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Starship vol 12 :
un nouvel essai réussi pour la fusée SpaceX, malgré deux accrocs

Starship a réussi son 12e essai au Texas malgré deux accrocs : un moteur défaillant sur l'étage supérieur et un propulseur retombé incontrôlé dans le Golfe du Mexique. Un vol que SpaceX devait réussir, à trois semaines de son entrée en Bourse record.

Mis à jour le vendredi 10 juillet 2026 — 01h17
6 min
La fusée Starship de SpaceX en plein vol après son décollage du Texas, le 22 mai 2026
La fusée Starship de SpaceX en plein vol après son décollage du Texas, le 22 mai 2026© AFP / RONALDO SCHEMIDT

Les employés de SpaceX ont laissé exploser leur joie quand l'étage supérieur s'est abîmé, comme prévu, dans l'océan Indien. Ce 22 mai 2026, la fusée géante d'Elon Musk venait de conclure son douzième vol d'essai — le premier de la version V3, la plus grande jamais lancée avec ses 124 mètres — par un tir « globalement réussi » d'environ 65 minutes. « Bravo à SpaceX et Elon Musk pour un sacré décollage de Starship V3, a salué sur X le patron de la NASA, Jared Isaacman. Cela nous rapproche de la Lune... et de Mars. »

Réussi, mais pas parfait : un moteur défaillant a privé le vaisseau de son orbite idéale, et le propulseur est retombé sans contrôle dans le Golfe du Mexique. Deux accrocs scrutés de près, car SpaceX jouait gros ce jour-là — sur la Lune, où la NASA veut devancer la Chine, comme à Wall Street, où l'entreprise venait d'annoncer son entrée en Bourse.

Le décollage du 12e vol de Starship

La fusée a décollé peu après 17 h 30 locales (22 h 30 GMT) le 22 mai 2026, après un report la veille pour problèmes techniques. Elle est partie de Starbase, la base que SpaceX a bâtie à l'extrême sud du Texas, en bordure du Golfe du Mexique, et d'où l'engin vole depuis ses premiers essais en 2019 ; le public, lui, observe les tirs depuis l'île voisine de South Padre. Le vol a duré environ 65 minutes.

Capture d'écran du live vidéo de SpaceX montrant la chute dans l'océan Indien de la fusée Starship, le 22 mai 2026
Capture d'écran du live vidéo de SpaceX montrant la chute dans l'océan Indien de la fusée Starship, le 22 mai 2026 SPACEX/AFP / -

L'ensemble propulseur (« Super Heavy », premier étage) plus vaisseau (« Starship », deuxième étage) mesurait cette fois 124 mètres de haut. C'est la version V3 de l'engin, plus grande que les précédentes, déployée pour la première fois. Avec ce douzième vol, sept mois après le dernier, SpaceX cherchait à démontrer les améliorations apportées à sa fusée par rapport aux essais antérieurs.

L'étage supérieur abîmé dans l'océan Indien, mais « pas une insertion orbitale idéale »

L'étage supérieur a déployé un ensemble de satellites factices après la séparation. Parmi eux, deux étaient destinés à étudier le comportement du bouclier thermique du vaisseau, élément critique pour les futurs vols habités. Tous les satellites ont été correctement libérés.

Mais l'orbite n'a pas été atteinte conformément aux paramètres prévus. L'un des six moteurs Raptor du deuxième étage a dysfonctionné en vol. Les cinq moteurs restants ont fonctionné un peu plus longtemps pour compenser, sans toutefois rattraper l'écart de trajectoire. « Je n'appellerais pas cela une insertion orbitale idéale », a reconnu le porte-parole de SpaceX, Dan Huot. La rentrée atmosphérique et l'amerrissage dans l'océan Indien — point d'arrivée prévu — se sont en revanche déroulés comme planifié.

Pour Clayton Swope, du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), interrogé par l'AFP, cette « version améliorée de Starship a accompli la plupart de ce que SpaceX espérait qu'elle ferait lors du lancement ». Il ajoute : « Il reste encore un long chemin à parcourir et de nombreux autres vols d'essai avant que Starship ne soit prêt pour la prochaine mission Artemis. »

Le propulseur retombé incontrôlé dans le Golfe du Mexique

L'autre accroc concerne le propulseur « Super Heavy », premier étage. Ce jour-là, il n'a pas effectué la poussée initialement prévue, a déclaré Dan Huot. Il est donc retombé rapidement et de manière incontrôlée dans les eaux du Golfe du Mexique. Si SpaceX ne prévoyait pas de le récupérer intact — une manœuvre spectaculaire déjà réalisée par le passé avec les pinces géantes du portique de lancement —, elle comptait tout de même le faire s'abîmer à un endroit précis. Cet objectif n'a pas été atteint.

