La pêche restera interdite une partie de l'hiver 2027 dans le golfe de Gascogne, pour la quatrième année d'affilée, afin de protéger les dauphins des captures accidentelles. La ministre chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, l'a annoncé jeudi aux professionnels réunis en assises à la Cité de la mer de Cherbourg — une décision « accueillie dans un profond silence ».
Une fermeture reconduite, un peu assouplie
De la pointe du Finistère à la côte basque, les navires de plus de huit mètres — un peu moins de 300 bateaux — devront cesser leur activité quatre semaines. Le dispositif gagne en souplesse : chacun pourra choisir sa fenêtre d'arrêt dans une plage élargie de six semaines, entre le 15 janvier et le 27 février. Comme les hivers précédents, les pêcheurs seront indemnisés à hauteur de 80 % de leur chiffre d'affaires.
« Nous avons conclu que les conditions n'étaient pas réunies pour ouvrir le golfe l'année prochaine », a justifié la ministre, sans attendre le bilan des trois hivers d'expérimentation. « Au regard du processus administratif avec la Commission européenne et des possibles contentieux, il nous a fallu prendre une décision maintenant. » Pressé par Bruxelles et le Conseil d'État face à la hausse des captures, le gouvernement avait déjà fermé le golfe en 2024, 2025 et 2026.
Soixante pour cent de captures en moins
Les chiffres plaident pour la mesure. Selon l'observatoire Pelagis, rattaché au CNRS et à l'université de La Rochelle, la fermeture a réduit de 60 % les captures accidentelles à l'hiver 2024-2025 : 1 900 dauphins communs retrouvés morts, contre 4 700 en moyenne chaque hiver entre 2017 et 2023. Le CIEM, référence scientifique internationale, estime à 4 900 morts par an au maximum le seuil soutenable pour l'espèce dans l'Atlantique du Nord-Est, une zone bien plus vaste que le seul golfe.
Le soulagement n'est pas pour autant du côté des pêcheurs. L'hiver dernier, 274 navires ont été indemnisés à hauteur de 14,5 millions d'euros pour un manque à gagner évalué à 4 320 tonnes de poissons ; avec les entreprises de mareyage, la facture publique a grimpé à 20 millions. La filière, déjà confrontée ailleurs à des bouleversements écologiques — telle la prolifération du crabe bleu en Méditerranée —, encaisse une contrainte de plus. Le comité national des pêches, qui réclamait une fenêtre encore plus large, salue tout de même « une plus grande souplesse laissée aux entreprises ».











