À 17 heures mercredi, sous une pluie fine, le centre de Belfast s'était vidé : rideaux métalliques baissés, restaurants fermés, rues désertes, a constaté l'AFP. Dans les quartiers touchés, des carcasses de bus et de voitures calcinées jonchaient encore la chaussée. La capitale nord-irlandaise redoutait une nouvelle nuit de violences, au lendemain d'émeutes anti-immigrés déclenchées par une attaque au couteau — pour laquelle un réfugié soudanais a été inculpé.
Mercredi soir, plus d'une centaine de manifestants se sont rassemblés en plusieurs points de Belfast, parfois pacifiquement. À Glengormley, au nord de la ville, des projectiles — briques, bouteilles en verre — ont visé l'importante présence policière et au moins une poubelle a été incendiée, selon la police, qui a fait usage d'un canon à eau pour disperser la foule. Pour cette deuxième nuit consécutive, les violences sont restées localisées : le centre-ville, théâtre des émeutes de la veille, a cette fois été épargné.
Une attaque au couteau, puis une vidéo virale
Tout part d'une agression commise lundi, avenue Kinnaird, dans le nord de la ville. La victime, un homme d'une quarantaine d'années identifié comme Stephen Ogilvie, a perdu un œil et reste hospitalisée. Sa famille a lancé un appel au calme. Mais une vidéo de l'attaque, montrant l'assaillant assis sur un homme à terre, en sang, en train de lui porter des coups, s'est propagée sur les réseaux sociaux.
Les appels à manifester ont été relayés par des figures d'extrême droite, dont le militant britannique Tommy Robinson — de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon — et le milliardaire américain Elon Musk. La ministre nord-irlandaise de l'Intérieur, Naomi Long, a dénoncé le « racisme » derrière les violences et accusé ceux qui, en ligne, « ont instrumentalisé la peur légitime que les gens ressentent face aux événements ». Le régulateur des médias Ofcom a rappelé aux plateformes leurs obligations légales.
Ce que l'on sait du suspect
Le suspect de l'attaque, Hadi Alodid, un Soudanais de 30 ans, a comparu mercredi matin devant un juge à Belfast. Inculpé notamment de tentative de meurtre, il a refusé la présence d'un avocat et était assisté d'un interprète arabophone. Il a été maintenu en détention jusqu'à une prochaine comparution, fixée au 8 juillet. Ses motivations restent floues ; la police nord-irlandaise a écarté, à ce stade, la piste terroriste.
Arrivé en Irlande du Nord en 2023, il bénéficiait du statut de réfugié, avec un titre de séjour valide jusqu'en 2028, selon le ministère de l'Intérieur. Son parcours — venu de Paris, puis entré au Royaume-Uni depuis la République d'Irlande — a poussé plusieurs députés à réclamer une révision des règles de libre circulation entre les deux Irlandes. Des responsables de Reform UK, le parti de Nigel Farage, et de Restore Britain ont mis en cause les politiques migratoires des gouvernements successifs.
Bus incendiés, maisons ciblées
Mardi soir, des centaines de personnes se sont rassemblées en plusieurs points de la ville, principalement dans des zones loyalistes à majorité protestante. Visages masqués, certaines ont incendié des bus et des véhicules, et mis le feu à des habitations — ciblant notamment celles où vivaient des personnes d'origine étrangère, que les pompiers ont dû évacuer. Mercredi, des graffitis islamophobes s'affichaient sur les murs et les rideaux de commerces du quartier où un bus avait brûlé.
« C'est terrifiant », raconte Anselme Shima, arrivé en 2013 de République démocratique du Congo. « J'ai deux enfants à la maison et ce matin je me demande : est-ce que je dois les emmener à l'école ? »
Starmer dénonce, la police se renforce
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dénoncé des violences « choquantes et complètement inacceptables » : « Il est clair que des personnes ont été ciblées la nuit dernière en raison de leur origine et je ne le tolérerai pas. » Le chef de la police nord-irlandaise, Jon Boutcher, a annoncé la mobilisation d'effectifs supplémentaires, et des renforts venus du reste du Royaume-Uni étaient attendus jeudi. Trois personnes ont été arrêtées à ce stade, « d'autres suivront », a prévenu le secrétaire d'État chargé de la Sécurité, Dan Jarvis.
Par précaution, des écoles ont libéré leurs élèves dès la mi-journée mercredi, et l'opérateur public des transports a écourté le service de ses bus et trains.
Des tensions qui dépassent Belfast
L'Irlande du Nord a déjà été secouée par de violentes manifestations anti-immigrés ces deux dernières années, à l'été 2024 puis en juin 2025, comme d'autres régions du Royaume-Uni. Mardi soir, des rassemblements ont aussi eu lieu à Glasgow et Édimbourg, en Écosse, ainsi qu'à Southampton, dans le sud de l'Angleterre. À Glasgow, trois hommes ont été arrêtés et inculpés après des violences au cours desquelles des personnes ont été « attaquées à cause de la couleur de leur peau », selon la police écossaise ; des fidèles ont dû être confinés dans la Mosquée centrale de la ville à l'approche de manifestants, selon le chef du Parti travailliste écossais, Anas Sarwar.
Stephen Ogilvie, lui, reste hospitalisé, dans un état stable, a indiqué sa famille mercredi soir dans un communiqué relayé par la police — où elle se dit « dégoûtée » par les scènes de violences de mardi.











