Il reste deux orques en France, et elles vivent dans un parc fermé. Le Marineland d'Antibes a clos ses portes au public le 5 janvier 2025, rattrapé par la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale, qui interdit les spectacles de cétacés à compter du 1er décembre 2026 — et, à la même échéance, leur détention hors sanctuaires, refuges et programmes scientifiques. Depuis, Wikie, née en 2001, et son fils Keijo, né en novembre 2013 dans les bassins d'Antibes, attendent leur destination. Dix-huit mois plus tard, le voyage n'a toujours pas eu lieu — et cette attente résume l'impasse mondiale des grands cétacés captifs.
L'option qui vient spontanément à l'esprit — les rendre à l'océan — est la seule que personne ne porte. Nées en captivité, nourries par l'homme, les deux orques n'ont jamais chassé : associations comme autorités écartent un relâchage qui équivaudrait à une condamnation. Restent deux familles de solutions : un autre bassin, quelque part dans le monde, ou un « sanctuaire marin » — une baie fermée où les animaux vivraient en semi-liberté, soignés à vie, sans spectacles.

Décembre : le sanctuaire « le plus éthique »
Le 13 décembre 2025, l'État tranche solennellement. Le gouvernement annonce le transfert de Wikie et Keijo vers le Whale Sanctuary Project, un projet de sanctuaire en Nouvelle-Écosse, au Canada — « la solution [...] la plus crédible, la plus éthique », écrit le ministère de la Transition écologique, qui veut « poser les bases d'un modèle exemplaire de transition vers les sanctuaires marins ». Le départ est annoncé pour l'été suivant. Un détail, pourtant : le sanctuaire n'existe pas encore. Le site canadien reste à construire — aucun sanctuaire marin pour orques n'est aujourd'hui en service dans le monde.
Mai : demi-tour vers le parc d'abord refusé
Cinq mois plus tard, le 15 mai 2026, le même ministère change de cap. Les échanges avec les autorités canadiennes et plusieurs ONG ont révélé « de nouveaux éléments ne permettant pas de considérer ce projet comme viable » dans les délais requis. Et les délais pressent : une expertise judiciaire décrit une « situation structurelle alarmante » — des bassins qui, sans intervention, risquent la rupture. Le ministre chargé du dossier, Mathieu Lefèvre, annonce que « les feux sont au vert côté État » pour un transfert vers le Loro Parque de Tenerife.
Le paradoxe est complet. C'est le parc que l'autorité scientifique espagnole avait refusé un an plus tôt, jugeant les conditions d'accueil insuffisantes ; c'est aussi un delphinarium, où vivent déjà quatre orques, quand la loi française vient précisément d'en programmer la fin. Le communiqué ministériel pose l'alternative en termes crus : sans transfert, la « seule option restante » serait l'euthanasie.

Les associations de défense animale contestent. One Voice multiplie les actions contre le choix espagnol, qu'elle juge contraire à l'esprit de la loi ; l'État lui oppose l'urgence sanitaire documentée des bassins. À l'approche du départ, les conditions mêmes du transport — un déménagement hors norme pour des animaux de plusieurs tonnes — font débat jusqu'au bout.

Les dauphins aussi, en deux temps
L'arbitrage de mai règle également le sort des douze grands dauphins du parc : un transfert temporaire en Espagne, le temps que les installations soient prêtes ; huit rejoindront ensuite le ZooParc de Beauval, « dans un peu plus d'un an », les quatre autres restant à l'Oceanogràfic de Valence. La France, qui protège désormais ses dauphins sauvages jusqu'à fermer des pêcheries l'hiver, n'a plus, pour ses cétacés captifs, aucune structure d'accueil sur son sol.
C'est l'angle mort du texte de 2021. La loi a fixé un principe clair — plus de spectacles, plus de détention, sauf sanctuaires et refuges — mais les sanctuaires qu'elle érige en horizon n'existent pas encore, et il faut bien loger les animaux en attendant. Entre le communiqué qui promettait « un modèle exemplaire de transition vers les sanctuaires marins » et celui qui a mis les feux au vert vers un delphinarium espagnol, il s'est écoulé cinq mois.











