Pendant cinq ans, Cédric Jubillar a tout nié. Puis il a écrit à son avocat pour reconnaître ce qu'un procès et une condamnation n'avaient pu lui faire dire : qu'il a donné la mort à son épouse Delphine, disparue fin 2020, et qu'il peut désormais indiquer où se trouve son corps. L'aveu, glissé dans un courrier manuscrit, rebat les cartes de l'une des affaires criminelles les plus suivies de France.
Le peintre-plaquiste de 38 ans, déjà condamné à trente ans de réclusion en première instance, admet pour la première fois sa responsabilité. Selon son conseil, Me Pierre Debuisson, il se dit « prêt à collaborer entièrement avec la justice », affirme avoir dissimulé le corps dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, et évoque une dispute — sans en préciser les circonstances. « Il regrette », rapporte l'avocat ; « c'est le pire geste de sa vie. »
Reste à retrouver Delphine
L'aveu ne clôt rien : il ouvre une recherche. Le corps de l'infirmière de 33 ans n'a jamais été retrouvé, et c'est là que se portent désormais les attentes des proches. « On est soulagés pour les enfants ; maintenant, c'est important qu'il nous dise où est le corps », résume Me Malika Chmani, avocate des deux enfants du couple. Pour l'avocate d'une amie de Delphine, le soulagement est « énorme » — même si, souligne-t-elle, la culpabilité « a été établie de manière massive » dès le premier procès, sans qu'on ait eu besoin de cet aveu.
Un procès en appel bousculé
Le revirement tombe à deux mois d'une échéance judiciaire. Condamné par la cour d'assises du Tarn, Jubillar doit être rejugé en appel à Toulouse, pour un procès prévu sur quatre semaines. Ses avocats jugent désormais « impossible », voire « grotesque », qu'il se tienne comme prévu : il faudrait, plaident-ils, entendre leur client, chercher la dépouille, procéder à des analyses. La présidente de la cour pourrait ordonner un supplément d'information et une audition dans les prochaines semaines.
Le basculement intervient six mois après un changement d'avocat, le nouveau conseil s'étant élevé contre les conditions de détention de Jubillar, incarcéré à l'isolement depuis 2021 ; c'est cet isolement, la pression et les médicaments qui expliqueraient, selon la défense, un déni si long. Un verdict criminel n'est d'ailleurs jamais tout à fait le dernier mot : d'autres dossiers ont montré qu'une condamnation pouvait être rouverte des années après.
Ces mots, la justice devra les éprouver ; elle avait déjà tranché sans eux, jugeant le meurtre « caractérisé ». Mais pour deux enfants privés de mère depuis cinq ans, l'enjeu n'est plus la preuve : c'est une tombe où se recueillir.











