Le prix de la baguette n’a pas augmenté. C’est la baguette qui a diminué. La différence est subtile — et elle coûte cher.
Signal : de 300 g à 200 g en vingt ans
Au début des années 2000, une baguette standard pesait en moyenne 300 grammes. Elle est descendue à 250 g — le poids considéré comme « normal » aujourd’hui. Depuis 2025, de plus en plus de boulangeries proposent des baguettes de 200 à 230 g, au même prix ou légèrement en dessous de l’ancienne.
Le tour de passe-passe : une baguette à 1,30 € pour 250 g revient à 5,20 € le kilo. Une baguette à 1,20 € pour 200 g revient à 6 € le kilo. Le client pense économiser 10 centimes. Il paie en réalité 15 % de plus au kilo.
C’est la shrinkflation : réduire la quantité pour maintenir l’illusion d’un prix stable.
Preuves : pourquoi les boulangers n’ont pas le choix
Il serait facile de pointer les boulangers du doigt. Mais leur équation est insoluble. Trois coûts explosent simultanément :
Le GNR et le fuel. Les livraisons de farine arrivent par camion. Le GNR a augmenté de 60 centimes par litre depuis février. Les céréaliers répercutent — ou répercuteront — sur le prix de la farine.
L’électricité. Un four de boulangerie consomme autant qu’un petit immeuble. Les tarifs pros ont augmenté de 25 à 30 % depuis début 2026, tirés par la flambée du gaz qui fixe le prix de l’électricité marginal en Europe.
Les charges fixes. Depuis le 1er janvier 2025, les métiers de bouche paient une éco-contribution REP emballages d’environ 6 000 €/an pour une boulangerie standard (2 000 clients/jour).
Afficher la baguette à 1,50 €, c’est risquer de perdre des clients. Réduire le poids à 200 g et maintenir le prix à 1,20 €, c’est invisible. Le choix est fait.
Ce qui vient : la farine va suivre
La farine n’a pas encore répercuté l’intégralité de la hausse des engrais et du GNR. Les semis de printemps sont en cours avec des coûts d’intrants record. Si le pétrole reste au-dessus de 100 $, la farine augmentera de 10 à 15 % cet été. Et les baguettes de 200 g deviendront la norme, pas l’exception.
Un conseil : regardez le poids avant de regarder le prix. La baguette que vous achetez n’est peut-être plus celle que vous pensez.
En vingt ans, la baguette française a perdu un tiers de son poids. Le prix, lui, n’a jamais baissé. On appelle ça la shrinkflation. On pourrait aussi appeler ça l’inflation invisible.











