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Loi de programmation militaire actualisée :
36 milliards de plus pour les armées

L'Assemblée nationale vote l'article phare de l'actualisation de la loi de programmation militaire : 36 milliards d'euros supplémentaires portent l'enveloppe à 436 milliards. Budget défense à 76,3 milliards à terme, soit 2,5 % du PIB. Munitions, drones, espace sont les priorités.

Mis à jour le samedi 23 mai 2026 — 13h52
8 min
Les députés ont approuvé jeudi une nouvelle trajectoire des dépenses militaires sur la période 2024-2030, avec 36 milliards supplémentaires promis aux armées
Les députés ont approuvé jeudi une nouvelle trajectoire des dépenses militaires sur la période 2024-2030, avec 36 milliards supplémentaires promis aux armées© AFP / Martin LELIEVRE

Le jeudi 7 mai 2026, dans un hémicycle à demi vide à la veille du 8 mai, les députés ont approuvé l'article-phare du projet de loi actualisant la loi de programmation militaire (LPM) du 1er août 2023. Cet article prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires sur la période 2024-2030, portant l'enveloppe budgétaire totale à 436 milliards. Le Rassemblement national et le Parti socialiste se sont abstenus, La France insoumise a voté contre. Le texte reste loin d'être bouclé : 270 amendements n'avaient pas été examinés jeudi soir, et la reprise des débats est envisagée pour le 18 mai.

La ministre des Armées Catherine Vautrin défend une « nécessité d'accélérer, de densifier notre effort de réarmement », en s'appuyant sur « les retours d'expérience d'Ukraine comme du Proche et Moyen-Orient ». La trajectoire actualisée doit encore franchir le Sénat, puis être validée année après année lors du budget de l'État. Avec l'élection présidentielle de 2027, rien n'interdit qu'une nouvelle LPM redessine le cadre.

Que prévoit la LPM 2024-2030 actualisée : 36 milliards de plus, pour quoi faire ?

La LPM votée le 1er août 2023 fixait l'enveloppe à 413,3 milliards d'euros sur 2024-2030, dont 400 milliards pour la mission Défense (hors pensions). Le projet d'actualisation présenté par Catherine Vautrin en Conseil des ministres le 8 avril 2026 ajoute 36 milliards à cette trajectoire, plus 13,3 milliards de ressources additionnelles. Ces dernières sont attendues de recettes immobilières et de revenus du service de santé des armées.

L'enveloppe totale passe donc à 436 milliards. La justification officielle invoque l'aggravation des menaces confirmée par la revue nationale stratégique de 2025, et la nécessité de combler des manques mis en lumière par la guerre en Ukraine et le conflit Israël-Hezbollah : stocks de munitions et d'obus, drones, défense sol-air, espace, cyber.

La feuille de route détaillée — appelée « rapport annexé » — n'a pas valeur normative. Elle indique les priorités sans engager juridiquement le budget. C'est l'article-phare voté jeudi qui fixe la trajectoire financière.

76,3 milliards en 2030, soit 2,5 % du PIB : la nouvelle marche annuelle

Le budget annuel de la défense atteindrait 76,3 milliards d'euros en 2030, contre 57,1 milliards en 2026, selon les chiffres présentés au Parlement. Cela représenterait 2,5 % du PIB, contre environ 2 % aujourd'hui.

Le président Emmanuel Macron lors des voeux aux forces armées à la base aérienne militaire d'Istres, dans le sud de la France, le 15 janvier 2026
Le président Emmanuel Macron lors des voeux aux forces armées à la base aérienne militaire d'Istres, dans le sud de la France, le 15 janvier 2026 POOL/AFP/Archives / Philippe Magoni

Cette pente budgétaire reste conditionnelle. Le Parlement doit en effet voter le budget de l'État chaque année, et peut s'écarter de la trajectoire annoncée. Lors des précédentes LPM, des « marches » prévues n'ont pas toujours été tenues. La présidentielle de 2027 ouvre une fenêtre de réécriture complète.

