Début juillet, la Russie a lancé sur Kiev les frappes les plus meurtrières depuis le début de la guerre ; l'Ukraine a répliqué en frappant jusqu'en Sibérie. Les alliés de Kiev, réunis à Ankara puis à Paris, ont promis 70 milliards d'euros et des capacités antimissiles, pendant que la médiation de Donald Trump se réactivait — sans entamer, selon plusieurs sources, la détermination de Vladimir Poutine à poursuivre. Et à Kiev, le limogeage du ministre de la Défense ouvre une crise au sommet. Où en sont les combats, les bombardements sur les villes et des négociations toujours sans percée.
Où en est le front en Ukraine
La ligne de front s'est figée, et la machine de guerre russe montre des signes d'essoufflement. L'armée russe occupe toujours environ 20 % du territoire ukrainien et n'a pas renoncé à s'emparer de l'intégralité de la région orientale de Donetsk. Mais son avance s'est effondrée : selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), elle est tombée à 2,9 kilomètres carrés par jour sur les quatre premiers mois de 2026, contre 13,2 en moyenne en 2025 — un rythme proche de zéro en valeur nette. En avril, Moscou a même reculé de 116 kilomètres carrés, un renversement inédit depuis 2023. À la mi-juillet, l'AFP décrit une avancée russe « lente mais constante » qui « connaît actuellement un essoufflement ».
En cause, le drone : son omniprésence rend toute progression coûteuse et a creusé une « zone morte » de plusieurs kilomètres entre les deux camps, où rien ne bouge sans être aussitôt repéré et frappé. Kiev a précisé son objectif — un arrêt des combats sur la ligne de front actuelle —, une position qui acte sans le dire que la reconquête totale n'est pas à portée militaire, et déplace la bataille vers le terrain diplomatique et celui des frappes à distance.
C'est précisément l'avenir de cette guerre des machines qui se joue dans la crise ouverte le 16 juillet à Kiev. Mykhaïlo Fedorov, 35 ans, ministre de la Défense depuis six mois et artisan de l'extension des drones sur le champ de bataille pour pallier les pénuries d'hommes et de munitions, a été limogé sur fond de conflit avec le commandant en chef de l'armée, Oleksandr Syrsky, 60 ans, qu'il accuse d'avoir « bloqué » ses initiatives et d'avoir « trouvé le moyen de diviser le pays ». Malgré la loi martiale, des centaines de manifestants ont défilé à Kiev, Odessa, Kharkiv, Dnipro et Lviv (« Rendez Fedorov ! », « À bas Syrsky ! »), et le commandant des forces interarmées, Mykhaïlo Drapaty, a publiquement loué l'action du ministre déchu — signe de fracture au sommet de la hiérarchie militaire. Volodymyr Zelensky, qui a nommé par intérim l'ex-responsable des services de sécurité Ievgueniï Khmara, sous réserve d'un vote du Parlement, appelle à préserver « l'unité » du commandement.
Comment la guerre a commencé
La Russie a lancé son invasion à grande échelle en février 2022, le conflit le plus meurtrier en Europe depuis 1945. Il prolonge une confrontation ouverte en 2014, avec l'annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass. Depuis, le visage du conflit a changé : aux offensives blindées a succédé une guerre d'usure le long d'un front quasi statique, où le drone bon marché est devenu l'arme décisive.
Les frappes russes sur les villes ukrainiennes
La Russie bombarde l'Ukraine quasi quotidiennement, et juillet a marqué un palier. Dans la nuit du 1er au 2, elle a lancé 496 drones et 74 missiles — la pire attaque subie par la capitale depuis le début de l'invasion, selon le maire Vitali Klitschko, qui a décrété un jour de deuil. Le bilan, porté ensuite à 31 morts, s'accompagne d'immeubles éventrés, d'un entrepôt de la Croix-Rouge ukrainienne détruit et d'une alerte aérienne de plus de onze heures ; quelque 52 000 personnes, dont 4 500 enfants, ont passé la nuit dans le métro. « La Russie frappe des cibles civiles uniquement pour contraindre l'Ukraine à renoncer à son État », a accusé Volodymyr Zelensky. Quatre nuits plus tard, 68 missiles et 351 drones ont fait 28 morts à Kiev, à Vychneve et à Soumy. Moscou assure ne viser que des sites militaires et énergétiques, « en réponse » aux frappes ukrainiennes sur son sol ; le Kremlin promet de continuer à « augmenter la pression » sur Kiev.
Le talon d'Achille ukrainien reste la défense antiaérienne : l'Ukraine sait contrer les drones, mais dépend de ses alliés pour intercepter les missiles, plus rapides — et les munitions de ses systèmes Patriot s'épuisent face à des salves incessantes. Ursula von der Leyen évoque un « besoin urgent ». Ces frappes prolongent une guerre qui déborde désormais sur le territoire de l'OTAN, par incursions sur son flanc est.
