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G7 Finances à Paris :
Ormuz, pétrole, minéraux critiques — ce qui a été décidé

Un communiqué commun malgré les divergences avec Washington, un appel à rouvrir Ormuz, une alliance élargie sur les minéraux critiques et un soutien massif confirmé à l'Ukraine : ce qui est sorti de la réunion des grands argentiers du G7 à Paris, avant le sommet d'Évian.

Mis à jour le dimanche 5 juillet 2026 — 16h14
4 min
Roland Lescure, ministre de l'Économie, co-président du G7 Finances de Paris
Roland Lescure (Bercy) co-préside avec François Villeroy de Galhau (Banque de France) le G7 Finances à Paris, les 18 et 19 mai 2026.© AFP / JULIEN DE ROSA

Le pari de la présidence française n'était pas gagné : faire signer un même texte aux sept, Washington compris, en pleine guerre américano-iranienne et en plein blocage du détroit d'Ormuz. Le 19 mai au soir, le communiqué commun existait — doublé, pour la première fois, d'un second texte cosigné avec quatre invités, le Brésil, l'Inde, le Kenya et la Corée du Sud. Deux jours plus tôt, un drone s'écrasait près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats, et le Brent frôlait les 110 dollars.

Ormuz : un appel commun, pas de pétrole en plus

La réunion des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales s'est ouverte le lundi 18 mai à Paris, au lendemain d'un week-end de très haute tension : outre le drone de Barakah — incendie éteint sans blessés, « profonde préoccupation » de l'Agence internationale de l'énergie atomique —, l'Arabie saoudite avait intercepté trois drones venus d'Irak, et Donald Trump avait averti sur Truth Social qu'« il ne restera rien » de l'Iran si Téhéran « n'agit pas rapidement ». À l'ouverture asiatique du lundi, le baril de Brent gagnait 1,28 %, à 110,26 dollars.

« Plus que jamais, on a besoin de se parler. La loi du plus fort, ça ne fonctionne pas », avait cadré la veille le ministre français de l'Économie Roland Lescure, co-président des travaux avec le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau. Sur l'énergie, le communiqué final appelle au retour à la normale des flux commerciaux et à la réouverture du détroit d'Ormuz, chaque membre s'engageant à éviter toute mesure non coordonnée qui aggraverait les tensions énergétiques.

Pas de nouvelle libération coordonnée de stocks stratégiques, en revanche : après les 400 millions de barils relâchés en mars — la plus grosse opération de l'histoire de l'Agence internationale de l'énergie —, l'option reste dans la boîte à outils, conditionnée à une réouverture du détroit qui permettrait d'attendre l'arrivée des navires. La France, elle, vit sur ses réserves.

Minéraux critiques : copier l'AIE des années 1970

Le deuxième acquis de Paris porte sur les terres rares et les métaux stratégiques. Les Sept ont décidé d'étendre l'alliance sur les minéraux critiques initiée par le Canada, autour de quatre axes : suivi renforcé des marchés et des stocks stratégiques, partage d'informations, mobilisation des banques multilatérales et identification de projets industriels concrets — à présenter au sommet d'Évian.

« Il faut qu'on fasse pour les matériaux critiques ce qu'on a fait sur l'énergie dans les années 1970 », avait plaidé Roland Lescure dans La Tribune Dimanche : après le choc pétrolier de 1973, les pays consommateurs avaient créé l'AIE et bâti réserves et mécanismes communs. La cible, sans être nommée, est la Chine, qui a restreint ces dernières années certaines exportations de néodyme, de gallium ou de germanium, essentiels aux aimants, semi-conducteurs et batteries. La fragilité européenne mise à nu par le blocage d'Ormuz a réveillé celle, plus ancienne, des chaînes d'approvisionnement chinoises.

Ukraine, commerce : ce qui s'est joué ensuite

Sur l'Ukraine, les Sept ont réaffirmé leur soutien financier et le maintien de la pression sur la Russie. L'Union européenne a confirmé 90 milliards d'euros pour 2026-2027 — environ deux tiers de l'effort total —, conditionnés aux réformes de gouvernance et de lutte anticorruption attendues de Kiev. « Le peuple d'Ukraine peut compter sur notre soutien », avait posé en arrivant le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil, pour qui « tout doit être mis en œuvre » pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.

Le reste du communiqué dessine l'agenda d'une économie mondiale sous tension : surveillance renforcée des déséquilibres par le FMI — qui prévoit 3,1 % de croissance mondiale cette année —, exercice commun de gestion de crise cyber, solutions d'assurance face aux catastrophes naturelles, interconnexion des systèmes de paiement rapides. Les surtaxes douanières américaines, elles, restaient en vigueur : la ministérielle Commerce des 5 et 6 mai n'en était pas venue à bout.

La suite a donné son relief au rendez-vous parisien. La Banque centrale européenne a fait son mouvement — première hausse de taux en près de trois ans, décidée le 11 juin face à une inflation nourrie par l'énergie — et les chefs d'État ont pris le relais à Évian, à la mi-juin, avec au menu les déséquilibres macroéconomiques, la sécurité alimentaire et les projets concrets sur les minéraux critiques. Quant au détroit d'Ormuz, dont les ministres réclamaient la réouverture, il a fini par rouvrir par étapes à la fin juin, sous un accord provisoire entre Washington et Téhéran — passage sans frais pendant soixante jours, routes sous contrôle iranien — et sous mises en garde répétées de l'Iran aux pétroliers : début juillet, le trafic se reconstituait lentement, encore loin de son niveau d'avant-guerre.

L'essentiel

  • Réunis à Paris les 18 et 19 mai, les ministres des Finances du G7 ont obtenu un communiqué commun malgré les tensions avec Washington — et publié pour la première fois un second texte avec le Brésil, l'Inde, le Kenya et la Corée du Sud.
  • Sur l'énergie : appel à la réouverture du détroit d'Ormuz et engagement à éviter toute mesure non coordonnée. Pas de nouvelle libération de stocks stratégiques après les 400 millions de barils de mars.
  • L'alliance sur les minéraux critiques est étendue (stocks, traçabilité, financements), avec des projets concrets présentés au sommet d'Évian de la mi-juin ; l'UE confirme 90 milliards d'euros pour l'Ukraine en 2026-2027.

Antoine Lefebvre

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