La fatigue, les jambes lourdes et le mal de crâne d'une journée écrasante passent souvent avec du repos au frais. Ils peuvent aussi annoncer un accident bien plus grave : le coup de chaleur, qui tue. C'est une urgence médicale au sens strict : le corps ne parvient plus à évacuer la chaleur qu'il accumule, sa température interne s'emballe et les organes commencent à défaillir. Entre le simple coup de mou et l'accident qui impose d'appeler le 15, la frontière tient à quelques signes qu'il faut savoir reconnaître.
Le danger n'a rien d'abstrait. Les vagues de chaleur se multiplient — sur les 54 recensées en France depuis 1947, plus de la moitié sont survenues après 2010, selon Météo-France — et, à chacune, la même question revient dans les familles comme sur les lieux de travail : à partir de quand faut-il vraiment s'inquiéter ?
Épuisement ou coup de chaleur : où passe la frontière
Toutes les réactions du corps à la chaleur ne se valent pas, et l'Assurance maladie les classe par ordre de gravité. Il y a les désagréments bénins : bouffées de chaleur, éruptions cutanées, gonflement des jambes, crampes musculaires. Il y a l'épuisement dû à la chaleur, plus sérieux — fatigue intense, maux de tête, vertiges, nausées, soif, faiblesse. À ce stade, il faut mettre la personne au frais, l'allonger, la faire boire et consulter rapidement un médecin, recommande l'Assurance maladie.
Le coup de chaleur est d'une autre nature. Il survient quand la thermorégulation lâche : la température du corps dépasse 40 °C et le cerveau est atteint. Les signes qui doivent alerter, ce sont les troubles de la conscience — confusion, propos incohérents, somnolence anormale, perte de connaissance, parfois convulsions. La peau est brûlante et rouge ; elle peut être sèche, mais aussi moite, contrairement à une idée tenace. S'y ajoutent souvent un pouls rapide, une respiration courte, une chute de tension. Devant ce tableau, il n'y a pas à hésiter : c'est une urgence vitale. Et il ne faut pas attendre qu'il soit complet. L'Assurance maladie demande de contacter très vite les secours dès les signes avant-coureurs : maux de tête et vertiges, nausées, confusion ou somnolence, température de plus de 39 °C, peau rouge et chaude, soif intense, pouls et respiration rapides.
Que faire en attendant les secours
Dès qu'un coup de chaleur est suspecté, le premier geste est d'appeler le 15 (le Samu) ou le 112, gratuits depuis n'importe quel téléphone. En attendant les secours, tout vise à faire baisser la température : installer la personne à l'ombre ou dans une pièce fraîche, l'allonger, la déshabiller, asperger son corps d'eau fraîche ou l'envelopper de linges humides, et créer un courant d'air en la ventilant. Si elle est consciente, on peut lui donner à boire par petites gorgées. Si elle a perdu connaissance, on la met en position latérale de sécurité et on la surveille jusqu'à l'arrivée des secours.
Une erreur, pourtant fréquente, peut aggraver les choses : donner un médicament pour faire tomber la « fièvre ». L'Assurance maladie le déconseille : face à un coup de chaleur, ni aspirine, ni anti-inflammatoire, ni paracétamol, qui peuvent au contraire aggraver l'état de la personne. Autre confusion courante, entretenue par le langage : l'insolation. Elle désigne les effets d'une exposition directe et prolongée de la tête au soleil — maux de tête violents, nausées, somnolence, fièvre — et peut annoncer le pire. Mais on fait un coup de chaleur sans une once de soleil : dans une voiture fermée, un logement mal ventilé, ou en plein effort physique.
Les plus exposés
Le coup de chaleur ne frappe pas au hasard. Les personnes âgées paient le plus lourd tribut : avec l'âge, la sensation de soif s'émousse et le corps régule moins bien sa température, un risque encore aggravé par l'isolement et la perte d'autonomie — elles concentrent la majorité des décès recensés lors des canicules. À l'autre bout de la vie, les nourrissons et les jeunes enfants, dont l'organisme se déshydrate très vite, réclament une vigilance de tous les instants ; devant un tout-petit qui a perdu connaissance, on appelle les secours sans attendre. Sont aussi en première ligne les malades chroniques et les personnes sous certains traitements, celles et ceux qui travaillent dehors — bâtiment, agriculture, voirie — et les sportifs. À l'été 2025, neuf accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur ont été signalés à Santé publique France, dont six dans le bâtiment, les travaux ou l'agriculture, rapporte l'INRS, et le coup de chaleur guette aussi le coureur ou le cycliste poussé à l'effort en pleine chaleur.
Le reste tient au bon sens que chaque épisode remet en mémoire : boire avant d'avoir soif, garder son logement au frais, fuir l'effort et le plein soleil aux heures brûlantes, prendre des nouvelles des voisins fragiles — les mêmes réflexes que pour traverser n'importe quelle canicule. Pendant les vagues de chaleur, le ministère de la Santé active une ligne gratuite, Canicule info service, au 0 800 06 66 66, de 9 h à 19 h. Mais devant une personne qui divague, s'effondre ou brûle de fièvre, une seule consigne compte : le 15, tout de suite. C'est souvent dans ce quart d'heure-là que tout se joue.











