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Royaume-Uni :
Makerfield, la partielle qui a fait tomber Keir Starmer

Andy Burnham a fait son retour au Parlement par Makerfield et précipité la démission de Keir Starmer. Le « roi du Nord », intronisé à la tête du Labour, prend la route de Downing Street.

Mis à jour le lundi 3 août 2026 — 21h38
4 min
Andy Burnham, maire du Grand Manchester, lors du lancement de sa campagne
Andy Burnham, maire du Grand Manchester, lors du lancement de sa campagne dans la circonscription de Makerfield, en juin 2026.© AFP / Paul Ellis

Une élection partielle aura suffi à faire tomber un Premier ministre. Vainqueur écrasant du scrutin de Makerfield, le jeudi 18 juin 2026, avec 54,8 % des voix — plus de 9 000 d'avance —, Andy Burnham a précipité la démission de Keir Starmer, annoncée quatre jours plus tard devant le 10 Downing Street. Le maire du Grand Manchester, surnommé « le roi du Nord », faisait son retour au Parlement, qu'il avait quitté en 2017 pour la mairie de la métropole ; un mois plus tard, seul candidat, il a été intronisé à la tête du Labour.

« Je le dis à mon propre parti : c'est une dernière chance de changer », a lancé l'ancien ministre de 56 ans à l'annonce des résultats, dans la nuit du 18 au 19 juin, devant ses partisans réunis à Wigan. « Tout le monde sait que la politique actuelle ne marche pas (…) ; cette nuit pourrait marquer un tournant. »

Andy Burnham salue ses partisans après sa victoire à Makerfield
Andy Burnham devant ses partisans à Ashton-in-Makerfield, au lendemain de sa victoire, le 19 juin 2026.AFP/Archives / Oli Scarff

Un gouvernement fragilisé

Arrivé au pouvoir par une large victoire en 2024, le gouvernement travailliste s'enlise. Plusieurs ministres ont démissionné, et Starmer reste fragilisé par le scandale né de la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré les liens de ce dernier avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Le départ, la semaine passée, de son ministre de la Défense et de son secrétaire d'État aux Armées a encore nourri la fronde. Wes Streeting, ex-ministre de la Santé et autre rival du chef du gouvernement, affirmait disposer des 81 parrainages requis pour déclencher une élection interne — avant, l'affaire pliée, de se rallier à Burnham.

Starmer a d'abord félicité son rival, voyant dans le scrutin le signe d'un reflux de Reform UK — sans esquisser le moindre pas de côté. « S'il y a un vote pour la direction du parti travailliste, alors, oui, je serai candidat », martelait-il encore aux journalistes le 19 juin. Depuis Évian, en marge du G7, il avait pourtant tendu la main à Burnham en lui proposant un rôle important au gouvernement — une offre balayée d'emblée.

Le terrain de Makerfield disait déjà le péril travailliste. Cette circonscription d'environ 76 000 électeurs, archipel d'anciennes villes minières entre Liverpool et Manchester, avait voté Labour à 52,5 % en 2024. Mais aux élections locales du mois précédent, Reform UK y était arrivé en tête, et 65 % des habitants avaient choisi le Brexit en 2016.

Reform UK désavoué

Le revers est d'autant plus cinglant pour Reform UK que le parti de Nigel Farage domine les sondages nationaux depuis des mois. Son candidat, le plombier Robert Kenyon, avait fait campagne sur le rejet de l'immigration et des impôts, porté par la même poussée anti-immigration qui agite le pays, avant d'être rattrapé par d'anciens propos sexistes. Il échoue à 34,5 %. À sa droite, Restore Britain — petit parti fondé par Rupert Lowe après sa brouille avec Farage et soutenu par Elon Musk — lui a grignoté des voix : sa candidate Rebecca Shepherd arrive troisième avec 6,8 %, devant le conservateur (2,2 %).

Quatre jours plus tard, la démission

L'issue n'a pas traîné. Le lundi 22 juin, après avoir informé le roi Charles III, Keir Starmer a annoncé sa démission dans un bref discours devant le 10 Downing Street : « Toutes les décisions que j'ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j'aime », a-t-il déclaré, la voix étranglée par l'émotion. Quelques heures plus tard, Andy Burnham prêtait serment à la Chambre des communes ; Wes Streeting annonçait, par lettre, son ralliement. Partisan d'un « socialisme pro-entreprises », le « roi du Nord » a exclu de revenir sur le Brexit, mais reste jugé flou sur son programme.

Andy Burnham lors de sa confirmation à la tête du Parti travailliste
Andy Burnham, confirmé à la tête du Parti travailliste, lors de la conférence extraordinaire du Labour à Londres, le 17 juillet 2026.AFP / Henry Nicholls

Aucune candidature surprise n'est venue troubler la succession : le 17 juillet, Andy Burnham a été intronisé à la tête du Labour, fort du soutien d'environ 95 % des 403 députés travaillistes et des onze syndicats affiliés au parti. Il doit s'installer au 10 Downing Street le 20 juillet, après une rencontre avec le roi Charles III — septième Premier ministre britannique en dix ans. Un mois presque jour pour jour après le scrutin, la partielle de Makerfield aura fait tomber un Premier ministre, et fait le suivant.

L'essentiel

  • Andy Burnham a remporté la partielle de Makerfield le 18 juin 2026 (54,8 % des voix) ; quatre jours plus tard, Keir Starmer annonçait sa démission devant le 10 Downing Street.
  • Fragilisé par le scandale Mandelson-Epstein et des démissions en série, Starmer avait juré de se battre ; le ralliement de Wes Streeting à Burnham a scellé son sort.
  • Seul candidat, Burnham a été intronisé à la tête du Labour le 17 juillet 2026 avec le soutien d'environ 95 % des députés travaillistes ; Reform UK, battu de vingt points, encaisse un net revers.

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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