Andy Burnham a remporté haut la main l'élection partielle de Makerfield, vendredi, et se retrouve en position de défier Keir Starmer à la tête du Labour, voire de viser Downing Street. Le maire du Grand Manchester, surnommé « le roi du Nord », a recueilli 54,8 % des voix — plus de 9 000 d'avance — pour reconquérir un siège de député qu'il avait abandonné en 2017 au profit de la mairie de Manchester.
« Je le dis à mon propre parti : c'est une dernière chance de changer », a lancé l'ancien ministre de 56 ans à l'annonce des résultats à Wigan, devant ses partisans. « Tout le monde sait que la politique actuelle ne marche pas (…) ; cette nuit pourrait marquer un tournant. » Investi député lundi, il lui faudra réunir 81 parrainages pour déclencher une élection interne au Labour — un seuil que sa popularité parmi les quelque 400 élus du parti lui permettrait d'atteindre sans peine.
Un gouvernement fragilisé
Arrivé au pouvoir par une large victoire en 2024, le gouvernement travailliste s'enlise. Plusieurs ministres ont démissionné, et Starmer reste fragilisé par le scandale né de la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré les liens de ce dernier avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Le départ, la semaine passée, de son ministre de la Défense et de son secrétaire d'État aux Armées a encore nourri la fronde. Wes Streeting, ex-ministre de la Santé et autre rival du chef du gouvernement, affirme déjà disposer des 81 parrainages requis et se dit prêt à lancer les hostilités dès la semaine prochaine.
Dans une première réaction sur X, Starmer a félicité son rival, jugeant que les électeurs avaient préféré une campagne « porteuse d'espoir et d'optimisme » à celle « prônant la division et la haine ». Mais le Premier ministre, qui martelait mercredi sur Sky News « je ne vais pas partir, je vais me battre », n'a montré aucun signe de vouloir céder. Depuis Evian, en marge du G7, il avait pourtant tendu la main à Burnham en lui proposant « un rôle important au gouvernement » — une offre balayée d'emblée.
Le terrain de Makerfield disait déjà le péril travailliste. Cette circonscription d'environ 76 000 électeurs, archipel d'anciennes villes minières entre Liverpool et Manchester, avait voté Labour à 52,5 % en 2024. Mais aux élections locales du mois précédent, Reform UK y était arrivé en tête, et 65 % des habitants avaient choisi le Brexit en 2016.
Reform UK désavoué
Le revers est d'autant plus cinglant pour Reform UK que le parti de Nigel Farage domine les sondages nationaux depuis des mois. Son candidat, le plombier Robert Kenyon, avait fait campagne sur le rejet de l'immigration et des impôts, porté par la même poussée anti-immigration qui agite le pays, avant d'être rattrapé par d'anciens propos sexistes. Il échoue à 34,5 %. À sa droite, Restore Britain — petit parti fondé par Rupert Lowe après sa brouille avec Farage et soutenu par Elon Musk — lui a grignoté des voix : sa candidate Rebecca Shepherd arrive troisième avec 6,8 %, devant le conservateur (2,2 %).
L'inconnue tient désormais à la méthode. Pour Andrew Fisher, ancien directeur politique du Labour, le scénario le plus rapide verrait le parti se rallier à Burnham et Starmer s'effacer, épargnant une élection interne fratricide. Pourfendeur du « néolibéralisme » et partisan d'un renouveau des régions déclassées, le maire de Manchester s'est néanmoins engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire de la ministre des Finances Rachel Reeves, histoire de rassurer les marchés. Wes Streeting, lui, dit vouloir laisser à Starmer le « temps de la réflexion » ce week-end — en espérant que le Premier ministre en ressorte résolu à jeter l'éponge.











