Le ton a changé en quelques minutes. D’abord conciliant à son arrivée au siège de l’Otan à Bruxelles, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a vite haussé la voix, le 18 juin 2026, devant les 32 ministres de la Défense de l’Alliance : Washington va réexaminer, d’ici six mois, l’ampleur et l’implantation de sa présence militaire en Europe. Un « véritable réexamen », destiné à pousser « rapidement et irréversiblement vers une Europe aux commandes, qui assume la responsabilité principale de la défense du continent ».
Une exigence ancienne, un ton nouveau
Le « partage du fardeau » entre Américains et Européens n’est pas une revendication neuve, mais elle a pris un tour plus brutal depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Hegseth — qui s’est rebaptisé secrétaire « à la Guerre » — a jugé « honteux » le comportement des alliés ayant refusé aux forces américaines l’accès à des bases pendant la guerre contre l’Iran : « Ces alliés ont mis en danger les fils et les filles de l’Amérique, nos fils et nos filles, en leur refusant un accès prévisible aux bases et aux couloirs aériens. » Le réexamen, a-t-il prévenu, devra aussi garantir aux États‑Unis l’usage des bases de l’Alliance « lorsqu’ils le jugeront utile ». « Nous n’allons plus tolérer les passagers clandestins. Les excuses ne comptent plus », a-t-il martelé en quittant la réunion, deux heures à peine après son arrivée.
La menace est également budgétaire. Washington conditionnera sa contribution au budget de l’Otan au respect, par les autres, de leurs objectifs de dépenses. « De nombreux pays tiennent les engagements », a concédé Hegseth, mais « certains doivent encore faire plus, et nous serons francs à ce sujet, aussi bien en privé qu’en public ». Au sommet de La Haye, en juin 2025, les membres s’étaient engagés à porter d’ici 2035 leurs dépenses de sécurité à 5 % du PIB, dont 3,5 % strictement militaires — un effort que la France a déjà engagé sans atteindre encore la cible.
Les Européens assurent pouvoir suivre

Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a tenté de déminer, vantant « d’énormes quantités d’argent » désormais engagées : les pays européens et le Canada ont dépensé l’an dernier 90 milliards de dollars de plus que l’année précédente, soit près de 20 % de hausse. Pressé de questions sur les critiques acerbes de son homologue américain, le Néerlandais a refusé de les commenter : « Ce qu’il a essayé de faire aujourd’hui, c’est de maintenir la pression, et je trouve que c’est bien. C’est son rôle ! »
Washington n’a pas attendu pour agir : quelque 80 000 militaires américains sont aujourd’hui déployés en Europe, et les réductions de troupes ont déjà commencé en Allemagne. Début juin, les États‑Unis ont aussi annoncé vouloir réduire leur contribution au « modèle de forces » de l’Alliance — l’inventaire des moyens sur lesquels l’Otan peut compter en cas de crise. De quoi raviver l’inquiétude d’Européens déjà sommés de défendre leur flanc est face à la Russie.
« Ce que l’on voit, c’est que les Européens compensent désormais ce recul », veut croire Mark Rutte. Pour les capitales du continent, le compte à rebours de six mois ouvert par Washington fixe désormais le tempo.











