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Starship vol 12 :
un nouvel essai réussi pour la fusée SpaceX, malgré deux accrocs

Starship a réussi son 12e essai au Texas malgré deux accrocs : un moteur défaillant sur l'étage supérieur et un propulseur retombé incontrôlé dans le Golfe du Mexique. La fusée géante de SpaceX prépare une introduction en Bourse historique.

Mis à jour le samedi 23 mai 2026 — 12h24
8 min
La fusée Starship de SpaceX décolle de la base spatiale de South Padre Island, au Texas, le 22 mai 2026
La fusée Starship de SpaceX décolle de la base spatiale de South Padre Island, au Texas, le 22 mai 2026© AFP / RONALDO SCHEMIDT

Ce qu'il faut retenir au 23 mai 2026

  • 12e vol d'essai pour Starship, le premier de la version V3 (124 m de haut, plus grande que la précédente), depuis la base spatiale de South Padre Island au Texas, peu après 17 h 30 locales (22 h 30 GMT) le 22 mai. Durée du vol : environ 65 minutes.
  • Séparation des deux étages réussie. L'étage supérieur a déployé un ensemble de satellites factices, dont deux destinés à étudier le bouclier thermique du vaisseau, puis s'est abîmé comme prévu dans l'océan Indien.
  • Deux accrocs techniques. Un des moteurs Raptor de l'étage supérieur a dysfonctionné — les cinq restants ont compensé en fonctionnant plus longtemps, mais le vaisseau ne s'est pas trouvé exactement sur la bonne orbite. Le porte-parole Dan Huot : « Je n'appellerais pas cela une insertion orbitale idéale ».
  • Le propulseur est retombé de manière incontrôlée dans le Golfe du Mexique, faute d'avoir effectué la poussée initialement prévue. SpaceX comptait l'abîmer à un endroit précis sans le récupérer ; l'objectif n'a pas été atteint.
  • Réaction du patron de la NASA, Jared Isaacman, sur X : « Bravo à SpaceX et Elon Musk pour un sacré décollage de Starship V3. Cela nous rapproche de la Lune... et de Mars. » SpaceX prépare en parallèle une introduction en Bourse qui pourrait figurer parmi les plus grosses de l'histoire.

Le décollage du 12e vol depuis South Padre Island

La fusée a décollé du Texas peu après 17 h 30 locales (22 h 30 GMT) le 22 mai 2026, après un report la veille pour problèmes techniques. La base spatiale de South Padre Island, à l'extrême sud du Texas en bordure du Golfe du Mexique, est la base de test historique de Starship depuis 2019. Le vol a duré environ 65 minutes.

Capture d'écran du live vidéo de SpaceX montrant la chute dans l'océan Indien de la fusée Starship, le 22 mai 2026
Capture d'écran du live vidéo de SpaceX montrant la chute dans l'océan Indien de la fusée Starship, le 22 mai 2026 SPACEX/AFP / -

L'ensemble propulseur (« Super Heavy », premier étage) plus vaisseau (« Starship », deuxième étage) mesurait cette fois 124 mètres de haut. C'est la version V3 de l'engin, plus grande que les précédentes, déployée pour la première fois. Avec ce douzième vol, sept mois après le dernier, SpaceX cherchait à démontrer les améliorations apportées à sa fusée par rapport aux essais antérieurs.

Les employés de SpaceX ont laissé exploser leur joie lorsque l'étage supérieur s'est abîmé comme prévu dans l'océan Indien. Cette étape — la phase finale du vol, après orbite partielle et déploiement de charge utile — n'avait jamais été aussi complètement réalisée par la version V3.

L'étage supérieur abîmé dans l'océan Indien, mais « pas une insertion orbitale idéale »

L'étage supérieur a déployé un ensemble de satellites factices après la séparation. Parmi eux, deux étaient destinés à étudier le comportement du bouclier thermique du vaisseau, élément critique pour les futurs vols habités. Tous les satellites ont été correctement libérés.

Mais l'orbite n'a pas été atteinte conformément aux paramètres prévus. L'un des six moteurs Raptor du deuxième étage a dysfonctionné en vol. Les cinq moteurs restants ont fonctionné un peu plus longtemps pour compenser, sans toutefois rattraper l'écart de trajectoire. « Je n'appellerais pas cela une insertion orbitale idéale », a reconnu le porte-parole de SpaceX, Dan Huot. La rentrée atmosphérique et l'amerrissage dans l'océan Indien — point d'arrivée prévu — se sont en revanche déroulés comme planifié.

