Aller au contenu principal

Orques de Marineland :
pourquoi la France ne sait pas où les envoyer

Wikie et Keijo, mère et fils, tournent dans les bassins d'un parc fermé. La loi a interdit les spectacles, le sanctuaire promis n'existe pas, le parc espagnol choisi avait d'abord été refusé. Récit d'une impasse française, jusqu'à l'euthanasie posée noir sur blanc comme seule alternative.

4 min
Une orque nage dans un bassin extérieur du Marineland d'Antibes, chapiteaux du parc en arrière-plan
Une orque dans un bassin du Marineland d'Antibes, fermé au public depuis janvier 2025.© AFP / Valery Hache

Il reste deux orques en France, et elles vivent dans un parc fermé. Le Marineland d'Antibes a clos ses portes au public le 5 janvier 2025, rattrapé par la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale, qui interdit les spectacles de cétacés à compter du 1er décembre 2026 — et, à la même échéance, leur détention hors sanctuaires, refuges et programmes scientifiques. Depuis, Wikie, née en 2001, et son fils Keijo, né en novembre 2013 dans les bassins d'Antibes, attendent leur destination. Dix-huit mois plus tard, le voyage n'a toujours pas eu lieu — et cette attente résume l'impasse mondiale des grands cétacés captifs.

L'option qui vient spontanément à l'esprit — les rendre à l'océan — est la seule que personne ne porte. Nées en captivité, nourries par l'homme, les deux orques n'ont jamais chassé : associations comme autorités écartent un relâchage qui équivaudrait à une condamnation. Restent deux familles de solutions : un autre bassin, quelque part dans le monde, ou un « sanctuaire marin » — une baie fermée où les animaux vivraient en semi-liberté, soignés à vie, sans spectacles.

Un soigneur lance des glaçons à une orque qui sort la tête de l'eau, gueule ouverte, à Marineland
Un soigneur lance des glaçons à une orque dans les bassins du Marineland d'Antibes, fermé au public : les animaux, eux, sont restés.AFP / Valery Hache

Décembre : le sanctuaire « le plus éthique »

Le 13 décembre 2025, l'État tranche solennellement. Le gouvernement annonce le transfert de Wikie et Keijo vers le Whale Sanctuary Project, un projet de sanctuaire en Nouvelle-Écosse, au Canada — « la solution [...] la plus crédible, la plus éthique », écrit le ministère de la Transition écologique, qui veut « poser les bases d'un modèle exemplaire de transition vers les sanctuaires marins ». Le départ est annoncé pour l'été suivant. Un détail, pourtant : le sanctuaire n'existe pas encore. Le site canadien reste à construire — aucun sanctuaire marin pour orques n'est aujourd'hui en service dans le monde.

Mai : demi-tour vers le parc d'abord refusé

Cinq mois plus tard, le 15 mai 2026, le même ministère change de cap. Les échanges avec les autorités canadiennes et plusieurs ONG ont révélé « de nouveaux éléments ne permettant pas de considérer ce projet comme viable » dans les délais requis. Et les délais pressent : une expertise judiciaire décrit une « situation structurelle alarmante » — des bassins qui, sans intervention, risquent la rupture. Le ministre chargé du dossier, Mathieu Lefèvre, annonce que « les feux sont au vert côté État » pour un transfert vers le Loro Parque de Tenerife.

Le paradoxe est complet. C'est le parc que l'autorité scientifique espagnole avait refusé un an plus tôt, jugeant les conditions d'accueil insuffisantes ; c'est aussi un delphinarium, où vivent déjà quatre orques, quand la loi française vient précisément d'en programmer la fin. Le communiqué ministériel pose l'alternative en termes crus : sans transfert, la « seule option restante » serait l'euthanasie.

Une orque au bord du bassin devant les gradins remplis de spectateurs du Loro Parque
Une orque présentée au public du Loro Parque, à Tenerife, début 2026. La loi française a programmé la fin de ces spectacles ; le parc espagnol les poursuit.AFP / Nicolas Kirilowits

Les associations de défense animale contestent. One Voice multiplie les actions contre le choix espagnol, qu'elle juge contraire à l'esprit de la loi ; l'État lui oppose l'urgence sanitaire documentée des bassins. À l'approche du départ, les conditions mêmes du transport — un déménagement hors norme pour des animaux de plusieurs tonnes — font débat jusqu'au bout.

Quatre militants en costumes d'orques, enchaînés, brandissent des pancartes contre les delphinariums
Des militants de l'association PETA, déguisés en orques enchaînées, protestent contre la promotion des delphinariums par le voyagiste TUI, au printemps 2026.AFP / Miguel Medina

Les dauphins aussi, en deux temps

L'arbitrage de mai règle également le sort des douze grands dauphins du parc : un transfert temporaire en Espagne, le temps que les installations soient prêtes ; huit rejoindront ensuite le ZooParc de Beauval, « dans un peu plus d'un an », les quatre autres restant à l'Oceanogràfic de Valence. La France, qui protège désormais ses dauphins sauvages jusqu'à fermer des pêcheries l'hiver, n'a plus, pour ses cétacés captifs, aucune structure d'accueil sur son sol.

C'est l'angle mort du texte de 2021. La loi a fixé un principe clair — plus de spectacles, plus de détention, sauf sanctuaires et refuges — mais les sanctuaires qu'elle érige en horizon n'existent pas encore, et il faut bien loger les animaux en attendant. Entre le communiqué qui promettait « un modèle exemplaire de transition vers les sanctuaires marins » et celui qui a mis les feux au vert vers un delphinarium espagnol, il s'est écoulé cinq mois.

L'essentiel

  • Wikie et Keijo, mère et fils, sont les deux dernières orques détenues en France, dans un parc fermé au public.
  • L'État avait choisi un sanctuaire canadien jugé « le plus éthique », avant un revirement vers le Loro Parque espagnol face à l'état des bassins.
  • Aucun sanctuaire marin pour orques n'est en service dans le monde ; celui de Nouvelle-Écosse reste à construire.

Questions fréquentes

Pourquoi ne pas relâcher les orques dans l'océan ?
Wikie et Keijo sont nées en captivité et n'ont jamais appris à chasser. Associations de protection animale comme autorités s'accordent : un relâchage équivaudrait à les condamner. C'est la seule option que personne ne défend.
Qu'est-ce qu'un sanctuaire marin pour cétacés ?
Une baie ou un bras de mer clos où les animaux vivent en semi-liberté, dans de l'eau de mer véritable, soignés à vie et sans spectacles. Aucun sanctuaire de ce type n'est aujourd'hui en service pour des orques : celui du Whale Sanctuary Project, en Nouvelle-Écosse, reste à construire.
Que dit la loi française sur les cétacés captifs ?
La loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale interdit les spectacles de cétacés et les contacts directs avec le public à compter du 1er décembre 2026. À la même date, leur détention et leur reproduction deviennent interdites, sauf dans des sanctuaires ou refuges et dans le cadre de programmes scientifiques autorisés.
Que vont devenir les dauphins de Marineland ?
Les douze grands dauphins doivent être transférés temporairement en Espagne. Huit rejoindront ensuite le ZooParc de Beauval, dans un délai d'un peu plus d'un an annoncé par le ministère, et les quatre autres resteront à l'Oceanogràfic de Valence.

Pierre Martin

Partagez cet article

Plus d'actualités Nature et environnement

Voir tout

La synthèse de la semaine

Chaque vendredi : l'essentiel des 7 derniers jours et les signaux à suivre pour les 7 prochains.

Gratuit · 1 email/semaine · Désabonnement en un clic