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Procès Musk-Altman :
OpenAI, Microsoft et la bataille de la fondation

Le procès civil opposant Elon Musk à Sam Altman et OpenAI s'est ouvert à Oakland. Musk réclame jusqu'à 150 milliards de dollars de restitution à la fondation d'origine et l'éviction des dirigeants. Querelle sur la structure capped-profit et le rôle pivot de Microsoft.

Mis à jour le samedi 23 mai 2026 — 14h24
7 min
Le PDG d'OpenAI, Sam Altman, arrive au tribunal fédéral d'Oakland pour le procès intenté par Elon Musk contre OpenAI, le 12 mai 2026 en Californie
Le PDG d'OpenAI, Sam Altman, arrive au tribunal fédéral d'Oakland pour le procès intenté par Elon Musk contre OpenAI, le 12 mai 2026 en Californie© AFP / JOSH EDELSON

Le procès civil opposant Elon Musk à Sam Altman et à OpenAI s'est ouvert le 27 avril 2026 au tribunal fédéral d'Oakland, en Californie. Les plaidoiries finales se sont tenues jeudi 14 mai devant la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui décidera seule, le jury constitué de neuf citoyens américains n'ayant qu'un rôle consultatif. Le verdict est attendu la semaine du 18 mai.

Quatre multimilliardaires se sont succédé à la barre : Elon Musk, le PDG de Microsoft Satya Nadella, le cofondateur d'OpenAI Greg Brockman, puis Sam Altman lui-même les 12 et 13 mai. L'enjeu dépasse la querelle personnelle : la structure juridique d'OpenAI, sa valorisation actuelle à 850 milliards de dollars, et la place de Microsoft dans l'écosystème mondial de l'intelligence artificielle.

Sur quoi porte le procès Musk-Altman ?

Elon Musk, qui a cofondé OpenAI en 2015 avec Sam Altman, Greg Brockman, Ilya Sutskever et d'autres, a assigné OpenAI, Altman, Brockman et Microsoft en 2024. Deux causes civiles sont retenues par le tribunal : « breach of charitable trust » (violation de l'engagement caritatif) et « unjust enrichment » (enrichissement sans cause).

La thèse Musk : OpenAI, créée comme association à but non lucratif vouée à développer une IA « bénéfique pour toute l'humanité », a dévié de sa mission en s'adossant à une structure commerciale ouverte aux investisseurs privés. Microsoft aurait sciemment aidé à cette dérive. Selon Musk, ses dons initiaux de 38 millions de dollars ont été détournés pour bâtir un champion mondial privé.

En face, OpenAI dénonce une manœuvre d'un concurrent revanchard. Elon Musk dirige xAI, le projet IA logé dans son groupe SpaceX, valorisé 1 250 milliards de dollars. Il a annoncé mercredi 13 mai un partenariat majeur avec Anthropic, premier rival d'OpenAI.

Que réclame Elon Musk ?

Les avocats de Musk demandent trois choses au tribunal :

Des cartons de documents juridiques acheminés au palais de justice fédéral d'Oakland pour le procès intenté par Elon Musk contre OpenAI, le 12 mai 2026 en Californie
Des cartons de documents juridiques acheminés au palais de justice fédéral d'Oakland pour le procès intenté par Elon Musk contre OpenAI, le 12 mai 2026 en Californie AFP / JOSH EDELSON
  • Le disgorgement — restitution forcée — d'un montant pouvant atteindre 150 milliards de dollars au profit de la fondation d'origine.
  • L'éviction de Sam Altman et Greg Brockman de leurs fonctions dirigeantes.
  • Le démantèlement de la structure commerciale et le retour d'OpenAI au statut unique de fondation à but non lucratif.

Une victoire complète obligerait OpenAI à se séparer de Microsoft, d'Amazon, de SoftBank et de ses autres investisseurs privés. Le scénario est jugé peu probable par la plupart des analystes, mais une condamnation partielle pourrait suffire à fragiliser le calendrier d'entrée en Bourse, en cours de préparation.

