Kiev, nuit du 23 au 24 mai 2026. Plus de cinquante missiles et sept cents drones lancés en plusieurs vagues sur la capitale ukrainienne. Un mort, vingt-quatre blessés, des dégâts dans tous les districts selon le maire Vitali Klitschko. Parmi les cibles, Bila Tserkva, dans l'oblast de Kiev, où des canaux ukrainiens de monitoring affirment qu'un missile Orechnik aurait été tiré — sans confirmation officielle. La veille, Volodymyr Zelensky avait averti publiquement, renseignements américains et européens à l'appui, d'une frappe imminente avec ce balistique. La nuit a confirmé la frappe massive. L'usage de l'Orechnik reste, lui, formellement non confirmé.
Samedi 23 mai 2026, à Acerra, près de Naples. Devant environ 15 000 personnes, le pape Léon XIV — premier pape à se rendre sur le sol de la « Terre des feux » — a appelé à une « armée de paix » pour assainir cette région de Campanie empoisonnée depuis des décennies par les décharges illégales de la Camorra, et combattre « la corruption » et « l'indifférence ». La visite tombe pour le 11e anniversaire de l'encyclique Laudato Si' du pape François.
Mai 2026, à Oslo. La Norvège, voisine de la Russie dans le grand Nord, a décrété 2026 année de la « défense totale ». Le Premier ministre travailliste Jonas Gahr Støre a alerté dans ses vœux de Nouvel An que « la guerre pourrait revenir en Norvège ». Le pays scandinave (5,6 millions d'habitants, membre de l'Otan) compte 18 600 abris antiaériens — de quoi couvrir près de 50 % de la population — et veut rétablir l'obligation d'abris dans les nouveaux grands bâtiments, exigence levée en 1998 au nom du « dividende de la paix » post-URSS. Un Livre blanc gouvernemental détaille 100 propositions : Défense civile portée de 8 000 à 12 000 effectifs, conseils locaux de préparation obligatoires dans les communes, 50 % d'autosuffisance alimentaire d'ici 2030, et stocks ménagers pour tenir sept jours.
Printemps 2026, à Ilulissat (Groenland), au nord du cercle polaire arctique. Marinel Garciano, 38 ans, fait partie des quelque 1 200 Philippins installés sur l'île arctique de 57 000 habitants — la première diaspora étrangère de ce territoire danois. Son mari Owie a quitté les paysages luxuriants des Visayas en 2012 pour un emploi de cuisinier dans le froid extrême du Grand Nord ; elle et leurs trois enfants l'ont rejoint en 2021, portés par l'essor touristique de la capitale des icebergs. Selon le patronat groenlandais, 5 à 6 % des travailleurs du territoire arctique sont aujourd'hui asiatiques. À Ilulissat — 5 000 habitants, 50 000 visiteurs par an, nouvel aéroport ouvert en octobre — un quart du personnel hôtelier est étranger. Reportage AFP de Florent Vergnes.
Samedi 23 mai 2026, à Tula (État de Guerrero, sud-ouest du Mexique). Le hameau autochtone n'est plus qu'un amas de ruines où errent des animaux affamés. Début mai, un groupe armé y a fait irruption, tirant sur les villageois et lançant des bombes sur les maisons pour chasser tout le monde. L'attaque, attribuée par les groupes d'autodéfense indigènes au gang Los Ardillos — dédié au narcotrafic, à l'extorsion et aux enlèvements — a fait au moins trois morts selon leur bilan, sans décompte officiel. Une centaine d'habitants ont été déplacés à Alcozacan, à quinze minutes en voiture, où ils font la queue pour recevoir lait, farine pour tortillas, conserves et papier toilette. Les funérailles des défunts du Conseil indigène populaire de Guerrero (CIPOG-EZ) ont eu lieu cette semaine.
Comté d'Ouray, Colorado, mai 2026. Le policier Larry Graves frappe à la porte d'Amy Clewell, qui habite un quartier isolé des Rocheuses : « Vous êtes au courant de l'ordre d'évacuation ? » Derrière les arbres, le feu avance, la radio crépite. Mais tout ceci n'est qu'un exercice. Les services de secours du Colorado s'entraînent pour la première fois à grande échelle à protéger les habitants d'une saison des incendies qui s'annonce, selon Aaron Jonke, chef des pompiers de Salida, « la pire » de sa carrière. Huit des onze États de l'Ouest américain ont enregistré leur plus faible quantité d'eau stockée dans le manteau neigeux depuis le début des mesures.
