Le ton a changé en quelques minutes. D'abord conciliant à son arrivée au siège de l'Otan à Bruxelles, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a vite haussé la voix, jeudi, devant les 32 ministres de la Défense de l'Alliance : Washington va réexaminer, d'ici six mois, l'ampleur et l'implantation de sa présence militaire en Europe. Un « véritable réexamen », destiné à pousser « rapidement et irréversiblement vers une Europe aux commandes, qui assume la responsabilité principale de la défense du continent ».
Une exigence ancienne, un ton nouveau
Le « partage du fardeau » entre Américains et Européens n'est pas une revendication neuve, mais elle a pris un tour plus brutal depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Hegseth — qui s'est rebaptisé secrétaire « à la Guerre » — a jugé « honteux » le comportement des alliés ayant refusé aux forces américaines l'accès à des bases pendant la guerre contre l'Iran : « Ces alliés ont mis en danger les fils et les filles de l'Amérique. » Le réexamen, a-t-il prévenu, devra aussi garantir aux États‑Unis l'usage des bases de l'Alliance « lorsqu'ils le jugeront utile ».
La menace est également budgétaire. La contribution américaine à l'Otan « sera conditionnée » au respect, par les autres, de leurs objectifs de dépenses : « Là où d'autres alliés ne dépensent pas avec l'urgence nécessaire, nos contributions diminueront. » Au sommet de La Haye, l'an dernier, les membres s'étaient engagés à porter d'ici 2035 leurs dépenses de sécurité à 5 % du PIB, dont 3,5 % strictement militaires — un effort que la France a déjà engagé sans atteindre encore la cible.
Les Européens assurent pouvoir suivre
Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a tenté de déminer, vantant « d'énormes quantités d'argent » désormais engagées : les pays européens et le Canada ont dépensé l'an dernier 90 milliards de dollars de plus que l'année précédente, soit près de 20 % de hausse. Tous avaient atteint l'ancien objectif de 2 % du PIB ; mais trois pays, dont la République tchèque et la Slovénie, sont repassés en dessous cette année, et plusieurs, comme la France, le dépassent à peine.
Washington n'a pas attendu pour agir : les réductions de troupes ont déjà commencé en Allemagne, et les États‑Unis ont annoncé début juin vouloir réduire leur contribution au « modèle de forces » de l'Alliance — l'inventaire des moyens sur lesquels l'Otan peut compter en cas de crise. De quoi raviver l'inquiétude des Européens, déjà sommés de défendre leur flanc est face à la Russie.
« Ce que l'on voit, c'est que les Européens compensent désormais ce recul », veut croire Mark Rutte. Pour les capitales du continent, le compte à rebours de six mois ouvert par Washington fixe désormais le tempo.











