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IVG médicamenteuse :
pourquoi la limite est fixée à neuf semaines d'aménorrhée

Les professionnels comptent en semaines d'aménorrhée, à partir des dernières règles : deux de plus que ce que l'on croit.

Mis à jour le mercredi 19 août 2026 — 19h51
8 min
Une main tient deux cartes d'assurance maladie
Deux cartes d'assurance maladie. L'IVG est prise en charge à 100 %, sans avance de frais. Photo d'archives.© Philippe Huguen / AFP

En France, une interruption volontaire de grossesse peut être pratiquée jusqu'à seize semaines d'aménorrhée. La méthode médicamenteuse s'arrête sept semaines plus tôt, à neuf semaines d'aménorrhée. Au-delà, l'IVG reste possible, mais par aspiration.

Une même grossesse peut être décrite avec deux chiffres. Sept semaines de grossesse correspondent conventionnellement à neuf semaines d'aménorrhée, ou SA, calculées à partir du premier jour des dernières règles.

Cette différence n'est pas seulement une affaire de vocabulaire. Elle détermine la méthode encore accessible.

Neuf semaines pour les médicaments, seize pour le délai général

La loi autorise l'IVG jusqu'à la fin de la quatorzième semaine de grossesse, soit seize semaines après le début des dernières règles. La méthode médicamenteuse peut, elle, être pratiquée jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse, soit neuf semaines d'aménorrhée.

Au-delà de neuf SA, l'IVG médicamenteuse n'est plus proposée dans le parcours de droit commun. La méthode instrumentale, qui consiste à dilater le col puis à aspirer le contenu de l'utérus, reste possible jusqu'à seize SA, sous anesthésie locale ou générale. Elle peut être pratiquée par un médecin ou, sous certaines conditions, par une sage-femme.

Le décalage de deux semaines entre les deux façons de compter est conventionnel. Il repose sur l'hypothèse d'une ovulation survenue environ quatorze jours après le début des dernières règles. Lorsque la date est incertaine ou que les cycles sont irréguliers, le professionnel précise le terme à partir de l'interrogatoire, de l'examen et, si nécessaire, d'une échographie.

Deux médicaments, avec un protocole adapté au terme

L'IVG médicamenteuse associe deux produits. La mifépristone bloque l'action de la progestérone, l'hormone nécessaire à la poursuite de la grossesse. Le misoprostol, pris vingt-quatre à quarante-huit heures plus tard, provoque les contractions de l'utérus et l'expulsion.

La dose et la manière de prendre le misoprostol varient selon le terme. Avant sept semaines d'aménorrhée, la Haute Autorité de santé recommande deux schémas possibles :

  • 600 mg de mifépristone avalés, puis 400 microgrammes de misoprostol avalés vingt-quatre à quarante-huit heures plus tard ;
  • ou 200 mg de mifépristone, puis 400 microgrammes de misoprostol placés entre la joue et la gencive ou sous la langue.

Entre sept et neuf semaines d'aménorrhée, le protocole recommandé repose sur 200 mg de mifépristone, puis 800 microgrammes de misoprostol placés entre la joue et la gencive ou sous la langue. La Haute Autorité de santé ne recommande pas la voie vaginale.

Ces schémas sont choisis et expliqués par le médecin ou la sage-femme. Les médicaments peuvent être pris dans un établissement, au cabinet ou à domicile, selon la situation médicale et le choix de la patiente.

En cabinet, en centre de santé ou à l'hôpital

L'IVG médicamenteuse peut être pratiquée par un médecin ou une sage-femme dans un hôpital, une clinique, un cabinet, un centre de santé ou un centre de santé sexuelle.

En dehors d'un établissement, le professionnel doit justifier d'une compétence adaptée et avoir conclu une convention avec un établissement de santé autorisé à pratiquer les IVG. Cette convention organise notamment la prise en charge d'une éventuelle complication.

