Chaque nouvelle vague de missiles russes sur Kiev ramène l'Otan à la même question : comment protéger le ciel ukrainien. C'est elle qui domine le sommet d'Ankara, où les frappes des derniers jours ont donné à la demande de Volodymyr Zelensky — davantage de défense antiaérienne — une urgence que personne ne conteste. Le reste est plus délicat.
La défense antiaérienne est devenue le nerf de cette guerre. Face aux salves combinées de missiles et de drones que la Russie lance désormais par centaines, l'Ukraine réclame des systèmes capables d'intercepter — Patriot américains, missiles européens — plus vite qu'ils ne s'épuisent. C'est peu spectaculaire, cela ne fait pas reculer le front ; mais cela décide, nuit après nuit, du nombre de morts dans les villes.
Sur le papier, les alliés répondent présents. Les pays européens et le Canada s'engagent à fournir 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine cette année, et un effort « au moins équivalent » l'an prochain ; le secrétaire général de l'Alliance, Mark Rutte, promet en prime des contrats d'armement chiffrés en dizaines de milliards de dollars. L'argent est là, ou promis ; reste à le transformer en batteries, en missiles intercepteurs et en avions de combat, là où l'Ukraine en manque.
Le prix de la défense, et qui le paie
Derrière l'aide à Kiev, c'est tout le modèle financier de l'Otan qui se recompose. Sommés l'an dernier de porter leur effort de défense vers 5 % de leur richesse nationale, les Européens et le Canada ont déjà gonflé leurs budgets — de quelque 139 milliards de dollars supplémentaires sur la seule année écoulée. Le sommet d'Ankara met en scène cette bascule : l'industrie de défense turque, hôte des lieux, comme les groupes européens, y voient un marché en pleine expansion.
Mais dépenser plus ne dit rien de dépenser bien. Une partie de ces milliards partira en commandes nationales dispersées, quand l'efficacité voudrait des achats groupés et des matériels compatibles d'un pays à l'autre. L'Europe, qui a mesuré sa dépendance, apprend en marchant à réarmer sans se ruiner ni se disperser.
L'allié qui doute de l'alliance
Reste l'ombre portée sur tout le reste : Donald Trump. Le président américain juge « ridicule » que Washington entretienne avec l'Otan une relation qu'il estime à sens unique, et son soutien à l'Ukraine souffle le chaud et le froid. En marge du sommet, il doit voir M. Zelensky, avant, dit-on à Washington, de reprendre langue avec Vladimir Poutine. Les Européens avancent donc sur une ligne étroite : financer la défense ukrainienne sans se remettre entièrement à un allié imprévisible, et réaffirmer l'engagement de défense mutuelle — le fameux article 5 — sans être certains que la première puissance de l'Alliance le lise comme eux.
Un sommet ne gagne pas une guerre. Celui d'Ankara dira surtout si l'Otan sait encore faire ce pour quoi elle a été bâtie : additionner des volontés nationales pour peser plus que leur somme. Le ciel de Kiev, cet été, en sera le juge le plus direct.











