En trois mois, l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo a dépassé le bilan mortel de celle de 2018-2020. L'Institut national de santé publique congolais comptait, au 6 septembre, 6 686 cas confirmés et 3 226 décès ; l'Organisation mondiale de la santé en recensait 5 794 et 2 786 au 26 août, dans son dernier bulletin. Un décès confirmé sur deux, au moins, est survenu hors des structures de traitement désignées, là où les malades risquent de transmettre le virus à leur entourage avant d'être identifiés.
L'épidémie de 2018-2020 avait fait 2 299 morts en près de deux ans. Celle qui a été déclarée le 15 mai 2026 en compte 3 226 au 6 septembre, selon le bulletin quotidien de la riposte. Elle touche 61 zones de santé dans six provinces, contre 54 à la mi-août : la dernière, Kayna, au Nord-Kivu, s'est ajoutée le 4 septembre.
C'est devenu la deuxième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée dans le monde, derrière celle qui avait frappé la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone entre 2014 et 2016. L'OMS la juge aussi plus rapide que toutes les flambées précédentes : « la plus rapide que nous ayons jamais vue », a redit son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 2 septembre.
Cette vitesse se calcule depuis la déclaration officielle, pas nécessairement depuis le début réel de la transmission. Une étude publiée le 10 août dans Nature Medicine, à partir de 22 génomes viraux, conclut que l'épidémie est compatible avec un nouvel épisode de transmission de l'animal à l'être humain. Le virus aurait ensuite circulé pendant plusieurs semaines avant d'être identifié. L'étude ne permet pas de déterminer quel animal se trouve à l'origine de cette transmission.
Un décès confirmé sur deux hors des centres de traitement
Le nombre de morts ne constitue pas le seul signal d'alerte. Selon le point de l'OMS arrêté au 26 août, 55,4 % des décès confirmés étaient survenus hors des structures de traitement désignées. La proportion ne baisse pas : sur les trois journées des 4, 5 et 6 septembre, les bulletins de la riposte comptent 98 décès dans la communauté pour 33 dans les centres, soit trois morts sur quatre. La majorité des décès surviennent encore dans les communautés plutôt que dans les centres de traitement, a constaté Tedros Adhanom Ghebreyesus le 1er septembre.
Ces décès à domicile, dans de petits établissements ou pendant le transport, ont une conséquence directe. La transmission du virus est particulièrement probable lorsque la maladie est avancée et que les proches sont exposés aux fluides corporels du patient. Le risque persiste après la mort, lorsque le corps est lavé, transporté ou enterré sans protection adaptée.
À Nizi, dans la province de l'Ituri, Flavier Ngurima a raconté à l'AFP que sa famille avait choisi de faire soigner son frère à domicile, par une infirmière apparentée. Le malade et ses proches avaient peur du centre de traitement : « Ils disaient que là-bas, les gens meurent beaucoup. » Son frère est mort avant d'y parvenir.
La peur des centres ne s'explique pas seulement par les rumeurs. Dans certaines zones, les patients arrivent après plusieurs jours de maladie, lorsque les chances de survie sont déjà réduites. Les attaques contre des structures de santé, les déplacements de population et l'activité de groupes armés limitent également l'accès des équipes de surveillance. Depuis la déclaration de l'urgence sanitaire internationale en mai, l'OMS avait recensé douze attaques contre des services de santé au 12 août.
Un taux de létalité qui demande une lecture prudente
Parmi les cas confirmés, le taux brut de létalité atteignait 48,3 % au 6 septembre, selon le bulletin de la riposte, contre 46,8 % à la mi-août selon l'OMS. Il varie fortement d'une province à l'autre : 45 % en Ituri, 65 % au Nord-Kivu, où deux malades confirmés sur trois sont morts.
Ce ratio ne mesure pas seulement la dangerosité biologique du virus. Il dépend aussi de la capacité à trouver les malades suffisamment tôt. Lorsqu'une surveillance repère surtout les formes graves ou les décès, elle laisse davantage de cas moins sévères hors du décompte, et fait mécaniquement monter le taux apparent.
Les statistiques évoluent également avec les enquêtes rétrospectives. L'OMS a signalé que certaines hausses enregistrées en juillet correspondaient à l'intégration dans les bases de cas et de décès survenus plus tôt, et non uniquement à de nouvelles contaminations en vingt-quatre heures.
Le bilan officiel doit se lire comme un minimum confirmé. Il ne permet pas de calculer le nombre exact de personnes infectées mais jamais testées.
