Prescriptibles à partir d'un IMC de 30, remboursés à partir de 35 sous conditions
Un médecin généraliste peut prescrire Wegovy, à base de sémaglutide, ou Mounjaro, à base de tirzépatide, sans que le traitement soit nécessairement remboursé. Depuis le 23 juin 2025, l'Agence nationale de sécurité du médicament autorise en effet tout médecin à commencer et à renouveler ces traitements dans le respect de leur autorisation de mise sur le marché.
Selon les indications présentées par l'Assurance maladie, cette autorisation de mise sur le marché concerne les adultes ayant un indice de masse corporelle, ou IMC, d'au moins 30 kg/m². Elle s'étend aux adultes dont l'IMC se situe entre 27 et 30 kg/m² lorsqu'ils présentent au moins une maladie liée au poids, telle qu'un diabète de type 2, une hypertension artérielle, une anomalie des lipides sanguins, une maladie cardiovasculaire ou une apnée du sommeil.
Le périmètre du remboursement est plus étroit. Selon les arrêtés actuellement applicables, il faut être majeur, avoir suivi pendant au moins six mois une prise en charge nutritionnelle bien conduite et avoir perdu moins de 5 % de son poids pendant cette période. Le traitement doit rester associé à une alimentation hypocalorique et à une augmentation de l'activité physique.
Deux situations ouvrent alors droit au remboursement :
- un IMC initial d'au moins 40 kg/m², sans autre condition médicale ;
- un IMC initial compris entre 35 et 40 kg/m², avec au moins une comorbidité figurant dans la liste réglementaire.
L'IMC initial est celui mesuré au début du traitement, même lorsque la personne prenait déjà le médicament avant son remboursement, précise l'arrêté relatif à Mounjaro.
La Haute Autorité de santé estimait en décembre 2025 qu'entre 1 million et 2,1 millions d'adultes pouvaient entrer dans le périmètre large correspondant à un IMC d'au moins 35 kg/m² avec une comorbidité ou d'au moins 40 kg/m² sans comorbidité. Elle soulignait cependant l'absence de données épidémiologiques assez robustes pour établir un nombre précis de patients susceptibles d'être effectivement traités.
Quatorze comorbidités ou situations cliniques sont admises
Entre 35 et 40 kg/m² d'IMC, toutes les maladies liées au poids n'ouvrent pas le remboursement. Selon les arrêtés, le patient doit présenter au moins l'une des quatorze situations suivantes :
- un diabète de type 2 ;
- une hypertension artérielle nécessitant un traitement médicamenteux ;
- une hypertriglycéridémie supérieure à 5 grammes par litre, confirmée à plusieurs reprises et résistante au traitement habituel ;
- une stéatohépatite non alcoolique ou une fibrose du foie, jusqu'à une cirrhose compensée de stade Child A et après accord de l'hépatologue ;
- un syndrome des ovaires polykystiques chez une femme en âge de procréer ;
- un problème de fertilité associé à un projet d'assistance médicale à la procréation, sur proposition de l'équipe chargée de ce projet ;
- une maladie rénale chronique, après avis du néphrologue, ou une insuffisance rénale sévère avec projet de transplantation et décision collégiale ;
- un syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil avec au moins 15 épisodes par heure ;
- un asthme sévère lié à l'obésité, après avis spécialisé ;
- des lombalgies chroniques, une arthrose de la hanche ou une arthrose du genou invalidantes et documentées ;
- une incontinence urinaire invalidante qui ne répond pas aux prises en charge habituelles ;
- une hernie de la paroi abdominale ou une éventration dont l'opération nécessite une perte de poids préalable ;
- une hypertension intracrânienne idiopathique résistante à une prise en charge neurologique ;
- un handicap moteur, avec ou sans paraplégie, après avis d'un médecin de médecine physique et de réadaptation ou d'un neurologue.
La maladie cardiovasculaire établie ne figure pas dans cette liste. Elle fait partie des maladies associées permettant de prescrire ces médicaments dès un IMC de 27 kg/m² dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à ouvrir le remboursement lorsque l'IMC est compris entre 35 et 40 kg/m².