Comment OpenAI est passée de la fondation au capped-profit ?

OpenAI a été incorporée en 2015 en Delaware comme association à but non lucratif, avec un engagement de financement de 1 milliard de dollars consenti par Altman, Musk et d'autres soutiens. Musk a quitté le conseil en 2018 en invoquant un « possible conflit d'intérêts » avec son rôle de PDG de Tesla.

Elon Musk arrive au tribunal fédéral d'Oakland, pour son procès contre OpenAI, le 30 avril 2026 en Californie
Elon Musk arrive au tribunal fédéral d'Oakland, pour son procès contre OpenAI, le 30 avril 2026 en Californie AFP/Archives / JOSH EDELSON

En 2019, la structure change. OpenAI crée une filiale commerciale dite « capped-profit » : les retours des investisseurs y sont plafonnés à cent fois leur mise initiale. La fondation conserve formellement le contrôle. C'est dans ce nouveau cadre que Microsoft entre au capital avec un premier ticket d'un milliard de dollars la même année, porté à environ 3 milliards en 2022, puis à 13 milliards les années suivantes.

Selon des documents internes versés au procès, le retour attendu par Microsoft sur sa mise est de 92 milliards de dollars en quatre ans. La participation du groupe dans OpenAI est aujourd'hui valorisée à 135 milliards.

Quel rôle a joué Microsoft ?

Satya Nadella, le PDG de Microsoft, s'est dit lundi 11 mai « très fier » d'avoir été le premier à miser des milliards sur OpenAI. Il a défendu un partenariat qui aurait permis de bâtir « l'une des plus grandes organisations à but non lucratif au monde ». Phrase clé du témoignage : « Si le gâteau devient plus grand, la fondation en bénéficie aussi. »

Le camp Musk soutient que Microsoft a tiré les ficelles du virage commercial. Lors de la crise de novembre 2023, quand le conseil d'OpenAI a brusquement licencié Sam Altman pour « manque de transparence », Nadella a immédiatement cherché à récupérer les fondateurs évincés. « Je voulais m'assurer que Sam et Greg ne créent pas une entreprise concurrente et qu'ils rejoignent Microsoft », a-t-il déclaré à la barre. En 48 heures, Microsoft avait constitué une filiale d'accueil capable de mobiliser 25 milliards de dollars pour racheter les parts des employés qui suivraient.

Altman a été réintégré cinq jours plus tard, soutenu par une majorité d'employés. Mais le bras de fer a illustré le poids effectif de Microsoft dans la gouvernance.

Sam Altman et la question de la sincérité

Le contre-interrogatoire de Sam Altman par l'avocat de Musk, Steven Molo, le 12 mai, a mis l'accent sur la réputation du dirigeant d'OpenAI. « Êtes-vous totalement digne de confiance ? » a attaqué l'avocat. « Je crois que oui », a répondu Altman. « Dites-vous toujours la vérité ? » « Je crois que je suis une personne sincère. » « Ce n'était pas ma question. » Altman, après une pause : « Je suis sûr qu'il m'est arrivé, à un moment de ma vie, de ne pas le faire. »

Début avril 2026, un portrait-enquête du New Yorker avait consolidé l'image de manipulateur accolée à l'entrepreneur de 41 ans, posant la question : « Peut-on lui confier l'avenir de l'IA et de l'humanité ? » Son domicile de San Francisco a depuis été visé par un cocktail Molotov.

Sur la dérive lucrative, Altman a contesté : « Près d'un milliard d'utilisateurs réguliers de ChatGPT et une entreprise valorisée à 850 milliards de dollars : cela ne correspond pas à ma conception de ce que signifie détourner une organisation philanthropique. »

Et après le verdict, quelle suite pour l'IA ?

