De grands panaches de fumée noire au-dessus du sud-est de Moscou : tôt jeudi, l'Ukraine a lancé contre la capitale russe sa plus importante attaque de drones depuis au moins deux ans, selon l'agence officielle TASS. Plusieurs appareils ont atteint une raffinerie de la société Gazpromneft, dans le quartier de Kapotnia, qui couvre plus d'un tiers des besoins en carburant de la ville, en particulier pour ses aéroports. Le maire Sergueï Sobianine a évoqué une « attaque de grande envergure », sans chiffrer les dégâts.
Sur place, un journaliste de l'AFP a vu des flammes à l'intérieur de l'usine vers 07h40 GMT, dans une odeur âcre et au son des sirènes. Les quatre grands aéroports de la capitale — Vnoukovo, Cheremetievo, Joukovski et Domodedovo — ont suspendu leurs vols plusieurs heures ; Cheremetievo a évacué des passagers vers « des lieux sécurisés » avant une reprise progressive. Dans la région de Moscou, des débris de drones ont touché un immeuble résidentiel et déclenché un incendie dans un centre commercial, selon le gouverneur Andreï Vorobiov.
Les raffineries, nouvelle ligne de front de Kiev
« Une réponse pleinement justifiée aux attaques russes contre nos villes et nos communautés », a réagi sur les réseaux sociaux le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Depuis des mois, Kiev frappe en profondeur le sol russe et vise en priorité les raffineries, nerf logistique et budgétaire de l'effort de guerre du Kremlin. Le même site de Kapotnia avait déjà été attaqué mardi. La Russie affirme avoir intercepté plus de 500 drones au cours de la nuit, dont 180 abattus aux abords de la capitale.
L'asymétrie résume le tournant pris par une guerre entrée dans sa cinquième année. L'avancée russe sur le front ukrainien a ralenti cette année, pendant que l'Ukraine multiplie les coups sur le territoire ennemi. La nuit précédente, la Russie avait elle frappé l'Ukraine de sept missiles et 239 drones, selon l'armée de l'air ukrainienne — la mécanique quotidienne d'un conflit que les négociations diplomatiques ne parviennent pas à enrayer.
Une frappe au moment du sommet de Poutine
L'attaque est tombée alors que Vladimir Poutine accueillait depuis la veille des dirigeants asiatiques à Kazan, à quelque 700 kilomètres à l'est de Moscou. Lors de la séance plénière de ce sommet Russie-Asean, le président russe n'a pas dit un mot de l'attaque visant sa capitale. La Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Malaisie et Singapour ont envoyé leurs Premiers ministres, les Philippines leur président Ferdinand Marcos.
La diplomatie, elle, reste à l'arrêt. Au sommet du G7 d'Évian en début de semaine, Donald Trump a lancé que Moscou devrait « conclure un accord » ; les États-Unis et des pays européens ont annoncé la production « sous licence » en Ukraine de missiles de longue portée et de systèmes de défense antiaérienne. Poutine, lui, a refusé à plusieurs reprises un face-à-face avec Volodymyr Zelensky.
En attendant, l'économie russe encaisse : inflation élevée, pénurie de main-d'œuvre, coût de l'argent au plus haut. À Kazan, devant ses invités, le maître du Kremlin a poursuivi son discours comme si la fumée ne montait pas, à 700 kilomètres de là, au-dessus de Moscou.











