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Émeutes à Belfast :
attaque au couteau, violences anti-immigrés et ce que l'on sait

Une attaque au couteau, une vidéo virale relayée par l'extrême droite, puis des nuits d'émeutes anti-immigrés à Belfast : bus et maisons incendiés, renforts policiers, seize arrestations. Le suspect, inculpé de tentative de meurtre, reste détenu ; la police le dit désormais probablement tchadien.

Mis à jour le dimanche 12 juillet 2026 — 00h42
7 min
Un bus calciné après une nuit de violences dans l'est de Belfast, en juin 2026.
Nettoyage d'une rue près d'un bus calciné après les violences de la nuit, dans l'est de Belfast, le 10 juin 2026.© AFP / Paul Faith

Belfast a retenu son souffle deux soirs durant, à la mi-juin 2026. Rideaux métalliques baissés, restaurants fermés, rues du centre-ville désertées, a constaté l'AFP le 10 juin : la capitale nord-irlandaise redoutait une nouvelle nuit de violences, au lendemain d'émeutes anti-immigrés déclenchées par une attaque au couteau — pour laquelle un homme de 30 ans, présenté d'abord comme un réfugié soudanais, a été inculpé de tentative de meurtre.

Dans le centre de Belfast, commerces et restaurants baissent le rideau par crainte d'une nouvelle nuit de violences, le 10 juin 2026.© AFPTV

Cette nuit-là, la deuxième, les violences sont restées localisées. Plus d'une centaine de manifestants se sont rassemblés en plusieurs points de la ville, parfois pacifiquement ; à Glengormley, au nord de Belfast, des dizaines de manifestants masqués ont affronté la police anti-émeutes jusque tard dans la nuit, lançant briques, bouteilles en verre et cocktails Molotov sur les forces de l'ordre, qui ont fait usage d'un canon à eau pour disperser la foule. Douze policiers ont été blessés, dans ce quartier et à Portadown, au sud de Belfast, et seize personnes ont été arrêtées, selon la police ; deux d'entre elles, un homme de 28 ans et une femme de 24 ans, ont été inculpées. Le centre-ville, théâtre des émeutes de la veille, a cette fois été épargné — et le lendemain, jeudi 11 juin, Belfast n'a pas connu de nouveaux heurts.

À Glengormley, au nord de Belfast, la police fait usage d'un canon à eau pour disperser les manifestants, le 10 juin 2026.© AFPTV

Une attaque au couteau, puis une vidéo virale

Tout part d'une agression commise le lundi 8 juin, avenue Kinnaird, dans le nord de la ville. La victime, un homme d'une quarantaine d'années identifié comme Stephen Ogilvie, a perdu un œil et a été hospitalisée. Une vidéo de l'attaque, montrant l'assaillant assis sur un homme à terre, en sang, en train de lui porter des coups, a été mise en ligne environ une heure après les faits par le militant d'extrême droite britannique Tommy Robinson — de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon —, puis rapidement reprise par de nombreux comptes anti-immigration.

Des policiers et des secouristes sur les lieux de l'agression au couteau, avenue Kinnaird, à Belfast
Des policiers sur les lieux de l'agression au couteau, avenue Kinnaird, dans le nord de Belfast, le 9 juin 2026. AFP / Paul Faith

Les appels à manifester ont été relayés par des figures d'extrême droite, dont Robinson lui-même et le milliardaire américain Elon Musk, propriétaire de X. La ministre nord-irlandaise de l'Intérieur, Naomi Long, a dénoncé le « racisme » derrière les violences et accusé ceux qui, en ligne, « ont instrumentalisé la peur légitime que les gens ressentent face aux événements ». Le régulateur des médias Ofcom a rappelé aux plateformes leurs obligations légales ; Downing Street a indiqué vouloir renforcer celle de supprimer les contenus illégaux en temps de crise.

Ce que l'on sait du suspect

Le suspect de l'attaque, Hadi Alodid, 30 ans, a comparu une première fois le 10 juin devant un juge à Belfast. Inculpé de tentative de meurtre, de menaces de mort et de port d'arme blanche, il a refusé la présence d'un avocat et était assisté d'un interprète arabophone. Ses motivations restent floues ; la police nord-irlandaise a écarté, à ce stade, la piste terroriste.

Arrivé en Irlande du Nord en 2023, il bénéficiait du statut de réfugié, avec un titre de séjour valide jusqu'en 2028, selon le ministère britannique de l'Intérieur. Présenté d'abord comme soudanais, il pourrait en réalité venir du Tchad, a indiqué la police début juillet, sans plus de précision. Son parcours — venu de Paris, puis entré au Royaume-Uni depuis la République d'Irlande — a poussé plusieurs responsables politiques à réclamer une révision des règles de libre circulation entre les deux Irlandes ; la députée Claire Hanna, du parti nationaliste SDLP, a rejeté ces appels. Des responsables de Reform UK, le parti de Nigel Farage, et de Restore Britain ont mis en cause les politiques migratoires des gouvernements successifs.