Pour situer l'effort, l'OTAN avait fixé en 2014 au sommet du pays de Galles une cible de 2 % du PIB à atteindre à l'horizon 2024. Lors du sommet de La Haye en juin 2025, les Alliés ont relevé cet engagement à 5 % du PIB d'ici 2035. Les États-Unis sont à 3,19 % du PIB en 2025, la Pologne à 4,3 % (contre 1,86 % en 2014). À 2,5 % en 2030, la France dépasserait la cible OTAN 2014 mais resterait loin du nouvel objectif 2035, et en deçà des pays frontaliers de la Russie.

Munitions, drones, espace : où vont les 36 milliards supplémentaires

La nouvelle feuille de route prévoit 8,5 milliards d'euros de plus pour les munitions, portant l'enveloppe totale à 26 milliards sur la période. Le rattrapage est massif : la guerre en Ukraine a montré qu'un conflit de haute intensité consomme des stocks de missiles et d'obus très supérieurs aux dotations en vigueur dans les armées européennes.

L'Assemblée a aussi approuvé un article élargissant la possibilité pour les renseignements de recourir à des algorithmes, pour traquer et exploiter des données de connexions sur le web
L'Assemblée a aussi approuvé un article élargissant la possibilité pour les renseignements de recourir à des algorithmes, pour traquer et exploiter des données de connexions sur le web AFP / Philippe HUGUEN

Les drones reçoivent 2 milliards supplémentaires (8,4 milliards au total). Le retour d'expérience ukrainien place ces vecteurs au centre : drones de surveillance, drones-suicides, drones kamikazes navals. La lutte anti-drones, défensive, fait l'objet d'un volet à part.

L'espace, le cyber et le renseignement complètent les axes prioritaires. La LPM initiale prévoyait déjà 4 milliards pour le cyber et 6 milliards pour le spatial militaire. L'actualisation densifie ces lignes sans en bouleverser l'équilibre. Le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG), inscrit à 10 milliards d'euros dans la LPM 2023, reste programmé pour une mise en service à l'horizon 2040.

Réquisition, mobilisation, service national : que change la LPM ?

L'actualisation ne réécrit pas le cadre juridique des situations exceptionnelles. La mobilisation générale reste encadrée par les articles L. 2141-1 à L. 2141-3 du code de la défense, et la réquisition par les articles L. 2211 et suivants. La LPM ne touche pas ces dispositifs.

En revanche, le gouvernement a annoncé en parallèle un nouveau service national volontaire pour les jeunes de 18 à 25 ans. Ce service viendrait s'ajouter à la réserve opérationnelle et au service national universel (SNU). Les modalités, la durée et le statut restent à préciser par décret.

L'objectif de remontée des effectifs militaires (210 000 personnels actifs et 80 000 réservistes opérationnels à l'horizon 2030, fixé dans la LPM 2023) est maintenu, voire renforcé. Le ministère des Armées a confirmé en 2026 un plan de recrutement de 26 000 postes.

Renseignement et algorithmes web : la mesure censurée par le Conseil constitutionnel refait surface

Au-delà du budget, l'Assemblée a approuvé jeudi un article élargissant la possibilité pour les services de renseignement de recourir à des algorithmes pour analyser les données de connexion sur le web. Le périmètre invoqué : défense nationale, criminalité organisée, trafic de stupéfiants ou d'armes.

Une mesure proche figurait dans la loi narcotrafic adoptée plus tôt en 2026, et avait été censurée par le Conseil constitutionnel. Le gouvernement la réintroduit dans la LPM actualisée, avec un calibrage juridique présenté comme adapté à la décision des Sages. L'avis du Conseil d'État, joint au projet, a soulevé des réserves.

Le député Bastien Lachaud (LFI) a critiqué « l'absence de nouvelles ressources fiscales, notamment sur les hauts revenus, pour financer l'effort annoncé », jugeant qu'il « se répercuterait en l'état sur des dépenses sociales ou de service public ». « Comment voulez-vous que les Français acceptent autant de dépenses militaires lorsque vous leur expliquez qu'il n'y a aucun argent pour le reste », a-t-il lancé.

Côté RN, Laurent Jacobelli a accusé l'exécutif de vouloir « forcer la main » du futur pensionnaire de l'Élysée, « qui de toute façon refera une loi de programmation » à son arrivée.

Encadrement des publications d'ex-agents : DGSE, DGSI, DRM concernés

Autre disposition controversée adoptée jeudi : l'encadrement de la publication d'œuvres, notamment de livres, par des agents et ex-agents du renseignement. La mesure vise à éviter la divulgation d'éléments susceptibles de mettre en danger des opérations ou d'autres agents.

