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Drones ukrainiens en Russie :
attaques, cibles et frappes massives

Quels drones, quelles cibles, quelle logique : ce que l'on sait de la campagne ukrainienne de frappes en profondeur sur le territoire russe — des raffineries de Bachkirie à la salve record sur Moscou — et où en est la guerre des salves quotidiennes.

Mis à jour le dimanche 5 juillet 2026 — 15h03
5 min
Bâtiment en feu après une attaque aérienne dans la région de Moscou, photo diffusée par le gouverneur Vorobiov
Photo diffusée sur le canal Telegram officiel du gouverneur de la région de Moscou Andreï Vorobiov, le 17 mai 2026, montrant un bâtiment en feu après une attaque aérienne sur un lieu non divulgué dans la région de Moscou© TELEGRAM / @vorobiev_live/AFP / Handout

Des raffineries en flammes à 1 500 kilomètres de la frontière, des salves de plusieurs centaines d'appareils en une nuit, une capitale russe qui n'est plus un sanctuaire : les drones longue portée sont devenus l'arme structurante de la riposte ukrainienne sur le territoire russe. Kiev assume viser des sites militaires « mais aussi énergétiques, afin de réduire la possibilité pour Moscou de financer ses opérations militaires ». Cette page fait le point sur cette campagne — ses moyens, sa logique, ses derniers développements.

Derniers développements

  • 1er juillet — La raffinerie d'Oufa, en Bachkirie, est touchée pour la deuxième fois en une semaine, annonce Volodymyr Zelensky.
  • 25 juin — Deux raffineries de Bachkirie sont frappées à environ 1 500 kilomètres de la frontière, lors d'une opération menée avec le service de sécurité ukrainien (SBU) — parmi les frappes les plus profondes de la guerre.
  • Nuit du 16 au 17 mai — Environ 600 drones sont lancés vers Moscou et 14 régions russes : la plus grosse salve ukrainienne depuis le début de l'invasion (quatre morts, douze blessés à Moscou).
  • En sens inverse — Début juillet, la Russie a mené contre Kiev sa plus grosse attaque aérienne depuis le début de l'invasion.

Jusqu'où frappent les drones ukrainiens

L'Ukraine aligne depuis 2023 une famille de drones de frappe capables d'atteindre des cibles à plus de 1 000 kilomètres — et désormais 1 500, comme l'ont montré les frappes de Bachkirie. Les journalistes de l'AFP qui ont pu accéder, mi-mai, à un site de lancement tenu secret décrivent des appareils « semblables à de petits avions », décollant vers la Russie dans des traînées d'étincelles. La doctrine est portée par Robert Brovdi, dit « Madyar », commandant des forces de systèmes sans pilote — un commandement unique créé pour rassembler la guerre des drones : « La priorité » de Kiev « demeure le renforcement constant de l'emploi de capacités de frappe à longue portée », a-t-il déclaré à l'AFP.

Moscou, à plus de 400 kilomètres de la frontière, reste rarement visée — c'est précisément ce qui donne aux frappes sur la capitale leur poids politique : rappeler qu'aucune zone arrière n'est sanctuarisée, dans une guerre où le rapport de force aérien se rebat aussi côté ukrainien.

Pourquoi les raffineries et l'industrie d'armement

La logique de ciblage est double. Attaquer les recettes, d'abord : les hydrocarbures représentent environ 30 % des recettes du budget fédéral russe, et chaque raffinerie perturbée pèse sur le financement de la guerre. Attaquer la production des armes, ensuite : lors de la salve de mai, l'état-major ukrainien a revendiqué la frappe d'une usine « spécialisée dans la fabrication de produits de haute technologie et de puces électroniques destinées aux armes de haute précision », en région moscovite. « Nous sommes pleinement fondés à répondre en visant l'industrie pétrolière russe, sa production militaire et ceux qui sont directement responsables des crimes de guerre commis contre l'Ukraine et les Ukrainiens », a posé Volodymyr Zelensky.

L'attaque record des 16-17 mai, matrice de la campagne

La nuit du 16 au 17 mai 2026 reste la démonstration la plus massive : environ 600 drones lancés, dont 556 abattus dans la nuit sur 14 régions puis 30 au matin, selon le ministère russe de la Défense. Quatre personnes ont été tuées — une femme et deux hommes autour de Moscou, dont un travailleur indien, et un homme dans la région frontalière de Belgorod. À Moscou, une frappe près d'une raffinerie a fait douze blessés, « surtout des ouvriers » d'un chantier voisin, selon le maire Sergueï Sobianine. « Le choc a été si violent qu'il m'a presque fait tomber du lit, et je pèse lourd », a raconté à l'AFP Konstantine, 39 ans, habitant de la banlieue moscovite.

