'inflation de 2026.
Le gaz en offre l'illustration la plus directe. Le prix repère fixé par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a augmenté de 7,4 % au 1er juillet et de 6,3 % au 1er octobre ; il progresse encore de 6,6 % au 1er novembre. La CRE estime, si la situation reste à peu près stable d'ici la fin de l'année, que la facture annuelle de 2026 pourrait être en moyenne 11 % plus élevée que celle de 2025, soit environ 135 euros de plus.
Des salaires qui progressent moins vite que les prix
Le salaire moyen par tête n'a progressé que de 1,6 % sur un an au deuxième trimestre, relève l'OFCE, qui y voit « une baisse des salaires réels que l'on n'avait pas observée depuis 2023 ». Le Smic, lui, a été relevé automatiquement de 2,4 % début juin, rappelle l'Insee. L'OFCE prévoit en outre une accélération des prélèvements fiscaux en fin d'année, avec le paiement de la contribution différentielle sur les hauts revenus.
Un matelas d'épargne qui s'amincit
Pour faire face, les ménages puisent dans leur épargne. Leur taux d'épargne reste élevé, mais il a nettement baissé au printemps : 17,2 % du revenu disponible au deuxième trimestre, contre 17,9 % au premier, selon l'Insee.
L'OFCE ne voit pas d'éclaircie rapide. En 2027, le pouvoir d'achat par unité de consommation reculerait encore légèrement, de 0,1 % : il baisserait ainsi « pour la 3e année consécutive ». L'Insee ne publie pas encore de prévision pour 2027.











