Une étiquette « Made in China » au bout d'un portant, et déjà une nouvelle facture. Le géant de la mode en ligne Shein vient d'écoper de 22 millions d'euros d'amendes supplémentaires en France, portant à plus de 210 millions le total des sanctions encaissées ces dernières années. La plateforme dénonce un « acharnement » ; commerçants et autorités y voient le prix d'une concurrence déloyale. Ce qu'on lui reproche, combien elle a payé, et comment la France et l'Europe tentent de réagir.
Pourquoi Shein vient encore d'être sanctionnée
La Répression des fraudes (DGCCRF), bras de Bercy, a infligé à Shein deux amendes pour un total de 22 millions d'euros, selon des décisions publiées début juin. En tant que marque de mode, l'entreprise se voit reprocher de ne pas respecter le délai de rétractation de quatorze jours sur certains produits, et d'omettre des informations obligatoires : les pays de tissage, de teinture et de confection de ses vêtements, ou encore la présence de microplastiques dans les tissus, le polyester en tête, qui se libèrent à chaque lavage.
Ce n'est pas une première. L'an passé, la même administration avait déjà sanctionné Shein à hauteur de 1,09 million d'euros sur la seule question des microplastiques. Les nouvelles amendes sont issues d'une vaste enquête lancée en 2025 sur plusieurs plateformes d'e-commerce, surtout extra-européennes.
Shein aussi visée comme place de marché
La DGCCRF a frappé sur un second terrain : Shein n'est pas qu'une marque, c'est aussi une place de marché qui héberge des vendeurs partenaires. Or, à la confirmation de commande, l'administration relève l'absence du prix unitaire de chaque produit, des délais de livraison et de l'identité des vendeurs — des informations qui doivent figurer sur un « support durable », consultable plus tard par le client.
Shein répond que ces données sont accessibles depuis le compte client, qu'elle assimile à un support durable. La Répression des fraudes réfute : si le client supprime son compte, il perd l'accès à ces informations. Un désaccord d'interprétation qui est au cœur du litige.
Plus de 210 millions d'euros d'amendes : le décompte
Les sanctions s'empilent depuis plusieurs années. Outre les 22 millions du dernier round, Shein a écopé de 150 millions d'euros de la Cnil pour non-respect de la législation sur les cookies, et de 40 millions de la DGCCRF pour fausses promotions et informations trompeuses, notamment sur l'environnement. S'y ajoute le 1,09 million déjà infligé sur les microplastiques.
La marque traîne par ailleurs d'autres affaires. Elle est sous le coup d'une enquête après la découverte, l'an dernier, de poupées sexuelles à l'apparence de fillettes proposées à la vente sur sa plateforme, mais aussi d'armes de catégorie A et de médicaments interdits. Fondée en Chine en 2012 et désormais basée à Singapour, Shein cristallise les reproches des autorités, des ONG et de ses concurrents.
Ce que répond Shein
L'entreprise conteste en bloc. Elle juge les sanctions « manifestement disproportionnées et discriminatoires » et annonce vouloir les « contester fermement dans leur intégralité ». Sur le délai de rétractation, elle affirme que la DGCCRF « confond » ce droit avec sa « politique commerciale de retours plus avantageuse ». Sur les informations environnementales manquantes, elle plaide un « incident technique » et une absence « temporaire ».
Cette ligne de défense — se présenter en cible d'un « acharnement » français et européen — accompagne désormais chaque nouvelle sanction. Elle n'a pas, jusqu'ici, enrayé la cadence des amendes.
Concurrence déloyale et mode jetable
Au-delà du droit de la consommation, c'est un modèle qui est visé. Le ministre du Commerce, Serge Papin, dénonce une « concurrence déloyale » d'une plateforme « qui fait l'économie de la conformité à nos règles et de la protection du consommateur ». Les commerçants traditionnels accusent Shein de vendre des produits non conformes, parfois dangereux, sans supporter les mêmes contraintes.
Côté environnement, les ONG pointent la pollution de cette mode éphémère, au catalogue pléthorique fabriqué en Chine. Shein est régulièrement comparée à deux autres plateformes chinoises, AliExpress et Temu ; cette dernière vient d'écoper de 200 millions d'euros de l'Union européenne pour avoir permis la vente de produits illégaux, dont des jouets dangereux. Pour le consommateur, le sujet rejoint celui des nombreux changements qui touchent le pouvoir d'achat et la fiscalité.
La riposte française et européenne
Le défi est devenu massif : 5,8 milliards de petits colis ont été livrés en Europe en 2025, en provenance à 97 % de Chine. Pour endiguer ce flux, la France prépare une taxe de deux euros sur les petits colis, qui se cumulera avec un droit de douane européen de trois euros par type d'article commandé.
L'enjeu dépasse Shein. Les États membres cherchent une parade commune face à ces marchandises à bas coût, dont une partie échappe aux normes européennes de sécurité et d'environnement. Les amendes, contestées une à une devant la justice, sont pour l'heure le principal levier : elles sanctionnent les manquements sans, jusqu'à présent, ralentir la croissance du modèle.