Si la juge donne raison à Musk, même partiellement, le calendrier d'entrée en Bourse d'OpenAI est compromis. La concurrence dans la course mondiale à l'IA générative — Anthropic, Google avec Gemini, le chinois DeepSeek, xAI lui-même — gagnerait du temps.

Si OpenAI l'emporte, la structure capped-profit, contestée depuis des années, sortira validée juridiquement. La restructuration annoncée fin 2025 avec une participation Microsoft de 135 milliards pourrait alors se déployer sans entrave.

Dans les deux cas, le procès aura mis en lumière la fragilité de l'engagement « bénéfique pour l'humanité » dès lors que des centaines de milliards de dollars sont en jeu. Côté européen, l'AI Act adopté en 2024 prévoit un encadrement des modèles à usage général, mais le débat sur la gouvernance des laboratoires reste largement non tranché.

Notre lecture

Le procès est moins une querelle entre cofondateurs qu'un test du droit américain face à des structures hybrides imaginées par la Silicon Valley. La capped-profit d'OpenAI n'a pas d'équivalent juridique en France, où la frontière entre association reconnue d'utilité publique et société commerciale est plus rigide. Une décision sévère obligerait le secteur à clarifier le statut de ces véhicules.

L'argument Musk sur le détournement de dons reste fragile : il a lui-même cherché à prendre 90 % des parts d'OpenAI en 2017, selon le témoignage d'Altman, avant de quitter le projet en désaccord sur la gouvernance. Le procès reste une bataille entre deux conceptions du capitalisme de la tech, pas un combat entre éthique et profit.

Ce qu'on regarde maintenant

  • La date exacte du verdict de la juge Gonzalez Rogers, attendu la semaine du 18 mai 2026.
  • L'éventuel calendrier d'entrée en Bourse d'OpenAI, suspendu à la décision.
  • Les conséquences pour Microsoft, dont la participation 135 Md$ pourrait être recalibrée.
  • Le partenariat Musk-Anthropic annoncé le 13 mai et son impact sur la course IA.
  • Les suites des enquêtes des procureurs républicains sur les conflits d'intérêts d'Altman.

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Questions fréquentes

Pourquoi Elon Musk poursuit-il OpenAI et Sam Altman ?
Musk accuse OpenAI, Sam Altman et Greg Brockman d'avoir trahi la vocation non-lucrative de l'organisation qu'ils ont cofondée en 2015, en s'adossant à une structure commerciale et en acceptant les investissements de Microsoft. Il invoque deux causes civiles : violation de l'engagement caritatif et enrichissement sans cause.
Combien Elon Musk réclame-t-il dans ce procès ?
Jusqu'à 150 milliards de dollars de restitution forcée (disgorgement) au profit de la fondation OpenAI d'origine, ainsi que l'éviction de Sam Altman et Greg Brockman de leurs fonctions de direction et le démantèlement de la structure commerciale.
Quel est le rôle de Microsoft dans cette affaire ?
Microsoft a investi son premier milliard de dollars dans OpenAI en 2019, après la création de la filiale capped-profit. Le total des investissements atteint 13 milliards de dollars ; la participation est aujourd'hui valorisée 135 milliards. Le PDG Satya Nadella a témoigné à Oakland le 11 mai 2026.
Qu'est-ce qu'une structure capped-profit ?
Une structure hybride imaginée par OpenAI en 2019 : une filiale commerciale dont les retours pour les investisseurs sont plafonnés à 100 fois leur mise initiale, contrôlée formellement par la fondation à but non lucratif d'origine. Ce montage n'a pas d'équivalent direct en droit français.
Quand le verdict du procès sera-t-il rendu ?
La juge Yvonne Gonzalez Rogers a indiqué pouvoir rendre sa décision dès la semaine du 18 mai 2026, après les plaidoiries finales du 14 mai. Le jury de neuf citoyens américains n'a qu'un rôle consultatif : la juge statue seule.

Antoine Lefebvre

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