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Mort d'Yvan Colonna :
Franck Elong Abé sera jugé pour assassinat

Accusé d'avoir tué Yvan Colonna dans la prison d'Arles, le détenu radicalisé Franck Elong Abé sera jugé devant la cour d'assises spéciale. Mobile religieux retenu par les juges, thèse familiale de la « raison d'État », défaillances déjà reconnues : le procès devra départager les récits.

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Un portrait géant d'Yvan Colonna porté par des manifestants dans une rue de Bastia
Un portrait géant d'Yvan Colonna lors d'une manifestation marquant le deuxième anniversaire de sa mort, le 2 mars 2024 à Bastia.© Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Le procès aura bien lieu, et devant la juridiction la plus lourde. Franck Elong Abé, le détenu radicalisé accusé d'avoir tué le militant nationaliste corse Yvan Colonna en 2022, sera jugé pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste devant la cour d'assises spéciale de Paris : la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé son renvoi, qu'il contestait.

Les faits remontent au 2 mars 2022, dans la prison d'Arles, où Yvan Colonna purgeait une peine de perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Érignac, en 1998. Agressé par un codétenu, le Corse de 61 ans meurt de ses blessures le 21 mars à l'hôpital. Dans les semaines qui suivent, des manifestations éclatent partout en Corse — une crise qui rouvrira jusqu'au débat sur l'autonomie de l'île.

Ce que retiennent les juges d'instruction

Au terme de leurs investigations, les juges parisiens ont estimé que la mort d'Yvan Colonna était « la conséquence directe » des coups portés par Franck Elong Abé « dans des conditions d'extrême violence », suivis d'un étouffement de « plusieurs minutes », avant que l'agresseur ne prenne « le pouls » de sa victime, selon des éléments dont l'AFP a eu connaissance. Pour ces magistrats, la « volonté de tuer » apparaît « sans équivoque », et le projet visait « à éliminer un individu pour la seule raison qu'il a indiqué ne pas partager la même croyance ».

La défense conteste cette lecture. « La qualification retenue tant d'assassinat que du lien avec une entreprise terroriste ne correspond pas à la réalité des faits », avait expliqué à l'AFP l'avocat de Franck Elong Abé, Me Benoît David, au moment de faire appel. Un appel resté sans mémoire déposé : « L'appel n'étant pas soutenu, la confirmation ne faisait aucun doute », relèvent Mes Sylvain Cormier et Emmanuel Mercinier-Pantalacci, avocats du fils du défunt.

« Zones d'ombre » et « raison d'État »

Sur le mobile, l'accusé a varié. Lors de ses premiers interrogatoires, ce Camerounais de 39 ans a dit avoir « agi seul », « pour le compte d'aucun groupe », en raison d'un blasphème qu'aurait proféré Yvan Colonna. Puis, dans un courrier de mars 2024, il a évoqué « un acte commandité » par des personnes qu'il présentait comme des agents de l'État — des allégations démenties par le ministère de l'Intérieur.

La famille, elle, n'a jamais cru au geste isolé. « De trop nombreuses zones d'ombre subsistent : l'instruction a laissé sans réponse des questions fondamentales », estiment Mes Anna-Maria Sollacaro et Dominique Paolini, avocats de la sœur et du frère d'Yvan Colonna. Les conseils de la famille se disent convaincus d'un « assassinat au nom de la raison d'État », et « impatients que s'ouvre l'audience publique pour le mettre en face de ses contradictions et pour braquer le projecteur sur les zones d'ombre auxquelles le juge n'a pas voulu s'intéresser ».

Des défaillances déjà reconnues

Une question hantera l'audience : comment cet homme a-t-il pu approcher Yvan Colonna ? Franck Elong Abé était classé détenu particulièrement signalé depuis novembre 2015, en raison de sa « grande dangerosité », de son « instabilité » et de « la persistance de son comportement violent », selon des documents d'enquête. Il purgeait alors plusieurs peines, dont neuf ans d'emprisonnement pour association de malfaiteurs terroriste. Dès mai 2023, une commission d'enquête parlementaire a pointé de « graves défaillances » dans l'appréciation de sa dangerosité, une « rigueur » excessive du traitement carcéral infligé à Yvan Colonna et des « dysfonctionnements » dans l'établissement pénitentiaire.

La justice, saisie d'un signalement mettant en cause l'administration pénitentiaire, a classé l'enquête sans suite en 2025. Mais en février de la même année, l'État a été condamné à verser 75 000 euros aux héritiers d'Yvan Colonna pour des « manquements fautifs de l'administration pénitentiaire ».

La date de l'audience n'est pas encore connue. L'agression du 2 mars 2022 avait fait descendre la Corse dans la rue ; quatre ans plus tard, l'île attend du procès qu'il tranche la question que l'instruction, aux yeux de la famille, a laissée ouverte : Franck Elong Abé a-t-il agi seul ?

L'essentiel

  • La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé le renvoi de Franck Elong Abé devant la cour d'assises spéciale, pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste.
  • Détenu classé « particulièrement signalé », il est accusé d'avoir tué Yvan Colonna en mars 2022 dans la prison d'Arles, où le militant corse purgeait la perpétuité pour l'assassinat du préfet Érignac.
  • La famille dénonce des « zones d'ombre » et un « assassinat au nom de la raison d'État » ; l'État a déjà été condamné à indemniser les héritiers pour des « manquements fautifs » de l'administration pénitentiaire.

Thomas Renaud

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