Une partie ou la totalité des consultations peut se dérouler à distance, si la patiente l'accepte et si le professionnel estime la téléconsultation adaptée. Dans ce cas, le médecin ou la sage-femme transmet l'ordonnance à la pharmacie choisie, par un moyen garantissant la confidentialité. Les médicaments y sont remis sans avance de frais.

Lorsque les consultations ont lieu en présentiel, les médicaments peuvent être remis directement par le prescripteur. La première prise n'a plus à être effectuée obligatoirement devant lui.

La consultation à distance reste une possibilité, non une obligation. En cas d'isolement, de difficulté à rejoindre rapidement un établissement ou de situation médicale particulière, une prise en charge en établissement peut être préférable.

Les saignements ne prouvent pas que l'IVG a réussi

Le misoprostol provoque le plus souvent des contractions plus fortes que des douleurs de règles. Des nausées, des vomissements ou une diarrhée peuvent aussi survenir.

Dans environ 60 % des cas, l'expulsion a lieu dans les quatre heures suivant la prise du misoprostol. Dans les autres cas, elle survient dans les vingt-quatre à soixante-douze heures.

Les saignements sont généralement plus abondants que des règles et peuvent contenir des caillots. Ils durent souvent une quinzaine de jours et peuvent persister jusqu'à trois semaines. Leur présence ne garantit pas que la grossesse est complètement interrompue.

Plusieurs signes imposent de contacter rapidement le professionnel ou un service d'urgence :

  • une température supérieure à 38 °C ;
  • un malaise ;
  • des douleurs abdominales très fortes qui persistent malgré les antalgiques ;
  • des saignements imposant de changer une protection maximale toutes les trente minutes pendant plus de deux heures.

Lorsqu'une IVG est réalisée à domicile, les autorités sanitaires recommandent de ne pas rester seule au moment prévu de l'expulsion.

Un contrôle obligatoire deux à trois semaines plus tard

Une consultation de contrôle doit avoir lieu entre le quatorzième et le vingt et unième jour. Elle vérifie que la grossesse est bien interrompue et qu'aucune complication n'est apparue. Le contrôle peut reposer sur un examen clinique, un dosage de l'hormone bêta-hCG, un test urinaire adapté ou une échographie.

La méthode médicamenteuse réussit dans environ 95 % des cas. Si la grossesse se poursuit ou si la méthode échoue, une aspiration est nécessaire lorsque la patiente souhaite toujours interrompre la grossesse.

Une grossesse extra-utérine diagnostiquée constitue une contre-indication à cette méthode. Le professionnel en recherche les signes et les facteurs de risque. Une échographie n'est toutefois pas imposée de façon systématique à toutes les patientes : elle doit pouvoir être obtenue rapidement lorsque le dossier le nécessite.

La contraception peut démarrer aussitôt, sans attendre le retour des règles. Une méthode hormonale se commence le jour de la seconde prise de médicament, ou dans les quarante-huit heures qui suivent. Après une IVG médicamenteuse, un dispositif intra-utérin est généralement posé lors de la consultation de suivi, une fois le succès de la méthode vérifié.

Aucun paiement à avancer dans le parcours pris en charge

L'IVG et les actes médicaux associés sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Le tiers payant est obligatoire et aucun dépassement d'honoraires n'est autorisé.

Les montants facturés existent, mais ils sont réglés par l'Assurance maladie :

  • entre 305,62 et 310,86 euros en ville, chez un médecin ou une sage-femme, selon les examens réalisés ;
  • 353,64 euros pour une IVG médicamenteuse en établissement de santé ;
  • de 579,06 à 830,06 euros lorsque l'IVG est instrumentale, selon l'anesthésie et la durée du séjour.

Ces forfaits couvrent notamment les consultations, les médicaments, les analyses, les échographies nécessaires et la visite de contrôle.

