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Face au G7, Poutine réunit l'Asie du Sud-Est autour du pétrole russe

Au moment où le G7 réuni à Évian tente de durcir l'étau sur Moscou, Vladimir Poutine accueille à Kazan les dirigeants de l'Asie du Sud-Est. Au menu : l'énergie, et la démonstration que les sanctions occidentales n'ont pas coupé la Russie de ses débouchés.

Mis à jour le lundi 3 août 2026 — 21h38
4 min
Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine, sur une photo diffusée par l'agence d'État russe Sputnik, le 13 juin 2026.© AFP / Sputnik / Vyacheslav Prokofyev

Pendant que le G7 cherchait à resserrer l'étau sur Moscou, Vladimir Poutine tenait sa propre cour. Le président russe a reçu mercredi à Kazan, dans la région du Tatarstan, les dirigeants de l'Asie du Sud-Est, pour un sommet organisé en même temps que celui des grandes puissances occidentales réunies à Évian — où Donald Trump a redit vouloir intensifier ses efforts pour mettre fin à la guerre en Ukraine.

Autour du chef du Kremlin, 73 ans, étaient réunis les Premiers ministres malaisien Anwar Ibrahim, vietnamien Le Minh Hung, thaïlandais Anutin Charnvirakul, cambodgien Hun Manet, laotien Sonexay Siphandone et singapourien Lawrence Wong, ainsi que le président philippin Ferdinand Marcos Jr et le chef de la diplomatie indonésienne, Sugiono. Ce sommet de deux jours, dont la principale journée de travail est prévue jeudi selon le Kremlin, marque les 35 ans de partenariat entre la Russie et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), qui compte onze pays membres.

Le pétrole, ciment du contre-sommet

Derrière le protocole, une logique économique. Depuis l'offensive russe à grande échelle en Ukraine en février 2022 et les lourdes sanctions occidentales qui ont suivi, Moscou s'est employé à réorienter son économie, et en particulier ses exportations d'hydrocarbures, vers l'Asie. Kazan en offre la démonstration : Vladimir Poutine s'est entretenu avec Ferdinand Marcos Jr, qui souhaite développer le partenariat énergétique avec la Russie et l'a invité à se rendre à Manille en novembre. Le dirigeant russe a aussi reçu le sultan de Brunei, Hassanal Bolkiah.

« Le partenariat stratégique entre la Russie et l'Asean constitue un facteur de stabilisation important dans la région Asie-Pacifique », a affirmé M. Poutine. Le message tranche avec le front que le G7 tente de dresser face à Moscou au même moment, entre menaces de nouvelles sanctions sur l'énergie russe et pression pour faire plier le Kremlin sur l'Ukraine.

« Les sanctions ne fonctionnent pas »

Le Kremlin a fait de ce rendez-vous une vitrine de sa résistance. « Seule la Russie est en mesure de résoudre les problèmes énergétiques des pays » asiatiques, a estimé devant la presse Kirill Dmitriev, conseiller de Vladimir Poutine pour les questions économiques internationales. « Tous les pays de l'Asean ont pris conscience que les sanctions ne fonctionnent pas », a-t-il ajouté, jugeant qu'ils s'en étaient « particulièrement rendu compte » en se heurtant à de graves difficultés d'approvisionnement avec la guerre au Moyen-Orient.

L'argument trouve un écho concret chez ses invités. La guerre en Ukraine n'a pas refermé les robinets russes : elle les a redirigés. Dans une région dépendante des importations d'énergie, la perspective d'un brut russe vendu à prix contenu pèse plus lourd que les appels occidentaux à l'isolement de Moscou.

Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim n'en avait d'ailleurs pas fait mystère avant de partir : sa venue à Kazan visait surtout, a-t-il dit, à « garantir que les approvisionnements en pétrole » russe de la Malaisie continueront.

Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, l'un des dirigeants reçus par Vladimir Poutine à Kazan.© AFP

Une résistance en trompe-l'œil

Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky au G7 à Évian
Emmanuel Macron et le président ukrainien Volodymyr Zelensky au sommet du G7 à Évian, où les Occidentaux ont promis d'accentuer la pression sur Moscou.© AFP

Cette vitrine masque une réalité plus rude. Malgré son pivot vers l'Asie, la Russie affronte une inflation élevée, des coûts d'emprunt prohibitifs et des pénuries de main-d'œuvre nourries par la guerre, qui fragilisent son économie ; sur le front ukrainien, la progression de son armée montre, selon des analystes, de sérieux signes d'essoufflement. Kiev, de son côté, multiplie les frappes sur les sites pétroliers russes — jusque dans la région même où Vladimir Poutine reçoit ses hôtes.

L'essentiel

  • Vladimir Poutine a reçu à Kazan les dirigeants de l'Asean (Asie du Sud-Est) pour un sommet de deux jours, organisé en même temps que le G7 d'Évian où Donald Trump dit vouloir accélérer la fin de la guerre en Ukraine.
  • Depuis l'invasion de l'Ukraine et les sanctions occidentales de 2022, la Russie a réorienté ses exportations d'hydrocarbures vers l'Asie ; la Malaisie et les Philippines sont venues sécuriser leurs approvisionnements en pétrole russe.
  • Le Kremlin met en scène l'échec des sanctions — « seule la Russie peut résoudre les problèmes énergétiques » de la région, affirme le conseiller Kirill Dmitriev —, sur fond de crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient.

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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