Kiev avait prévenu : l'attaque répondait aux frappes russes qui, trois nuits plus tôt, avaient tué au moins 24 personnes dans la capitale ukrainienne, dont trois adolescentes de 12, 15 et 17 ans. « Nos réponses face à la prolongation de la guerre par la Russie et à ses attaques contre nos villes et nos communautés sont entièrement justifiées », a écrit Volodymyr Zelensky. La même nuit, l'armée de l'air ukrainienne affirmait avoir intercepté 279 des 287 drones russes lancés en sens inverse — la guerre s'est installée dans un régime de salves quotidiennes de part et d'autre.

Un habitant retire des eclats de verre d'une fenetre brisee a Krasnogorsk, region de Moscou
Un habitant retire des éclats de verre d'une fenêtre brisée dans un immeuble d'habitation après une attaque aérienne à Krasnogorsk, dans la région de Moscou, le 17 mai 2026 AFP / TATYANA MAKEYEVA

Trêves éphémères, médiation sans percée

Une trêve de trois jours, négociée sous l'égide du président américain Donald Trump à l'occasion des commémorations russes de la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait suspendu les bombardements massifs loin du front — les attaques ont repris dès son expiration, à la mi-mai. La médiation américaine n'a pas produit d'accord de fond depuis, et Moscou a resserré ses appuis, Vladimir Poutine réaffirmant à Pékin son partenariat stratégique avec Xi Jinping. Le conflit, engagé en février 2022, est le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale : des centaines de milliers de morts dans les deux pays, selon les estimations — dont plus de 13 000 civils ukrainiens documentés par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, un décompte jugé sous-estimé. Le sort des captifs, lui, se joue à part : le traitement des prisonniers ukrainiens en Russie est documenté par l'ONU et l'OSCE.

Reste l'équation industrielle : des salves de centaines de drones chaque nuit, dans les deux sens, font de la cadence de production — appareils offensifs d'un côté, intercepteurs de l'autre — l'indicateur stratégique de cette phase de la guerre. C'est elle, autant que la carte du front, qui dit désormais qui tient la durée.

L'essentiel

  • L'Ukraine frappe la Russie en profondeur avec des drones longue portée : jusqu'à 600 appareils en une nuit vers Moscou (mi-mai), et des raffineries touchées à 1 500 kilomètres — Oufa, en Bachkirie, deux fois en une semaine début juillet.
  • La logique de ciblage est double : les recettes (les hydrocarbures pèsent environ 30 % du budget fédéral russe) et la production d'armes — la doctrine est portée par Robert Brovdi, dit « Madyar », commandant des forces de systèmes sans pilote.
  • La guerre s'est installée dans un régime de salves quotidiennes dans les deux sens ; début juillet, la Russie a mené contre Kiev sa plus grosse attaque aérienne depuis le début de l'invasion.

Questions fréquentes

Jusqu'où les drones ukrainiens peuvent-ils frapper en Russie ?
Les frappes documentées atteignent environ 1 500 kilomètres de la frontière : fin juin, deux raffineries de Bachkirie ont été touchées lors d'une opération menée avec le SBU, et la raffinerie d'Oufa l'a été de nouveau une semaine plus tard. L'Ukraine aligne depuis 2023 des drones de frappe portant à plus de 1 000 kilomètres.
Pourquoi l'Ukraine vise-t-elle les raffineries russes ?
Kiev assume une double logique : réduire les recettes qui financent la guerre — les hydrocarbures représentent environ 30 % du budget fédéral russe — et frapper la chaîne de production militaire, comme l'usine de composants électroniques pour armes de précision revendiquée par l'état-major ukrainien lors de la salve de mai sur la région de Moscou.
Qu'est-ce que la « doctrine Madyar » ?
Robert Brovdi, dit « Madyar », commande les forces de systèmes sans pilote de l'armée ukrainienne, un commandement unique créé pour rassembler la guerre des drones. Sa ligne, exposée à l'AFP : renforcer constamment l'emploi des capacités de frappe à longue portée.
Quelle a été la plus grosse attaque de drones ukrainienne sur la Russie ?
Celle de la nuit du 16 au 17 mai 2026 : environ 600 drones lancés vers Moscou et 14 régions, dont 586 abattus selon le ministère russe de la Défense. Elle a fait quatre morts et douze blessés, et répondait à des frappes russes qui avaient tué au moins 24 personnes à Kiev trois nuits plus tôt.
Comment la Russie riposte-t-elle ?
Par des salves massives sur les villes ukrainiennes — jusqu'à la plus grosse attaque aérienne de la guerre contre Kiev, début juillet — et par le renforcement de sa défense antiaérienne autour des sites stratégiques. Les tentatives de trêve, dont celle négociée sous l'égide de Donald Trump en mai, n'ont pas tenu au-delà de quelques jours.

Antoine Lefebvre

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