L'anonymat peut être demandé par toute patiente, majeure ou mineure. Les documents de facturation sont alors anonymisés et aucun décompte lié à l'IVG n'est envoyé.

La dispense d'avance de frais concerne les assurées sociales, les mineures rattachées à un assuré, les bénéficiaires de l'aide médicale de l'État et, à l'hôpital, les femmes en situation irrégulière prises en charge au titre du dispositif des soins urgents.

Pour les mineures, l'entretien est obligatoire

Une mineure non émancipée peut demander une IVG sans autorisation parentale. Un entretien psychosocial doit obligatoirement lui être proposé et réalisé avant le recueil de son consentement. Pour une majeure, cet entretien reste facultatif. Aucun délai minimal de réflexion n'est imposé entre les différentes étapes.

Si la mineure souhaite que ses parents ou son représentant légal ne soient pas informés, elle doit être accompagnée dans sa démarche par une personne majeure de son choix. Cet accompagnant n'a pas à donner son autorisation : la décision appartient à la mineure.

Huit IVG sur dix sont désormais médicamenteuses

En 2024, 251 270 IVG ont été réalisées en France, soit 7 000 de plus qu'en 2023, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques. Le taux de recours a atteint 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans.

La méthode médicamenteuse représentait 80 % de l'ensemble des IVG. Quarante-cinq pour cent des interventions ont eu lieu hors d'un établissement de santé. Cette évolution est ancienne : l'IVG médicamenteuse est autorisée en ville depuis 2005. En 2024, environ 1 600 délivrances directes en pharmacie ont été enregistrées dans le cadre d'une téléconsultation.

Les écarts territoriaux restent marqués. À âge comparable, le recours va du simple au double en métropole, de 12,6 pour 1 000 femmes dans les Pays de la Loire à 23,1 en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Dans les départements et régions d'outre-mer, où il est près de deux fois plus fréquent, l'écart atteint le triple : 16,7 à Mayotte, 46,7 en Guadeloupe.

Le numéro national 0 800 08 11 11 informe et oriente gratuitement et anonymement sur l'IVG, la contraception et la sexualité.

L'essentiel

  • Deux comptages coexistent : la limite légale s'exprime en semaines de grossesse, le protocole médical en semaines d'aménorrhée, avec deux semaines d'écart.
  • La patiente ne paie rien, quel que soit le lieu. Les forfaits versés aux professionnels, eux, vont près du simple au triple selon la méthode et l'anesthésie.
  • Un rendez-vous de vérification s'impose entre deux et trois semaines après l'IVG.

Questions fréquentes

Jusqu'à quand peut-on recourir à l'IVG médicamenteuse ?
Jusqu'à neuf semaines d'aménorrhée, soit sept semaines de grossesse comptées depuis la conception. Au-delà, l'interruption reste possible jusqu'au terme légal, mais par voie instrumentale uniquement.
Comment compter les semaines ?
Le calcul médical démarre aux dernières règles, pas à la conception : il ajoute donc une quinzaine de jours au compte que l'on fait spontanément. C'est de là que viennent la plupart des malentendus sur le temps restant.
Combien cela coûte-t-il ?
Rien pour elle : tout est couvert, sans avance ni dépassement possible. Les forfaits versés aux professionnels, eux, s'échelonnent de 305,62 euros en ville à plus de 800 euros pour une intervention instrumentale avec anesthésie générale et nuitée.
Une mineure a-t-elle besoin de l'accord de ses parents ?
Non, et sa famille n'a pas à être avertie. Deux règles lui sont propres : un entretien avec un professionnel qualifié, que les majeures peuvent refuser, et l'accompagnement par un adulte qu'elle choisit librement.
Peut-on tout faire à distance ?
Oui, en totalité ou pour certaines étapes seulement. Un décret de février 2022 a rendu ce mode de suivi permanent : l'ordonnance est adressée directement à l'officine retenue, où le retrait se fait gratuitement et sans que l'identité soit consignée.

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