Des raffineries en flammes à 1 500 kilomètres de la frontière, des salves de plusieurs centaines d'appareils en une nuit, une capitale russe qui n'est plus un sanctuaire : les drones longue portée sont devenus l'arme structurante de la riposte ukrainienne sur le territoire russe. Kiev assume viser des sites militaires « mais aussi énergétiques, afin de réduire la possibilité pour Moscou de financer ses opérations militaires ». Cette page fait le point sur cette campagne — ses moyens, sa logique, ses derniers développements.
Derniers développements
- 1er juillet — La raffinerie d'Oufa, en Bachkirie, est touchée pour la deuxième fois en une semaine, annonce Volodymyr Zelensky.
- 25 juin — Deux raffineries de Bachkirie sont frappées à environ 1 500 kilomètres de la frontière, lors d'une opération menée avec le service de sécurité ukrainien (SBU) — parmi les frappes les plus profondes de la guerre.
- Nuit du 16 au 17 mai — Environ 600 drones sont lancés vers Moscou et 14 régions russes : la plus grosse salve ukrainienne depuis le début de l'invasion (quatre morts, douze blessés à Moscou).
- En sens inverse — Début juillet, la Russie a mené contre Kiev sa plus grosse attaque aérienne depuis le début de l'invasion.
Jusqu'où frappent les drones ukrainiens
L'Ukraine aligne depuis 2023 une famille de drones de frappe capables d'atteindre des cibles à plus de 1 000 kilomètres — et désormais 1 500, comme l'ont montré les frappes de Bachkirie. Les journalistes de l'AFP qui ont pu accéder, mi-mai, à un site de lancement tenu secret décrivent des appareils « semblables à de petits avions », décollant vers la Russie dans des traînées d'étincelles. La doctrine est portée par Robert Brovdi, dit « Madyar », commandant des forces de systèmes sans pilote — un commandement unique créé pour rassembler la guerre des drones : « La priorité » de Kiev « demeure le renforcement constant de l'emploi de capacités de frappe à longue portée », a-t-il déclaré à l'AFP.
Moscou, à plus de 400 kilomètres de la frontière, reste rarement visée — c'est précisément ce qui donne aux frappes sur la capitale leur poids politique : rappeler qu'aucune zone arrière n'est sanctuarisée, dans une guerre où le rapport de force aérien se rebat aussi côté ukrainien.
Pourquoi les raffineries et l'industrie d'armement
La logique de ciblage est double. Attaquer les recettes, d'abord : les hydrocarbures représentent environ 30 % des recettes du budget fédéral russe, et chaque raffinerie perturbée pèse sur le financement de la guerre. Attaquer la production des armes, ensuite : lors de la salve de mai, l'état-major ukrainien a revendiqué la frappe d'une usine « spécialisée dans la fabrication de produits de haute technologie et de puces électroniques destinées aux armes de haute précision », en région moscovite. « Nous sommes pleinement fondés à répondre en visant l'industrie pétrolière russe, sa production militaire et ceux qui sont directement responsables des crimes de guerre commis contre l'Ukraine et les Ukrainiens », a posé Volodymyr Zelensky.
L'attaque record des 16-17 mai, matrice de la campagne
La nuit du 16 au 17 mai 2026 reste la démonstration la plus massive : environ 600 drones lancés, dont 556 abattus dans la nuit sur 14 régions puis 30 au matin, selon le ministère russe de la Défense. Quatre personnes ont été tuées — une femme et deux hommes autour de Moscou, dont un travailleur indien, et un homme dans la région frontalière de Belgorod. À Moscou, une frappe près d'une raffinerie a fait douze blessés, « surtout des ouvriers » d'un chantier voisin, selon le maire Sergueï Sobianine. « Le choc a été si violent qu'il m'a presque fait tomber du lit, et je pèse lourd », a raconté à l'AFP Konstantine, 39 ans, habitant de la banlieue moscovite.
Kiev avait prévenu : l'attaque répondait aux frappes russes qui, trois nuits plus tôt, avaient tué au moins 24 personnes dans la capitale ukrainienne, dont trois adolescentes de 12, 15 et 17 ans. « Nos réponses face à la prolongation de la guerre par la Russie et à ses attaques contre nos villes et nos communautés sont entièrement justifiées », a écrit Volodymyr Zelensky. La même nuit, l'armée de l'air ukrainienne affirmait avoir intercepté 279 des 287 drones russes lancés en sens inverse — la guerre s'est installée dans un régime de salves quotidiennes de part et d'autre.

Trêves éphémères, médiation sans percée
Une trêve de trois jours, négociée sous l'égide du président américain Donald Trump à l'occasion des commémorations russes de la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait suspendu les bombardements massifs loin du front — les attaques ont repris dès son expiration, à la mi-mai. La médiation américaine n'a pas produit d'accord de fond depuis, et Moscou a resserré ses appuis, Vladimir Poutine réaffirmant à Pékin son partenariat stratégique avec Xi Jinping. Le conflit, engagé en février 2022, est le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale : des centaines de milliers de morts dans les deux pays, selon les estimations — dont plus de 13 000 civils ukrainiens documentés par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, un décompte jugé sous-estimé. Le sort des captifs, lui, se joue à part : le traitement des prisonniers ukrainiens en Russie est documenté par l'ONU et l'OSCE.
Reste l'équation industrielle : des salves de centaines de drones chaque nuit, dans les deux sens, font de la cadence de production — appareils offensifs d'un côté, intercepteurs de l'autre — l'indicateur stratégique de cette phase de la guerre. C'est elle, autant que la carte du front, qui dit désormais qui tient la durée.