Près de Freetown, capitale de la Sierra Leone, dans les mangroves de la péninsule. Millicent Turay, cinquantenaire, machette et gants à la main, arrache à marée basse les huîtres accrochées aux racines aériennes des palétuviers. Depuis vingt ans, elle subvient ainsi aux besoins de sa famille. Sept dollars par jour en bonne récolte, gagnés pour nourrir et scolariser ses enfants. Mais ce métier ancestral, transmis de génération en génération entre femmes ouest-africaines, est menacé. La mangrove qui le porte recule : plus de 25 % de couverture perdue depuis 1990 selon les estimations officielles, sous l'effet de l'urbanisation, de la collecte de bois de chauffage et des constructions illégales.
Vendredi 22 mai 2026 en début de matinée, à Starobilsk, dans la région ukrainienne de Lougansk (est) sous contrôle russe. Une frappe attribuée à l'armée ukrainienne touche un lycée et son dortoir : six morts confirmés, 39 blessés, 15 portés disparus, selon le bilan donné par Vladimir Poutine après une minute de silence diffusée à la télévision. Quatre-vingt-six jeunes de 14 à 18 ans se trouvaient dans le bâtiment qui s'est partiellement effondré. Moscou parle d'« attaque ciblée contre la population civile » ; Kiev soutient avoir visé un « quartier général » et l'unité Rubikon, spécialisée dans les frappes de drones contre les civils ukrainiens.
Vendredi 22 mai 2026, en soirée à Dakar. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye « met fin aux fonctions » de son Premier ministre Ousmane Sonko et à celles de son gouvernement, par décret lu à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence Oumar Samba Ba. Aucune indication n'est donnée sur la nomination d'un successeur. Sur Facebook, Sonko réagit : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui ». Peu après minuit, il salue les centaines de partisans rassemblés devant son domicile. C'est la fin du tandem « Diomaye Moy Sonko » qui avait porté les deux hommes au pouvoir en avril 2024.
Mercredi 20 mai 2026, à Pékin. Au terme d'une visite d'État de deux jours, Vladimir Poutine et Xi Jinping affichent une relation à un « niveau sans précédent », selon le président russe, et une « persévérance inébranlable qui a résisté à mille épreuves », selon le président chinois. La déclaration commune signée à l'issue des entretiens dénonce les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran comme une violation du droit international et appelle à un « cessez-le-feu complet » au Moyen-Orient. Les deux pays prolongent le Traité de bon voisinage de 2001 et leur régime mutuel d'exemption de visas. Sur le gazoduc Power of Siberia 2, Moscou et Pékin annoncent des « progrès » sans accord signé. Poutine invite Xi en Russie en 2027 ; Xi confirme sa présence à l'APEC en Chine en novembre 2026. Le déplacement intervient moins d'une semaine après la visite à Pékin de Donald Trump, qui avait quitté la capitale chinoise le 15 mai sans percée majeure.
Île la plus méridionale de l'archipel indien des Andaman-et-Nicobar. 910 kilomètres carrés couverts à 95 % de forêt primaire. 9 000 habitants aujourd'hui, prévus à 336 000 dans trente ans. Une biosphère unique, deux peuples indigènes (les Nicobarese et les Shompen) qui ne comptent ensemble plus qu'un millier de personnes, dont 250 derniers Shompen vivant en petits groupes sur des plateformes perchées au-dessus du sol. À 40 milles nautiques du détroit de Malacca par lequel transite un tiers du trafic mondial de marchandises. C'est sur cette terre qu'a démarré, sous la signature de Narendra Modi, un chantier de 9 milliards de dollars — port à conteneurs, aéroport, centrale, ville nouvelle, bases militaires. La première phase, à 4 milliards, doit s'achever dans trois ans.
Quelque part entre Chowra et Car Nicobar, en plein cœur de l'océan Indien. George Washington, 18 ans, attrape à la seule force de ses bras l'échelle de coupée du ferry Kalighat, depuis un petit canot ballotté par la houle. Une dizaine de passagers s'engouffrent en quelques minutes, chargés de sacs, valises et cartons débordant de mangues, d'ananas et de noix de coco. « Les bateaux sont la ligne de vie des populations », résume-t-il. À près de 3 000 kilomètres de New Delhi, l'archipel indien des Andaman-et-Nicobar — 836 îles, 420 000 habitants — vit toujours au rythme d'une poignée de ferries. Cinquante heures pour relier les deux extrémités. Et un mégaprojet en cours qui va tout changer.
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