Pour Clayton Swope, du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), interrogé par l'AFP, cette « version améliorée de Starship a accompli la plupart de ce que SpaceX espérait qu'elle ferait lors du lancement ». Il ajoute : « Il reste encore un long chemin à parcourir et de nombreux autres vols d'essai avant que Starship ne soit prêt pour la prochaine mission Artemis. »

Le propulseur retombé incontrôlé dans le Golfe du Mexique

L'autre accroc concerne le propulseur « Super Heavy », premier étage. Vendredi, il n'a pas effectué la poussée initialement prévue, a déclaré Dan Huot. Il est donc retombé rapidement et de manière incontrôlée dans les eaux du Golfe du Mexique. Si SpaceX ne prévoyait pas de le récupérer intact — une manœuvre spectaculaire déjà réalisée par le passé avec les pinces géantes du portique de lancement —, elle comptait tout de même le faire s'abîmer à un endroit précis. Cet objectif n'a pas été atteint.

Les retombées non maîtrisées du propulseur restent un sujet de fond pour les autorités américaines. La Federal Aviation Administration (FAA), qui supervise les vols spatiaux commerciaux, a déjà sanctionné SpaceX à plusieurs reprises pour des amerrissages non conformes lors d'essais précédents — notamment les deux explosions au-dessus des Caraïbes et la rentrée non contrôlée au-dessus de l'espace lors d'essais antérieurs. Pour ce 12e vol, le bilan environnemental précis de la retombée dans le Golfe du Mexique sera évalué par la FAA dans les semaines qui viennent.

Starship V3 et le programme Artemis : un calendrier serré face à la Chine

À terme, Starship doit servir de véhicule lunaire pour les programmes Artemis de la NASA. L'agence spatiale américaine compte envoyer des astronautes sur la Lune en 2028, devant la Chine qui ambitionne d'y envoyer des hommes d'ici 2030. Mais compte tenu des retards pris par le secteur privé, le gouvernement de Donald Trump craint que les États-Unis échouent à réaliser cet objectif en premier.

L'un des principaux obstacles techniques restants est de démontrer la capacité à ravitailler une fusée en propergol en orbite — une étape essentielle pour fournir de l'énergie aux moteurs sur les missions longue durée vers la Lune ou Mars. Cette manœuvre n'a jamais été testée pour des missions de longue durée. Sans elle, Starship ne peut pas accomplir le profil de mission lunaire complet : ravitaillement orbital, transfert vers la Lune, atterrissage, retour.

Les vols précédents de Starship se sont déroulés avec un succès inégal. Deux essais se sont soldés par des explosions spectaculaires au-dessus des Caraïbes. Un autre s'est terminé par une explosion après avoir atteint l'espace. En juin 2025, l'étage supérieur avait explosé lors d'un essai au sol. Le rythme actuel — un vol tous les sept mois en moyenne — reste insuffisant pour respecter le calendrier Artemis 2028.

L'introduction en Bourse de SpaceX en arrière-plan

Le 12e vol intervient à un moment financier sensible. SpaceX, qui réunit aussi la constellation de satellites Starlink et le laboratoire d'intelligence artificielle xAI, a présenté mercredi 20 mai les grandes lignes de ce qui pourrait constituer l'une des plus grosses introductions en Bourse de l'histoire. Un échec spectaculaire de ce vol aurait pénalisé la valorisation visée par l'entrée sur les marchés. Le « globalement réussi » du 22 mai, sans explosion ni perte totale de la fusée, sécurise au contraire l'argumentaire de Musk auprès des investisseurs institutionnels.

Cette IPO intervient elle-même dans une séquence chargée pour Elon Musk : le procès qui l'oppose à OpenAI, Sam Altman et Microsoft à Oakland a connu son réquisitoire la semaine du 18 mai, avec un verdict imminent. La structure holding Musk — SpaceX/Starlink/xAI d'un côté, Tesla et X de l'autre — sort renforcée si Starship démontre sa valeur opérationnelle et si OpenAI est contraint de revoir sa structure capitalistique. Les deux dossiers se télescopent dans le calendrier financier de fin mai-juin.