Le ministre compétent pourrait contrôler avant publication les « œuvres de l'esprit » de membres de certains services — DGSE, DGSI, DRM, DRSD, DNRED, TRACFIN — sous peine de sanctions pénales, et ce jusqu'à dix ans après la cessation des fonctions d'un agent.

Contre l'avis du gouvernement, les députés ont fixé à deux mois le délai d'opposition. L'absence de réponse dans ce délai vaut autorisation. Les députés Jérémie Iordanoff (écologiste) et Aurélien Saintoul (LFI) se sont inquiétés d'« une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression » et d'une « remise en question de la protection des lanceurs d'alerte ».

Notre lecture

La trajectoire votée jeudi reste un signal politique. Sans validation budgétaire annuelle, sans alternance présidentielle en 2027 qui la maintiendrait, les 76,3 milliards de 2030 demeurent un objectif. La LPM 2023 prévoyait elle aussi des marches ambitieuses ; la critique de l'Institut Montaigne à l'époque jugeait que le texte tenait davantage de la « réparation » que du « réarmement ».

Le débat de fond — financement par la dette, par la fiscalité, par redéploiement — reste posé. L'absence d'arbitrage clair sur les ressources fiscales nouvelles renforce la dépendance aux marges de manœuvre budgétaires futures, dans un contexte de procédure pour déficit excessif ouverte par la Commission européenne (proposition du 19 juin 2024, formalisée par le Conseil le 26 juillet 2024).

Ce qu'on regarde maintenant

  • La date de reprise des débats à l'Assemblée. Le 18 mai a été évoqué sans être arrêté.
  • Le passage du texte au Sénat, attendu en juin.
  • L'arbitrage final sur les ressources additionnelles (13,3 Md€ via recettes immobilières et service de santé des armées).
  • Le décret précisant le service national volontaire pour les 18-25 ans.
  • Une éventuelle nouvelle saisine du Conseil constitutionnel sur l'article algorithmes renseignement.
  • La position des candidats à la présidentielle 2027 sur la LPM actualisée.

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Questions fréquentes

Combien la LPM 2024-2030 actualisée prévoit-elle de dépenses militaires ?
436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards de plus que la LPM votée le 1er août 2023 (413,3 Md€). 13,3 milliards proviennent de ressources additionnelles (recettes immobilières, revenus du service de santé des armées). Le vote final passe par l'Assemblée, le Sénat, puis chaque budget annuel.
Quel sera le budget annuel de la défense française en 2030 ?
76,3 milliards d'euros, contre 57,1 Md€ en 2026, selon la trajectoire actualisée. Cela représenterait 2,5 % du PIB français, au-dessus du seuil de 2 % fixé par l'OTAN au sommet du pays de Galles en 2014, mais en deçà du nouvel objectif de 5 % du PIB d'ici 2035 acté au sommet de La Haye en juin 2025.
Quelles capacités sont prioritaires dans la LPM actualisée ?
Munitions (8,5 Md€ supplémentaires, 26 Md€ au total), drones (2 Md€ de plus, 8,4 Md€ au total), espace, cyber, défense sol-air et lutte anti-drones. Ces choix reprennent les retours d'expérience de la guerre en Ukraine et du conflit Israël-Hezbollah au Liban.
Qu'est-ce que l'article sur les algorithmes de renseignement prévoit ?
Il élargit la possibilité pour les services de renseignement (DGSE, DGSI, DNRED, TRACFIN, DRM, DRSD) de recourir à des algorithmes pour analyser les données de connexion web, pour la défense nationale, contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants ou d'armes. Une mesure similaire avait été censurée par le Conseil constitutionnel dans la loi narcotrafic en 2026.
Quand la LPM actualisée sera-t-elle définitivement votée ?
270 amendements restaient à examiner à l'Assemblée nationale au soir du 7 mai 2026. La reprise des débats est envisagée pour le 18 mai. Le texte doit ensuite être examiné au Sénat, en commission mixte paritaire si nécessaire, et chaque budget annuel reste un point de validation. La présidentielle de 2027 peut amener une réécriture.

Thomas Renaud

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