La première ordonnance remboursable reste réservée à certains médecins
Le seul fait d'être médecin spécialiste ou médecin traitant ne suffit pas à établir la première prescription ouvrant droit au remboursement. Selon les règles présentées par l'Assurance maladie, cette première ordonnance peut être rédigée par trois ensembles de professionnels :
- les spécialistes en endocrinologie, diabétologie et nutrition, les médecins titulaires d'une compétence reconnue en nutrition et certains chirurgiens bariatriques, lorsqu'ils exercent dans un centre spécialisé de l'obésité, un CHU ou une structure de soins médicaux et de réadaptation autorisée en gastro-entérologie, endocrinologie, diabétologie et nutrition ;
- les médecins coordinateurs d'un parcours coordonné renforcé consacré à l'obésité complexe ;
- les spécialistes en endocrinologie, diabétologie et nutrition exerçant en lien formalisé avec un centre spécialisé de l'obésité, par une charte ou par une activité au moins partielle dans ce centre.
Le ministère de la Santé recense 42 centres spécialisés de l'obésité en France. Ce nombre ne correspond toutefois pas au nombre total de prescripteurs habilités, puisque les textes incluent également certains médecins de CHU, d'établissements de réadaptation, de parcours coordonnés et des endocrinologues liés à ces centres.
Une fois le traitement commencé dans ce cadre, le médecin traitant ou tout autre médecin spécialiste peut rédiger les ordonnances suivantes. Un généraliste peut également établir la première prescription hors remboursement, à condition que le patient remplisse les critères de l'autorisation de mise sur le marché.
Cette distinction rétablit, pour le remboursement, une restriction que l'ANSM avait supprimée pour la prescription générale. En juin 2025, l'agence avait ouvert la prescription initiale à tous les médecins en constatant que l'obligation de consulter certains spécialistes provoquait des délais parfois importants et une accessibilité inégale selon les territoires.
MG France conteste le nouveau circuit et estime que la restriction de la première prescription remboursable limitera de fait l'accès aux traitements et les dépenses correspondantes. Le syndicat de médecins généralistes demande que la discussion porte plutôt sur le prix négocié avec les laboratoires.
La Haute Autorité de santé défend au contraire une prescription initiale par les professionnels des deuxième et troisième niveaux de recours. Elle invoque la place de ces médicaments en seconde intention, la nécessité d'une prise en charge globale et le risque d'usages ne correspondant pas aux indications retenues.
Un formulaire à conserver pendant toute la durée du traitement
L'ordonnance ne suffit pas à obtenir le remboursement. Le premier prescripteur habilité doit également remplir un formulaire d'accompagnement, soit dans le téléservice de l'Assurance maladie, soit sur un document papier lorsqu'il n'a pas accès au service numérique.
Le formulaire vérifie notamment que le patient est majeur, que son IMC initial atteint le seuil prévu, que la comorbidité éventuelle figure dans la liste et que la prise en charge nutritionnelle a échoué selon les critères réglementaires. Le médecin remet ensuite au patient un justificatif distinct de l'ordonnance.
Ce justificatif n'est rempli qu'une fois et reste valable pendant toute la durée du traitement, selon l'Assurance maladie. Le patient doit néanmoins le présenter au pharmacien à chaque délivrance et peut l'enregistrer dans Mon espace santé. Sans formulaire positif, aucune prise en charge n'est possible ; le médecin peut maintenir la prescription en indiquant qu'elle n'est pas remboursable.
Les personnes qui prenaient déjà Wegovy ou Mounjaro avant le 15 juin 2026 doivent elles aussi faire établir ce document par un médecin habilité pour obtenir le remboursement des délivrances suivantes.
De 52 à 69 euros avant mutuelle pour une boîte de Wegovy
Les prix dépendent du médicament et de son dosage. Selon les avis de prix publiés au Journal officiel, une boîte de Wegovy coûte hors honoraire de dispensation :
- 146,91 euros aux dosages de 0,25 mg, 0,50 mg et 1 mg ;
- 169,31 euros au dosage de 1,7 mg ;
- 195,10 euros au dosage de 2,4 mg.
