La guerre entre l'Iran et les États-Unis s'est rallumée autour du détroit d'Ormuz, ce goulet par lequel transitait un cinquième du pétrole mondial. Après une trêve conclue au printemps, les frappes ont repris avec une intensité inédite, faisant voler en éclats le protocole d'accord de la mi-juin censé mettre fin aux hostilités.
Téhéran a de nouveau annoncé la fermeture du passage stratégique « jusqu'à nouvel ordre » et entend garder le contrôle instauré au début de la guerre. Washington affirme au contraire qu'il reste ouvert et menace de l'imposer par la force. Entre les deux, un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures est suspendu à un bras de fer large de quelques dizaines de kilomètres.
Une trêve qui a volé en éclats
L'enchaînement est celui d'un accord mort-né. Après près de quarante jours de bombardements, dans un conflit déclenché fin février par des frappes israélo-américaines, un cessez-le-feu était entré en vigueur au printemps, puis entériné à la mi-juin par un protocole signé entre Washington et Téhéran. Des attaques contre des navires tentant de franchir le détroit ont rallumé la mèche. « Il ne fait aucun doute que ce document est en crise », a reconnu le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, tout en accusant Washington d'avoir causé « le retour de l'insécurité ».
Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) affirme avoir visé « des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones ». Les frappes ont touché de vastes zones de l'ouest et du sud de l'Iran, dont l'île de Qeshm et Bandar Abbas, au niveau d'Ormuz. Une frappe américaine sur une station de pompage d'eau agricole, à Mahchahr, a fait au moins un mort, selon des médias d'État iraniens.
La guerre déborde dans le Golfe
La riposte iranienne a élargi le champ de bataille. Les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir bombardé des installations américaines à Oman, à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie. Des sirènes d'alerte ont retenti à Bahreïn, qui abrite la Ve flotte américaine, et l'armée koweïtienne a fait état d'interceptions de « tirs hostiles », selon plusieurs sources concordantes. Washington accuse aussi Téhéran d'avoir touché un porte-conteneurs battant pavillon chypriote, dont les 24 marins ont dû être évacués, l'un d'eux étant porté disparu.
Le pétrole et la menace d'un blocus
La conséquence est immédiate sur les marchés. Le baril de Brent, référence internationale, est repassé au-dessus de 80 dollars, avant de grimper au-delà de 82 dollars après une annonce de Donald Trump. Le président américain a fait savoir que les États-Unis n'autoriseraient plus les navires iraniens à emprunter le détroit et prélèveraient un péage de 20 % sur les cargaisons des autres pays, en échange de la « sécurité » qu'ils y assureraient, selon la presse américaine. « Avec la rupture des négociations et la fin de la trêve, la guerre au Moyen-Orient est revenue de plein fouet » sur les marchés, résume Andreas Lipkow, analyste chez CMC Markets.
Téhéran n'entend rien céder. La République islamique n'autorise plus qu'un seul couloir de navigation le long de ses côtes et veut instaurer des droits de passage, refusant tout retour à la situation d'avant-guerre. « Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera », a averti Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême.
Une issue diplomatique encore lointaine
Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a exhorté les deux camps à « la plus grande retenue » et à reprendre « d'urgence » des négociations aujourd'hui au point mort, tandis que le Qatar, le Pakistan et Oman poursuivent leur médiation. « Que le protocole soit mort ou vivant est sans importance », tranche Bader Al-Saif, de l'université du Koweït : « les deux parties doivent parvenir à des termes plus clairs. » Pour l'heure, aucun des deux camps ne semble prêt à lâcher le détroit.