Les frappes ukrainiennes en profondeur
L'Ukraine a fait des frappes de longue portée sa réponse, et son levier. Elle vise les sites énergétiques et militaires russes loin du front — raffineries, dépôts pétroliers, bases. Le 6 juillet, ses drones ont atteint la raffinerie d'Omsk, en Sibérie, à quelque 2 500 kilomètres de l'Ukraine — le site le plus éloigné touché depuis le début du conflit, après le terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg début juin. Ces attaques provoquent des pénuries de carburant en Russie, au point que Moscou a décrété fin juin la « situation d'urgence » en Crimée annexée. Volodymyr Zelensky revendique ces opérations, qu'il qualifie de « sanctions » : il s'agit de porter le coût de la guerre à l'intérieur de la Russie et d'entamer ses revenus pétroliers — la même logique qui sous-tend la traque de la flotte fantôme de pétroliers par les Européens. Elles ne sont pas sans bavures : un drone ukrainien a tué sept personnes dans un car reliant Moscou à la Crimée, et une frappe sur un lycée à Starobilsk, en zone occupée, a fait des victimes civiles.
Où en sont les négociations de paix
La médiation américaine s'est réactivée en juillet — sans percée. Le 4, Donald Trump s'est entretenu près de quatre-vingt-dix minutes au téléphone avec Vladimir Poutine, un échange jugé « constructif » par le Kremlin ; deux jours plus tard, et deux jours après la pire frappe sur Kiev, le président américain assurait que son homologue russe voulait mettre fin à la guerre. Le 8, il a reçu Volodymyr Zelensky en marge du sommet de l'OTAN à Ankara et annoncé l'octroi à l'Ukraine d'une licence de fabrication d'intercepteurs de missiles Patriot.
Côté russe, les signaux vont en sens inverse. Selon une information de l'agence Reuters du 9 juillet citant trois sources proches du Kremlin, Vladimir Poutine a rabroué ceux de ses conseillers qui suggéraient un gel du conflit sur la ligne de front actuelle : convaincu que ses forces finiront par prendre le reste du Donbass, il jugerait une escalade plus probable que des négociations dans les mois à venir — un diagnostic que partage, selon un haut responsable ukrainien cité par la même agence, le renseignement de Kiev. Les frappes ukrainiennes en profondeur auraient durci sa détermination plutôt que de l'entamer. Publiquement, le Kremlin a qualifié les soutiens européens de Kiev d'« illuminés et de va-t-en-guerre », et Berlin résume : « Poutine ne montre aucune volonté de négocier. » La rencontre entre Volodymyr Zelensky et le président russe, proposée par Kiev depuis juin, reste lettre morte : Poutine n'envisage de s'y rendre que pour signer un accord déjà négocié dans ses moindres détails.
Le soutien occidental et les acteurs
Les alliés, eux, ont mis un mois de juillet à profit pour changer d'échelle. Au sommet de l'OTAN d'Ankara, les 7 et 8, les trente-deux pays de l'Alliance se sont engagés sur 70 milliards d'euros d'équipements, d'assistance et de formation pour l'Ukraine en 2026, et à maintenir « au moins » un niveau équivalent en 2027 — les Européens et le Canada finançant désormais l'essentiel de cette aide, actent les Sept dans leur déclaration commune. À Paris, le 13, les trente-sept pays de la « coalition des volontaires » réunis aux Invalides ont promis de soutenir Kiev « encore plus vite et plus fort » (Emmanuel Macron) : neuf pays européens et l'Ukraine ont lancé une coalition antibalistique autour du projet ukrainien Freya, alternative annoncée comme moins coûteuse que le Patriot américain, avec l'ambition d'un missile intercepteur produit en masse sous douze mois ; la France livrera 16 Rafale et leurs armements — premiers vols ukrainiens attendus « dès 2028-2029 » —, des batteries SAMP/T de nouvelle génération, et fera produire sous licence en Ukraine bombes AASM, missiles Aster 30 et missiles de croisière Scalp. La force multinationale appelée à se déployer après un cessez-le-feu commencera à s'entraîner « dans les prochains mois » dans les pays voisins. Au défilé du 14-Juillet, 500 soldats des pays de la coalition ont ouvert la marche. « Il est temps de mettre fin à ce bain de sang inutile en Ukraine », a résumé le chancelier allemand Friedrich Merz ; Emmanuel Macron s'est dit prêt à défendre la paix « au prix du sang s'il le faut », tout en réaffirmant une « ligne claire de non-belligérance ».
Poutine, lui, s'en tient à l'inflexibilité — et à une démonstration d'endurance, comme lorsqu'il réunissait mi-juin à Kazan les dirigeants de l'Asie du Sud-Est, vitrine d'une économie de guerre réorientée vers l'Asie depuis le choc des sanctions de 2022. Mais l'endurance a un coût. Le PIB russe s'est contracté de 0,2 % au premier trimestre 2026, première baisse en trois ans. « L'économie russe entre dans une phase de stagnation », résume l'économiste Alexandre Koliandre, qui décrit une « lente dégradation de tous les secteurs » plutôt qu'un effondrement. Le répit pétrolier, lui, a changé de camp : le reflux des cours du brut sur lequel comptaient les Occidentaux pour frapper les revenus russes sans faire flamber les prix s'est inversé début juillet, quand l'accord entre Washington et Téhéran a volé en éclats et que la refermeture du détroit d'Ormuz a fait rebondir les prix. Interrogé sur ces difficultés, Poutine a balayé la question d'une citation de Mark Twain — « les rumeurs sur ma mort sont grandement exagérées ».