L'Ituri reste l'épicentre
Au 6 septembre, l'Ituri regroupait 5 365 cas confirmés, soit huit sur dix, répartis dans 28 de ses 36 zones de santé, selon le bulletin de la riposte. Le Nord-Kivu en comptait 1 039 dans 16 zones, le Haut-Uélé 253, la Tshopo 22, le Bas-Uélé 4 et le Sud-Kivu 3.
L'extension à une sixième province ne signifie pas que la transmission possède la même intensité partout. Elle montre en revanche la difficulté à surveiller les déplacements entre les villes, les zones minières, les villages et les frontières.
Près de la moitié des nouveaux cas du 6 septembre, 39 sur 82, ont été confirmés au Nord-Kivu, où les centres de traitement débordent : 262 patients hospitalisés pour 220 lits. Une partie des malades y sont soignés dans des structures qui ne répondent pas aux normes, écrit la riposte.
Le suivi des contacts reste inférieur à l'objectif fixé par l'OMS : parti de 40 %, il oscille autour de 85 % depuis la fin août, 86 % le 4 septembre, 85,3 % le 6, selon la riposte, qui retient ce seuil comme minimum opérationnel. La moyenne nationale masque des écarts : le 4 septembre, l'Ituri suivait 89,8 % de ses contacts, le Nord-Kivu 83,3 %, la Tshopo 73,9 %, le Haut-Uélé 72,1 % et le Bas-Uélé 69,7 %. L'OMS estime qu'une couverture de 95 % est nécessaire pour interrompre la transmission.
Ce taux ne concerne que les personnes déjà identifiées. Or le directeur général de l'OMS souligne que de nombreux décès surviennent aussi en dehors des listes de contacts connues : « Il existe des chaînes de transmission que nous ne connaissons pas », a-t-il dit le 1er septembre. Chacun de ces cas peut signaler une chaîne de transmission qui n'avait pas encore été repérée.
Les soignants restent directement exposés
Au 24 août, l'OMS recensait 160 professionnels de santé contaminés et 43 morts ; son bilan arrêté au 20 août en comptait 158 et 45, et ni les bulletins quotidiens de la riposte ni son dernier point épidémiologique n'ont publié de décompte plus récent. L'organisation relie ces infections aux difficultés de protection dans les établissements ordinaires, moins équipés que les centres spécialisés, ainsi qu'aux contacts avec des malades qui n'avaient pas encore été diagnostiqués.
Plus de 21 000 agents de santé communautaires avaient été formés au 12 août. L'OMS veut parallèlement tripler la capacité d'accueil pour atteindre 3 000 lits en douze semaines, et recruter trois soignants pour chaque patient pris en charge.
Construire davantage de centres ne suffira pas. Il faut que les familles les jugent accessibles et sûrs, que les équipes puissent atteindre les villages, et que les personnes présentant des symptômes soient testées avant le stade le plus grave de la maladie.
« On a ralenti l'accélération, pas encore infléchi la courbe »
Les mots sont ceux de Marie-Roseline Belizaire, directrice régionale des urgences de l'OMS pour l'Afrique, devant le comité régional réuni à Addis-Abeba fin août, en réclamant de nouveaux moyens : « Nous avons ralenti l'accélération, mais nous n'avons pas encore infléchi cette courbe. » Une personne meurt d'Ebola toutes les trente minutes, selon le décompte de l'organisation, qui juge la transmission toujours très active.
Elle met en avant ce qui a été construit en trois mois : cinquante centres de traitement et treize cents lits, vingt et un laboratoires capables de réaliser trois mille tests par jour, un suivi des contacts passé de quatre dixièmes à plus de huit dixièmes des personnes inscrites. Les cinquante centres devraient approcher mille sept cents lits à la mi-septembre. Le 2 septembre, son directeur général comptait vingt-quatre laboratoires, contre un seul laboratoire national de référence au départ, plus de trois cents experts déployés et trois cent trente tonnes de matériel acheminées.
Et ce qui manque : trente millions de dollars pour la logistique, vingt millions pour les chaînes d'approvisionnement. L'accès reste le point dur, avec plus de deux cent soixante attaques visant des personnels de santé recensées en six mois.
Un chiffre résume la gravité de cette souche pour les plus jeunes : chez les enfants de moins de cinq ans, environ sept malades confirmés sur dix meurent.
Un plan refait sur six mois, et un appel aux États
Le plan continental préparé par l'OMS et Africa CDC pour la période allant de juin à novembre était chiffré à 518 millions de dollars ; au 12 août, 264 millions avaient été décaissés, un peu plus de la moitié. Le 4 septembre à Kinshasa, le gouvernement congolais, avec l'OMS, les Nations unies et Africa CDC, a lancé un plan révisé sur cent quatre-vingts jours, chiffré à 1,3 milliard de dollars.