Les retombées non maîtrisées restent un sujet sensible pour le régulateur américain. Début 2025, après deux explosions de Starship au-dessus des Caraïbes qui avaient dispersé des débris jusqu'aux îles Turques-et-Caïques, la Federal Aviation Administration (FAA) avait cloué la fusée au sol et exigé des enquêtes sur ces incidents avant d'autoriser de nouveaux tirs.

Starship V3 et le programme Artemis : un calendrier serré face à la Chine

À terme, Starship doit servir de véhicule lunaire pour les programmes Artemis de la NASA. L'agence spatiale américaine compte envoyer des astronautes sur la Lune en 2028, devant la Chine qui ambitionne d'y envoyer des hommes d'ici 2030. Mais compte tenu des retards pris par le secteur privé, le gouvernement de Donald Trump craint que les États-Unis échouent à réaliser cet objectif en premier.

L'un des principaux obstacles techniques restants est de démontrer la capacité à ravitailler une fusée en propergol en orbite — une étape essentielle pour les missions de longue durée vers la Lune ou Mars, jamais testée à ce jour. Sans elle, Starship ne peut pas accomplir le profil de mission lunaire complet : ravitaillement orbital, transfert vers la Lune, atterrissage, retour.

Les vols précédents de Starship se sont déroulés avec un succès inégal. Deux essais se sont soldés par des explosions spectaculaires au-dessus des Caraïbes. Un autre s'est terminé par une explosion après avoir atteint l'espace. En juin 2025, l'étage supérieur avait explosé lors d'un essai au sol.

Une entrée en Bourse record en arrière-plan

Le 12e vol est intervenu à un moment financier décisif. SpaceX — qui réunit aussi la constellation de satellites Starlink et le laboratoire d'intelligence artificielle xAI — avait présenté deux jours plus tôt les grandes lignes de ce qui s'annonçait comme l'une des plus grosses introductions en Bourse de l'histoire. Un échec spectaculaire du vol aurait fait tache dans l'argumentaire ; le « globalement réussi » a laissé le calendrier intact.

La suite a dépassé l'annonce. Le 12 juin 2026, SpaceX a fait ses débuts au Nasdaq et signé la plus grosse entrée en Bourse de l'histoire : 75 milliards de dollars levés, soit le triple du record établi par le pétrolier saoudien Saudi Aramco en 2019, une action en hausse de 19 % dès la première séance et une fortune personnelle d'Elon Musk propulsée au-delà des 1 000 milliards de dollars, du jamais-vu.

Quelques jours avant le tir, un autre dossier s'était refermé pour le milliardaire : le 18 mai, un jury fédéral d'Oakland a rejeté l'ensemble de ses demandes dans le procès qui l'opposait à OpenAI, Sam Altman et Microsoft, jugées trop tardives pour être recevables. Musk a annoncé son intention de faire appel.

Ce que Starship doit encore prouver

Plusieurs capacités restent à démontrer avant qu'Artemis ne repose effectivement sur Starship. La récupération propre du propulseur Super Heavy d'abord, qui conditionne la réutilisation et donc l'économie de la fusée : réussie par le passé, elle a manqué le 22 mai. Le ravitaillement en orbite ensuite. La fiabilité du bouclier thermique enfin, pour des rentrées atmosphériques répétées — les deux satellites de mesure largués lors de ce vol doivent y contribuer.

Le calendrier, lui, ne se desserre pas : 2028 pour faire alunir des astronautes américains, 2030 pour l'ambition chinoise. Le « globalement réussi » du 22 mai est un pas vers ce rendez-vous — pas un saut.

L'essentiel

  • Douzième vol d'essai de Starship le 22 mai 2026 depuis Starbase, au Texas, et premier de la version V3 (124 mètres) : séparation des étages réussie, étage supérieur abîmé comme prévu dans l'océan Indien après 65 minutes de vol.
  • Deux accrocs : un moteur Raptor défaillant a privé le vaisseau de son orbite idéale, et le propulseur Super Heavy est retombé de manière incontrôlée dans le Golfe du Mexique.
  • L'essai comptait double : la NASA attend Starship pour faire alunir des astronautes en 2028, avant la Chine, et SpaceX a signé trois semaines plus tard la plus grosse entrée en Bourse de l'histoire.

Antoine Lefebvre

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