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G7 Finances à Paris :
Iran, Ormuz et pétrole face à l'inflation mondiale

Les ministres des Finances et gouverneurs du G7 se retrouvent à Paris, co-présidence Roland Lescure (Bercy) et François Villeroy de Galhau (BdF). En tête de l'agenda : les conséquences économiques du blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran. Brent à la hausse.

Mis à jour le samedi 23 mai 2026 — 14h27
9 min
Roland Lescure, ministre français de l'Économie, lors d'une conférence de presse à Paris, en mai 2026
Roland Lescure (Bercy) co-préside avec François Villeroy de Galhau (Banque de France) le G7 Finances à Paris les 18 et 19 mai 2026. AFP/Archives© AFP / JULIEN DE ROSA

Le décor est dressé. Lundi 18 mai 2026 dans la matinée, les drapeaux des sept économies les plus avancées du monde s'alignent dans la cour du Centre de conférences ministériel, rue La Pérouse à Paris. États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Japon, Canada, plus le Haut Représentant de l'Union européenne. Le format est familier ; le contexte ne l'est pas. Deux mois et demi après le début de la guerre Iran-États-Unis, six semaines après l'instauration d'une trêve théorique le 8 avril, et au lendemain de l'attaque par drone près de la centrale nucléaire de Barakah aux Émirats, les grands argentiers du G7 se réunissent à un mois du sommet d'Évian que la France accueille au titre de la présidence tournante.

Pour comprendre. Le G7 Finances n'est pas le G7. Ce sont les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des sept pays, qui se réunissent plusieurs fois par an pour aligner les positions économiques avant les sommets de chefs d'État. La présidence est tournante. En 2026, c'est la France qui tient le marteau. La précédente réunion exceptionnelle, en mars, avait abouti à la libération coordonnée de 400 millions de barils de réserves stratégiques de pétrole. La séance de mai s'attaque à la suite : un conflit qui n'a pas fini d'élargir son périmètre.

G7 Finances 2026 : Iran et Ormuz en tête d'agenda

« En haut des priorités » des ministres, écrit l'économie.gouv.fr : les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient et du blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, « essentiel au transport d'hydrocarbures et d'engrais dont les cours ont bondi ». Le format inclut une session conjointe Finances + Énergie pour cette première journée — un signal sur la nature mixte des enjeux.

L'urgence opérationnelle pèse sur le calendrier. Dimanche 17 mai, à la fin d'après-midi du Golfe, un drone s'abat près de la centrale nucléaire de Barakah aux Émirats arabes unis — incendie éteint sans blessés, l'Agence internationale de l'énergie atomique exprime sa « profonde préoccupation ». La même nuit, l'Arabie saoudite intercepte trois drones venus d'Irak. Quelques heures plus tôt, Donald Trump avait publié sur Truth Social qu'« il ne restera rien » de l'Iran si Téhéran « n'agit pas rapidement ». Lundi à l'ouverture des marchés asiatiques, le baril de Brent gagne 1,28 % et tape 110,26 dollars. C'est dans ce climat que se réunit le G7.

Roland Lescure : « la loi du plus fort, ça ne fonctionne pas »

« Plus que jamais, on a besoin de se parler. La loi du plus fort, ça ne fonctionne pas. Et donc on a besoin de discussions multilatérales, pas toujours faciles », a déclaré dimanche 17 mai sur France 3 le ministre français de l'Économie Roland Lescure. La formule résume la ligne française : maintenir le cap du dialogue alors que les tensions géopolitiques et commerciales s'intensifient et minent les relations internationales, jusqu'à l'allié américain — devenu imprévisible sous Donald Trump.

Côté outils. Une nouvelle libération coordonnée de stocks stratégiques de pétrole, comme celle décidée en mars (400 millions de barils, plus grosse libération de l'histoire de l'AIE), n'est pas à l'ordre du jour selon Lescure. « Mais si jamais on arrive à ouvrir le détroit d'Ormuz et qu'on se dit qu'on a besoin d'un peu de temps entre le moment où les navires quittent le détroit et le moment où ils arrivent sur nos côtes, on pourra évidemment discuter de ça », a tempéré le ministre. Traduction : l'option reste dans la boîte à outils, conditionnée à une réouverture du détroit qui n'est pas en vue.

Le co-président des travaux, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, vient à la table avec la lecture monétaire. Inflation zone euro à 3 % en avril (Eurostat, plus haut depuis septembre 2023), France à 2,2 % selon l'INSEE, énergie à +10,9 % zone euro et +14,2 % en France sur un an. La BCE a maintenu son taux directeur à 2 % le 30 avril, troisième réunion consécutive sans bouger. Christine Lagarde a évoqué la nature « stop-start » de la guerre, qui rend l'horizon économique « plus difficile à évaluer ». Prochaine réunion du Conseil des gouverneurs les 4 et 5 juin 2026 — première hausse de taux anticipée par le consensus.

