De grands panaches de fumée noire au-dessus du sud-est de Moscou : tôt le 18 juin 2026, l’Ukraine a lancé contre la capitale russe sa plus importante attaque de drones depuis au moins deux ans, selon l’agence officielle TASS. Plusieurs appareils ont atteint une raffinerie de la société Gazpromneft, dans le quartier de Kapotnia, qui couvre plus d’un tiers des besoins en carburant de la ville, en particulier pour ses aéroports. Le maire Sergueï Sobianine a évoqué une « attaque de grande envergure », sans chiffrer les dégâts.
Sur place, un journaliste de l’AFP a vu dans la matinée des flammes s’échapper de l’usine, dans une odeur âcre, tandis que des hélicoptères étaient engagés pour combattre l’incendie. Les quatre grands aéroports de la capitale — Vnoukovo, Chérémétievo, Joukovski et Domodedovo — ont suspendu leurs vols plusieurs heures ; Chérémétievo a évacué une partie de ses passagers vers des lieux sûrs avant une reprise progressive. Dans la région de Moscou, plusieurs incendies se sont déclarés, notamment au grand marché couvert Sadovod ; au moins 17 personnes, dont deux enfants, ont été blessées, selon le gouverneur Andreï Vorobiov.
Les raffineries, nouvelle ligne de front de Kiev
« Une réponse pleinement justifiée » aux frappes russes, a réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans un message audio adressé à la presse. « Le principal, c’est que le peuple russe commence à sentir qu’un seul homme, Poutine, livre cette guerre, tandis que des gens ordinaires en payent tout le prix », a-t-il ajouté. Depuis des mois, Kiev frappe en profondeur le sol russe et vise en priorité les raffineries, nerf logistique et budgétaire de l’effort de guerre du Kremlin. Le même site de Kapotnia avait déjà été touché le 16 juin. Le ministère russe de la Défense affirme avoir intercepté plus de 500 drones au cours de la nuit ; le maire de Moscou a fait état de 180 appareils abattus aux abords de la capitale.

L’asymétrie résume le tournant pris par une guerre entrée dans sa cinquième année. L’avancée russe sur le front ukrainien a ralenti cette année, pendant que l’Ukraine multiplie les coups sur le territoire ennemi. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Russie avait pour sa part visé l’Ukraine de sept missiles et 239 drones, selon l’armée de l’air ukrainienne : une personne y a été tuée et onze blessées à Dnipro, un homme a péri dans la région de Soumy — la mécanique quotidienne d’un conflit que les négociations diplomatiques ne parviennent pas à enrayer.
Une frappe au moment du sommet de Poutine
L’attaque est tombée alors que Vladimir Poutine accueillait depuis la veille des dirigeants asiatiques à Kazan, à quelque 700 kilomètres à l’est de Moscou. Lors de la séance plénière de ce sommet entre la Russie et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), le président russe n’a pas dit un mot de l’attaque visant sa capitale. Son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, interrogé sur le sujet, a en revanche affirmé que la Russie continuerait de mener des « frappes massives » contre l’Ukraine. La Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Malaisie et Singapour ont envoyé leurs Premiers ministres, les Philippines leur président Ferdinand Marcos.

La diplomatie, elle, reste à l’arrêt. Au sommet du G7 d’Évian en début de semaine, Donald Trump a lancé que Moscou devrait « conclure un accord » ; les États-Unis et les pays européens du G7 ont décidé de produire « sous licence » en Ukraine des missiles de longue portée et des systèmes de défense antiaérienne. Vladimir Poutine, lui, a refusé à plusieurs reprises un face-à-face avec Volodymyr Zelensky.
En attendant, l’économie russe encaisse : inflation élevée, pénurie de main-d’œuvre, coût de l’argent au plus haut. À Kazan, devant ses invités, le maître du Kremlin a poursuivi son discours comme si la fumée ne montait pas, à 700 kilomètres de là, au-dessus de Moscou.