Selon le même dispositif officiel, le prix hors honoraire d'une boîte de Mounjaro atteint :
- 176,10 euros au dosage de 2,5 mg ;
- 237,68 euros au dosage de 5 mg ;
- 335,95 euros aux dosages de 7,5 mg et 10 mg ;
- 433,80 euros aux dosages de 12,5 mg et 15 mg.
En métropole, la base publique des médicaments ajoute un honoraire standard de dispensation de 1,02 euro par boîte. Elle affiche ainsi des prix publics allant de 147,93 à 196,12 euros pour Wegovy et de 177,12 à 434,82 euros pour Mounjaro.
Au taux de 65 %, la part correspondant au ticket modérateur représente environ 51,78 à 68,64 euros par boîte de Wegovy et 61,99 à 152,19 euros par boîte de Mounjaro, avant l'intervention éventuelle d'une complémentaire santé et hors autres honoraires susceptibles de s'appliquer.
La reconnaissance d'une affection de longue durée ne fait pas automatiquement disparaître cette somme. Selon l'Assurance maladie, une prise en charge à 100 % suppose que le médicament soit directement lié à une ALD exonérante et inscrit dans la première partie de l'ordonnance bizone. Les traitements sans rapport avec cette ALD restent remboursés au taux ordinaire.
Une franchise médicale de 1 euro est par ailleurs déduite du remboursement pour chaque boîte de médicament, sauf pour les personnes qui en sont exonérées, précise l'Assurance maladie. Cette franchise ne peut normalement pas être remboursée par une complémentaire santé responsable.
Des pertes de poids moyennes qui diffèrent selon les traitements
Wegovy et Mounjaro sont des traitements injectables administrés une fois par semaine. Ils agissent notamment sur les mécanismes qui régulent l'appétit et la prise alimentaire. Selon l'Assurance maladie, leurs effets indésirables les plus fréquents sont digestifs : nausées, vomissements, douleurs abdominales ou diarrhées, avec un risque de déshydratation. Les doses sont donc augmentées progressivement.
L'essai SURMOUNT-5, publié en 2025 dans le New England Journal of Medicine, a comparé directement la tirzépatide et le sémaglutide chez 751 adultes en situation d'obésité ou de surpoids, sans diabète de type 2. Après 72 semaines, la perte de poids moyenne atteignait 20,2 % avec la tirzépatide et 13,7 % avec le sémaglutide, selon les résultats de l'étude.
Ces moyennes ne prédisent pas la réponse de chaque patient. L'essai était ouvert : les participants et les médecins connaissaient le traitement administré. Il comparait les doses maximales tolérées et a été financé par Eli Lilly, le laboratoire qui commercialise Mounjaro.
Une reprise de poids fréquente après l'arrêt
L'arrêt du traitement n'entraîne pas chez tous les patients un retour identique au poids initial. Les essais disponibles montrent néanmoins une reprise moyenne importante après l'interruption.
Dans le prolongement de l'essai STEP 1, les chercheurs ont suivi 327 participants après l'arrêt du sémaglutide. Un an plus tard, les anciens utilisateurs avaient repris en moyenne environ les deux tiers du poids perdu pendant le traitement, selon l'étude publiée en 2022. Leur poids moyen restait toutefois inférieur de 5,6 % à celui mesuré avant le début du traitement.
L'essai SURMOUNT-4 a observé un phénomène comparable avec la tirzépatide. Après une première période de traitement, 670 participants ont été répartis entre la poursuite du médicament et son remplacement par un placebo. Au cours des 52 semaines suivantes, le groupe passé au placebo a repris en moyenne 14 % de son poids, tandis que celui qui poursuivait la tirzépatide en a perdu 5,5 % supplémentaires, selon l'étude publiée dans le Journal of the American Medical Association.
Le formulaire administratif reste valable pendant toute la durée de la prescription, mais il ne dispense pas d'un suivi clinique. La Haute Autorité de santé recommande une réévaluation régulière et demande d'envisager un arrêt lorsque la perte de poids reste inférieure à 5 % après six mois ou lorsque des signes de carence ou de dénutrition apparaissent.