Ces crédits doivent financer la surveillance, la recherche des contacts, la prise en charge des malades, l'engagement des communautés, la logistique et la préparation des provinces à risque. Devant les États membres, le 1er septembre, Tedros Adhanom Ghebreyesus leur a demandé d'augmenter et d'accélérer leurs contributions : « Plus on tarde, plus le coût en vies humaines et en ressources est élevé. »
L'argent ne règle pas seul la question de l'accès. Dans l'est de la RDC, les équipes doivent travailler dans des territoires où les routes sont difficiles, où des populations sont déplacées par les combats, et où plusieurs établissements de santé ont déjà été attaqués.
Aucun vaccin homologué contre cette souche du virus
L'épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo. Aucun vaccin ni antiviral spécifique n'est homologué contre la maladie qu'il provoque. Les patients reçoivent des soins de soutien : réhydratation, traitement des symptômes, correction des désordres métaboliques et prise en charge des infections associées. Une admission précoce augmente les chances de survie.

Deux vaccins conçus contre cette souche sont en essais de sécurité chez l'être humain, au Royaume-Uni et au Canada. Le vaccin Ervebo, homologué contre une autre espèce de virus Ebola, est administré depuis le 27 août aux soignants et aux personnes de première ligne, d'abord à Kisangani, puis à Buta, dans le Bas-Uélé. Cinq cents personnes y ont été vaccinées avant une rupture de stock, le 5 septembre. Cette vaccination ne tient pas lieu d'essai : celui qui doit mesurer l'efficacité du vaccin contre cette souche, recommandé par le comité consultatif de l'OMS, doit démarrer en octobre ou en novembre, avec les deux autres candidats. Chez l'animal, des résultats suggèrent une protection croisée ; chez l'être humain, elle reste inconnue.
Le stock international financé par l'Alliance du vaccin Gavi contient environ 500 000 doses d'Ervebo, dont une partie est conservée en permanence en RDC. Une allocation a été décidée le 20 août : vingt mille doses pour l'essai clinique, cinquante mille pour les soignants et les équipes de première ligne. Plus de seize mille doses étaient arrivées fin août, selon l'OMS. Ce n'est pas une campagne de vaccination générale contre l'épidémie.
La recherche porte aussi sur les traitements. L'essai PARTNERS, soutenu par l'OMS, compare deux traitements ; il avait recruté plus de trois cents patients au 2 septembre, contre une centaine trois semaines plus tôt. Un autre essai teste l'antiviral obeldesivir chez des contacts à haut risque. Aucun résultat d'efficacité n'était publié au 7 septembre.
Les contaminations importées ont été contenues
L'Ouganda avait déclaré de son côté la fin de son épidémie dès le 28 juillet. L'OMS et Africa CDC l'ont confirmée le 27 août, au terme de quarante-deux jours sans nouveau cas confirmé, deux fois la durée maximale d'incubation, comptés depuis la sortie du dernier patient, un cas importé, le 16 juillet. Le pays avait recensé vingt cas confirmés, dont quinze importés de RDC, dix-huit guérisons et deux décès. Il maintient une surveillance renforcée en raison des déplacements transfrontaliers.
En France, le médecin humanitaire diagnostiqué le 24 juin a guéri et quitté l'hôpital le 4 juillet, après deux tests négatifs ; l'OMS y a clos la même période de surveillance de quarante-deux jours le 27 août. Les cinq passagers considérés comme contacts à faible risque ont achevé leur période de surveillance sans développer de symptômes. Aucune transmission secondaire n'a été détectée.
Ces deux situations montrent qu'une importation ne conduit pas nécessairement à une circulation locale, lorsque le malade est rapidement isolé, ses contacts identifiés et les mesures de protection appliquées.
En RDC, ces trois conditions ne sont pas encore réunies partout. Le prochain indicateur décisif ne sera pas seulement le nombre cumulé de cas : ce sera la diminution de la part des décès survenant hors des centres de traitement, accompagnée d'un suivi des contacts se rapprochant de l'objectif de 95 %.
À savoir
Les chiffres utilisés sont ceux du bulletin quotidien de la riposte congolaise publié le 7 septembre 2026 par l'Institut national de santé publique, arrêté au 6 septembre. Ils sont complétés par le bulletin de l'OMS du 28 août, arrêté au 26 août, par le point présenté fin août à son comité régional pour l'Afrique et par les déclarations de son directeur général des 1er et 2 septembre. Ils concernent les cas et les décès confirmés. Les bilans peuvent être révisés à mesure que les laboratoires analysent des prélèvements et que les autorités rapprochent les données recueillies dans les différentes provinces.











