Aller au contenu principal

Canicule :
le sport contraint de changer d'horaires, de salles et de saisons

« Pas une crise sanitaire, mais une crise solaire » : entre arrêtés d'interdiction, séances repoussées à l'aube ou au soir et salles à climatiser, le sport français découvre qu'il n'est pas armé face aux canicules à répétition — et commence à repenser ses horaires comme ses saisons.

4 min
La silhouette d'une jeune femme buvant à une bouteille d'eau sur les quais de Seine, à Paris, sous un ciel sans nuages.
Une jeune femme s'hydrate pendant la canicule, le 24 juin 2026 à Paris.© AFP/Archives / Simon Wohlfahrt

« Beaucoup de clubs nous ont remonté la sensation de vivre un deuxième Covid : pas une crise sanitaire, mais une crise solaire », résume auprès de l'AFP Denis Lafoux, co-président de la Fédération des clubs omnisports, qui rassemble 900 000 pratiquants. Au stade comme au gymnase, le sport français a traversé en improvisant les trois vagues de chaleur survenues depuis mai. Leur répétition pousse désormais fédérations et experts à chercher des réponses durables, pour éviter que la pratique recule.

Le diagnostic de Denis Lafoux est sévère : « Il y a un vrai constat de non-anticipation, la première réaction quand il fait chaud, c'est de dire "boum, on arrête tout", parce qu'on ne sait pas trop comment gérer cette situation. Les décisions stratégiques ou politiques sur l'arrêt ou non des activités sont très variables selon les territoires. »

Or tout arrêter a un coût sanitaire : « on sait que si on réduit le nombre de jours d'activité sportive, ce n'est pas bon pour la santé », met en avant le dirigeant, qui appelle à une « réflexion sur l'adaptation des rythmes d'activité, sur les temps de matinée ou de fin de journée ». Continuer comme si de rien n'était expose à l'inverse au coup de chaleur d'effort. Et l'horizon est chiffré : dans un rapport publié en 2021, le WWF estimait que les Français pourraient perdre jusqu'à deux mois d'activité sportive par an dans un monde à +4 °C — et déjà 24 jours à +2 °C.

Ce que la canicule a déjà interdit ou décalé

Ces deux derniers mois, au fil des trois vagues de chaleur, des dizaines d'arrêtés ont interdit des événements sportifs — jusqu'au triathlon Ironman de Nice — et de nombreuses compétitions ont été reprogrammées.

Dans la Sarthe, l'association sportive Aboi et ses 18 sections (judo, cyclisme, badminton, basket…) a fait avec les moyens du bord. Pour les activités en extérieur « qui le pouvaient, les séances ont été décalées en soirée mais ce n'était pas toujours possible. Et pour notre triathlon en juin, les épreuves ont été regroupées le matin », raconte sa présidente, Audrey Boiron. À l'intérieur, en revanche, « beaucoup de sections n'ont pas adapté les horaires car il y avait impossibilité de décaler les créneaux de gymnase ou de dojo », les chaleurs étant arrivées en fin de saison.

Un référentiel national pour sortir du coup par coup

La ministre des Sports Marina Ferrari a posé le principe début juillet sur franceinfo : « aucune compétition, quelle que soit la discipline, ne pourra demain s'exonérer de prendre des mesures différentes si nous continuons à avoir des températures telles que nous les connaissons ».

Auprès de l'AFP, elle détaille la méthode : « On va lister tous les paramètres pour ne pas faire du coup par coup, et pour qu'on ait un référentiel très pédagogique pour mieux accompagner les organisateurs : l'idée n'est pas d'interdire les manifestations, mais qu'elles puissent se tenir dans les meilleures conditions possibles. On travaille là-dessus en intergouvernemental. » Une logique d'encadrement déjà à l'œuvre dans le monde du travail, où les obligations des employeurs par forte chaleur sont définies.

Salles climatisées, saisons déplacées

Le sport en salle n'échappe pas à la surchauffe. Chez Arkose, réseau de 27 salles d'escalade en France, les deux tiers des sites sont déjà climatisés et le reste doit suivre « dans les deux années qui viennent », indique le PDG Steve Guillou. « C'est devenu incontournable », explique-t-il : « quand il fait 37 ou 40 degrés dehors, que les gens ont tellement chaud chez eux, au travail, dans la rue, aller faire une séance de yoga ou de sport, c'est pas la priorité ».

Le chantier dépasse la climatisation : « 50% des infrastructures sportives datent d'avant les années 1990 donc ne sont absolument pas pensées dans une idée de performance énergétique. Et quand elles le sont, souvent on est sur de l'isolation hivernale », observe Maël Besson, expert des questions de climat et de sport, pour qui, « pour le moment on annule des événements sportifs, on reporte, mais on ne s'adapte pas ».

Au-delà de la rénovation du bâti, il anticipe une bascule des calendriers : « des sports qu'on faisait l'été vont se décaler à l'automne ou au printemps ». La voile vit déjà cette mutation, sur des plans d'eau touchés par les cyanobactéries dues aux fortes chaleurs, où la pratique estivale est désormais interdite. Le calendrier des sports d'eau vive s'étale maintenant sur mai, juin, septembre et octobre, « là où avant il y avait plus de compétitions en été ».

L'essentiel

  • Après trois vagues de chaleur depuis mai, le sport français constate une gestion au coup par coup des canicules : des dizaines d'arrêtés ont interdit des événements, comme l'Ironman de Nice, et de nombreuses compétitions ont été reprogrammées.
  • La ministre des Sports Marina Ferrari annonce un référentiel national pédagogique, préparé en intergouvernemental, pour permettre aux organisateurs de tenir les compétitions par forte chaleur plutôt que de les interdire.
  • Experts et acteurs anticipent une transformation durable : salles climatisées (deux tiers des salles Arkose le sont déjà), rénovation d'un bâti sportif dont la moitié date d'avant 1990, et des sports d'été déplacés vers l'automne ou le printemps.

Thomas Renaud

Partagez cet article

Plus d'actualités France

Voir tout

La synthèse de la semaine

Chaque vendredi : l'essentiel des 7 derniers jours et les signaux à suivre pour les 7 prochains.

Gratuit · 1 email/semaine · Désabonnement en un clic