Lars Klingbeil : Berlin met la liberté de navigation au centre

Le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil a publié un communiqué dimanche, avant son arrivée à Paris : « Cette guerre nuit fortement au développement économique. C'est pourquoi tout doit être mis en œuvre pour y mettre un terme définitif, rétablir la stabilité dans la région et garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. » Et d'ajouter : « Le G7 est le cadre approprié pour discuter de ces enjeux urgents avec les États-Unis et les autres pays du G7. »

Berlin a divisé sa prévision de croissance 2026 par deux le 22 avril : de 1 % à 0,5 %. Le ministre souligne aussi que « nous ne perdons pas de vue la brutale guerre d'agression de la Russie même si le monde a les yeux tournés vers le Moyen-Orient : le peuple d'Ukraine peut compter sur notre soutien » dans le financement de sa défense. Façon de rappeler qu'Évian devra trancher en juin — le bouquet financier pour Kiev, le mécanisme commun contre l'inflation, la coordination des sanctions et l'arbitrage pétrolier.

Terres rares et matériaux critiques : « ce qu'on a fait sur l'énergie dans les années 1970 »

Deuxième dossier structurant de la réunion : la sécurisation de l'accès aux terres rares et aux engrais. « Il faut qu'on fasse pour les matériaux critiques ce qu'on a fait sur l'énergie dans les années 1970 », a plaidé Roland Lescure dans La Tribune Dimanche. La référence est explicite : choc pétrolier de 1973, création de l'AIE en 1974, mise en place de réserves stratégiques et de mécanismes de coordination internationale. Et derrière la formule, une cible — la Chine.

Ces dernières années, les pays producteurs et transformateurs, Chine en tête, ont parfois restreint certaines exportations de composants essentiels pour des pans entiers de l'économie mondiale, ou profité de leur situation dominante pour influer sur les prix. Néodyme, dysprosium, gallium, germanium, graphite, terres rares utilisées dans les aimants permanents, les semi-conducteurs et les batteries. Le sujet ne date pas du conflit iranien mais s'est invité dans l'agenda du G7 par la porte de la dépendance — la fragilité européenne mise à nu par Ormuz a réveillé celle vis-à-vis des chaînes chinoises. La présidence française pousse pour un mécanisme commun, sur le modèle de l'AIE pétrole.

Surtaxes douanières américaines : aplanir les désaccords sans Trump

Troisième dossier : les tensions commerciales. Les ministres tenteront d'aplanir les désaccords sur le commerce international après l'imposition de surtaxes douanières par Washington. Ces déséquilibres alimentent les tensions commerciales, géopolitiques et financières, et compromettent la croissance mondiale. Une reconnaissance commune de la situation serait déjà considérée comme une grande avancée par la présidence française.

Le contexte chinois ajoute une couche. La réunion intervient quelques jours après la visite de Donald Trump à Pékin (14-15 mai), qui n'a pas débouché sur des annonces majeures — les deux chefs d'État n'ont pas discuté des droits de douane, alors que les deux premières puissances économiques mondiales ont conclu une trêve commerciale en octobre dernier. Washington garde donc, à mi-mai, ses surtaxes sur l'UE, la Chine et plusieurs partenaires sans coup férir. Le FMI s'attend, dans son World Economic Outlook du 14 avril, à une croissance mondiale ramenée à 3,1 % en 2026 (-0,3 point), zone euro à 1,1 %, Iran à -6,1 % (-7,2 points par rapport à janvier).

Préparer le sommet d'Évian : 15, 16 et 17 juin 2026

La présidence française du G7 s'achève par le sommet d'Évian, du 15 au 17 juin 2026 dans la station thermale de Haute-Savoie. Évian succède à Hiroshima (2023), aux Pouilles (2024) et à Kananaskis (2025). Le programme : conséquences économiques du conflit Iran-États-Unis, matériaux critiques, commerce, soutien à l'Ukraine, climat. La présidence française doit obtenir un communiqué final aligné sur les sept — exercice rendu difficile par les positions trumpiennes sur l'Iran, le commerce et l'Ukraine.

Trois rendez-vous précèdent Évian. Les 29 mai et 2-3 juin, à Washington, ouverture des pistes sécurité et politique des négociations Iran-États-Unis. Les 4 et 5 juin, à Francfort, réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE — première hausse de taux anticipée depuis plus d'un an. Entre ces deux échéances, l'évolution du Brent et la trajectoire de l'inflation vont peser sur la marge de manœuvre du G7. Et l'expiration de la trêve Israël-Hezbollah, prolongée le 15 mai pour 45 jours, tombera autour du 29 ou 30 juin — juste après Évian.

À retenir

  • G7 Finances à Paris les 18 et 19 mai 2026, co-présidence Roland Lescure (Bercy) et François Villeroy de Galhau (Banque de France).
  • Trois dossiers majeurs : conséquences du blocage d'Ormuz, sécurisation des terres rares, surtaxes douanières américaines.
  • Pas de nouvelle libération de stocks stratégiques de pétrole à l'ordre du jour, mais option conservée si Ormuz s'ouvre.
  • Inflation zone euro à 3 % en avril, France à 2,2 %. BCE à 2 %, première hausse anticipée pour les 4-5 juin.
  • La réunion prépare le sommet du G7 à Évian (15-17 juin 2026), sous présidence française.

À lire aussi

Sources : AFP (doc-b3426wh, doc-b34v79m) · G7 Bercy 2026 — economie.gouv.fr · Réunion exceptionnelle G7 Finances et Énergie · Bundesfinanzministerium · FMI · BCE · Eurostat · INSEE · AIE · AIEA · OMI · France 24 · FranceInfo · Bloomberg

Claire Moreau

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