Le 8 juillet, pour sa deuxième comparution — en visioconférence depuis sa prison —, sa détention a été prolongée de quatre semaines, jusqu'au 5 août, le temps que l'accusation complète son dossier, expertises médicales comprises, selon les comptes rendus d'audience de la presse irlandaise, qui précisent que l'une des menaces de mort reprochées visait une radiographe de l'hôpital. Le juge lui a signifié que l'affaire serait ensuite renvoyée devant la Crown Court, la juridiction britannique compétente pour les crimes les plus graves — l'équivalent d'une cour d'assises.

Bus incendiés, maisons ciblées

La première nuit, celle du mardi 9 juin, des centaines de personnes s'étaient rassemblées en plusieurs points de la ville, principalement dans des zones loyalistes à majorité protestante. Visages masqués, certaines ont incendié des bus et des véhicules, et mis le feu à des habitations — ciblant notamment celles où vivaient des personnes d'origine étrangère, que les pompiers ont dû évacuer. Le lendemain, des graffitis islamophobes s'affichaient sur les murs et les rideaux de commerces du quartier où un bus avait brûlé.

Départs de feu et manifestants dans les rues de Belfast, au plus fort des émeutes de juin 2026.© AFPTV

« C'est terrifiant », racontait alors Anselme Shima, arrivé en 2013 de République démocratique du Congo. « J'ai deux enfants à la maison et ce matin je me demande : est-ce que je dois les emmener à l'école ? » Une infirmière se rendant à son travail à l'hôpital d'Ulster, à l'est de la ville, a été « prise en chasse et intimidée » — une « attaque raciste », a condamné l'organisation qui gère l'établissement. Le Belfast Islamic Center, principale mosquée d'Irlande du Nord, a fermé ses portes deux jours durant, une première, selon son président, Mohammed Arshed.

Un graffiti islamophobe sur le rideau métallique d'un commerce de Belfast
Un graffiti islamophobe sur le rideau métallique d'un commerce, au lendemain des premières violences à Belfast, le 10 juin 2026. AFP / Paul Faith

Starmer dénonce, la police se renforce

Le Premier ministre britannique Keir Starmer — qui a depuis annoncé sa démission — a dénoncé des violences « choquantes et complètement inacceptables » : « Il est clair que des personnes ont été ciblées la nuit dernière en raison de leur origine et je ne le tolérerai pas. » « Il n'y a pas de doute que les scènes auxquelles on a assisté ces derniers jours sont racistes », a appuyé Downing Street, tandis que la Première ministre nord-irlandaise, Michelle O'Neill, condamnait du « pur racisme » et dénonçait les « individus mal intentionnés qui orchestrent en ligne la haine et la peur ».

Le chef de la police nord-irlandaise, Jon Boutcher, a annoncé la mobilisation d'effectifs supplémentaires, appuyés par des renforts venus du reste du Royaume-Uni. Trois personnes avaient été arrêtées dès le lendemain de la première nuit — « d'autres suivront », avait prévenu le secrétaire d'État chargé de la sécurité, Dan Jarvis ; elles étaient seize deux jours plus tard. Par précaution, le 10 juin, des écoles avaient libéré leurs élèves dès la mi-journée et l'opérateur public des transports avait écourté le service de ses bus et de ses trains.

Des tensions qui dépassent Belfast

L'Irlande du Nord avait déjà été secouée par de violentes manifestations anti-immigrés à l'été 2024, puis en juin 2025, comme d'autres régions du Royaume-Uni. Le soir de la première nuit d'émeutes, des rassemblements ont aussi eu lieu à Glasgow et à Édimbourg, en Écosse. À Glasgow, trois hommes ont été arrêtés et inculpés après des violences au cours desquelles des gens ont été « attaqués à cause de la couleur de leur peau », selon la police ; des fidèles ont dû être enfermés dans la mosquée par mesure de sécurité. Une semaine plus tôt, Southampton, dans le sud de l'Angleterre, avait été le théâtre d'une manifestation émaillée de violences, contre la gestion par la police locale du meurtre, en décembre, d'un étudiant, Henry Nowak.

Stephen Ogilvie, hospitalisé depuis l'agression, allait mieux à la mi-juin : son état « s'améliore », indiquait alors le chef du parti unioniste DUP, Gavin Robinson, qui s'était entretenu avec ses proches et relayait leur appel à l'arrêt des violences. Sa famille s'était dite « dégoûtée » par les scènes des émeutes. L'homme accusé de l'avoir attaqué, lui, comparaîtra de nouveau le 5 août.

L'essentiel

  • Après une attaque au couteau le 8 juin 2026 dans le nord de Belfast et la propagation d'une vidéo de l'agression, des émeutes anti-immigrés ont éclaté : bus et maisons incendiés la première nuit, douze policiers blessés et seize arrestations la deuxième, avant le retour au calme.
  • Le suspect, Hadi Alodid, 30 ans, d'abord présenté comme un réfugié soudanais — la police nord-irlandaise l'estime désormais peut-être tchadien —, est inculpé notamment de tentative de meurtre ; la piste terroriste est écartée à ce stade.
  • Le 8 juillet 2026, sa détention a été prolongée jusqu'au 5 août, le temps de compléter le dossier ; l'affaire est orientée vers la Crown Court, l'équivalent britannique de la cour d'assises.

Antoine Lefebvre

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