Les prochains défis techniques

SpaceX doit démontrer plusieurs capacités avant qu'Artemis ne dépende effectivement de Starship. Premièrement : la récupération propre du propulseur Super Heavy, qui conditionne la réutilisation et donc l'économie de la fusée. Cette manœuvre a été réalisée avec succès par le passé mais a échoué le 22 mai. Deuxièmement : le ravitaillement en propergol en orbite, jamais testé sur missions longues. Troisièmement : la fiabilité du bouclier thermique pour des rentrées atmosphériques répétées — les deux satellites de mesure largués ce 22 mai contribueront à cette caractérisation.

Le calendrier resserre l'équation. La NASA vise août-septembre 2028 pour Artemis III, la première mission lunaire habitée avec alunissage. Cela laisse environ trente mois à SpaceX pour qualifier Starship V3 au niveau requis pour transporter et faire alunir un équipage. À un rythme d'un vol tous les sept mois, l'opérateur devrait réussir au moins quatre vols supplémentaires sans accroc majeur — un rythme qui n'a jamais été tenu sur la durée. La pression chinoise, avec un programme lunaire visant 2030, accentue l'enjeu politique. Le « globalement réussi » du 22 mai reste un pas — pas un saut — vers ce calendrier.

L'essentiel

  • 12e vol d'essai Starship le 22 mai 2026 depuis South Padre Island au Texas, sept mois après le précédent.
  • Première version V3 (124 m de haut), séparation des étages réussie, étage supérieur abîmé comme prévu dans l'océan Indien.
  • Deux accrocs : un moteur Raptor dysfonctionnel sur l'étage supérieur (« pas une insertion orbitale idéale » selon Dan Huot) et un propulseur retombé incontrôlé dans le Golfe du Mexique.
  • Le patron de la NASA Jared Isaacman salue le vol comme « un sacré décollage » qui « rapproche de la Lune... et de Mars ».
  • SpaceX prépare une introduction en Bourse qui pourrait figurer parmi les plus grosses de l'histoire, alors qu'Elon Musk attend le verdict du procès qui l'oppose à OpenAI.

Questions fréquentes

Quel est le bilan du 12e vol de Starship ?
Le 12e vol d'essai de Starship a été qualifié de « globalement réussi » par SpaceX. Décollage depuis South Padre Island au Texas le 22 mai 2026 à 17 h 30 locales, durée environ 65 minutes. La séparation des deux étages s'est faite avec succès, et l'étage supérieur s'est abîmé comme prévu dans l'océan Indien après avoir déployé des satellites factices. Deux accrocs : un moteur Raptor de l'étage supérieur a dysfonctionné, et le propulseur Super Heavy est retombé de manière incontrôlée dans le Golfe du Mexique.
Qu'est-ce que Starship V3 ?
Starship V3 est la troisième génération du véhicule de SpaceX, déployée pour la première fois le 22 mai 2026. L'ensemble — propulseur Super Heavy + vaisseau Starship — mesure 124 mètres de haut, plus que les versions précédentes. Elle vise à servir de plateforme pour les missions lunaires Artemis de la NASA et, à plus long terme, pour les missions martiennes d'Elon Musk.
Pourquoi Starship est-il important pour le programme Artemis ?
La NASA a sélectionné Starship comme atterrisseur lunaire pour Artemis III, la première mission lunaire habitée prévue en 2028. Sans Starship qualifié, le calendrier de retour américain sur la Lune avant la Chine (visée 2030) est compromis. Plusieurs étapes restent à franchir, notamment le ravitaillement en propergol en orbite, jamais testé sur missions longues.
Quels ont été les précédents échecs de Starship ?
Plusieurs vols précédents de Starship se sont soldés par des incidents : deux explosions spectaculaires au-dessus des Caraïbes lors d'essais en vol, une explosion après avoir atteint l'espace, et en juin 2025, l'étage supérieur avait explosé lors d'un essai au sol. Le 12e vol du 22 mai 2026 n'a pas connu d'explosion mais deux accrocs techniques mineurs.
Qu'est-ce que l'IPO de SpaceX évoquée par Elon Musk ?
SpaceX, qui réunit aussi la constellation Starlink et le laboratoire d'intelligence artificielle xAI, a présenté le 20 mai 2026 les grandes lignes de ce qui pourrait constituer l'une des plus grosses introductions en Bourse de l'histoire. Le succès du 12e vol Starship sécurise la valorisation envisagée auprès des investisseurs institutionnels. L'opération intervient en parallèle du procès Musk-OpenAI à Oakland, dont le verdict est attendu fin mai.

Claire Moreau

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