En 2025, la France métropolitaine avait recensé 809 cas de chikungunya contractés sans voyage à l'étranger. Au 17 août 2026, elle en compte 25, auxquels s'ajoutent quatre cas locaux de dengue.
Le moustique tigre n'a pourtant pas reculé. Il était considéré comme implanté dans 83 des 96 départements métropolitains au début de l'année. La différence tient d'abord à la quantité de virus introduite par les voyageurs, beaucoup plus faible depuis le reflux de la grande épidémie de chikungunya à La Réunion.
Cette baisse ne suffit pas à déclarer la saison terminée. Dix nouveaux cas locaux de chikungunya ont été ajoutés en une semaine au bilan de Santé publique France. Les moustiques restent actifs et la surveillance renforcée se poursuit jusqu'au 30 novembre.
Le voyageur est souvent l'étincelle, pas toute l'histoire
En France métropolitaine, les virus de la dengue et du chikungunya ne circulent pas habituellement de manière permanente.
Le scénario surveillé par les autorités commence le plus souvent par une personne infectée pendant un séjour dans une zone où le virus circule. À son retour, elle est piquée par un moustique tigre alors que le virus est encore présent dans son sang. Après quelques jours d'incubation dans l'insecte, celui-ci peut infecter une autre personne.
Cette deuxième personne constitue un cas autochtone : elle a contracté la maladie localement sans avoir voyagé.
La chaîne peut ensuite se poursuivre. Un autre moustique peut piquer ce premier malade local, puis transmettre à son tour le virus. Le voyageur est généralement le point d'entrée, sans être pour autant à l'origine directe de tous les cas d'un foyer. Il arrive aussi que le cas importé initial ne soit jamais identifié, notamment lorsque son infection est peu symptomatique.
L'ampleur d'une transmission tient à plusieurs facteurs. Il faut des moustiques suffisamment nombreux, des températures favorables à la multiplication du virus dans l'insecte et un délai assez long avant le diagnostic et les mesures de lutte. Le centre européen de prévention et de contrôle des maladies distingue la vulnérabilité d'un territoire, c'est-à-dire l'arrivée de personnes infectées et sa capacité à les repérer, de sa réceptivité, liée au vecteur, au climat et à l'environnement.
Six épisodes locaux depuis le début de la saison
Au 17 août, Santé publique France avait identifié six épisodes de transmission locale de dengue ou de chikungunya.
Trois concernent le chikungunya :
- 16 cas à Prignac-et-Marcamps, en Gironde ;
- huit cas à Saint-Amans-Soult, dans le Tarn ;
- un cas à Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde.
Viennent ensuite trois épisodes de dengue :
- deux cas à Sète, dans l'Hérault ;
- un cas à Carmaux, dans le Tarn ;
- un cas à Mouleydier, en Dordogne.
Les épisodes de Prignac-et-Marcamps, de Saint-Amans-Soult et de Sète étaient encore considérés comme actifs dans le bulletin du 19 août. Les investigations se poursuivaient autour de ces foyers.
Pendant la même période, du 1er mai au 16 août, les autorités ont recensé 110 cas importés de chikungunya, 308 de dengue et 11 de Zika. Ces nombres décrivent les infections diagnostiquées : ils ne comprennent pas les personnes asymptomatiques ou non testées.
Pourquoi 2025 avait été exceptionnelle
La saison précédente avait changé d'échelle. Santé publique France a recensé 809 cas autochtones de chikungunya en 2025. Parmi eux, 790 appartenaient à 79 épisodes de transmission, comptant de un à 144 cas. Dix-neuf autres étaient isolés, sans lieu de contamination identifié. Les premiers symptômes avaient commencé le 27 mai et les derniers le 13 novembre.
Côté dengue, 30 cas locaux avaient été recensés, dont 29 répartis dans onze épisodes.
Santé publique France relie l'ampleur du chikungunya à l'épidémie qui touchait alors l'océan Indien, en particulier La Réunion. De nombreux voyageurs infectés avaient introduit le virus en métropole. La souche en circulation était particulièrement adaptée au moustique Aedes albopictus.
En 2026, la circulation du chikungunya a fortement diminué à La Réunion. Les importations sont plus rares et viennent désormais surtout de Maurice, de Guyane et de Mayotte. Au 16 août, six des 110 cas importés recensés revenaient de La Réunion.
Ce recul, en métropole, s'explique en grande partie par une pression d'importation plus faible. Le territoire, lui, demeure tout aussi propice au moustique.
La carte du moustique ne prédit pas le nombre de malades
Le moustique tigre a été détecté pour la première fois en métropole en 2004, à Menton. Au 1er janvier 2026, il était implanté dans 83 départements. Cette présence reste très inégale : un département peut être largement colonisé ou ne compter que quelques communes touchées.
Cette carte indique où une transmission peut survenir. Elle ne dit pas combien de cas apparaîtront.
Un département très colonisé peut ne connaître aucun foyer si aucun virus n'y est introduit. À l'inverse, un seul voyageur infecté peut amorcer plusieurs contaminations lorsque les moustiques sont nombreux, les températures favorables et le diagnostic tardif.
L'expansion du vecteur augmente le nombre de territoires réceptifs. Le transport routier et les échanges de marchandises contribuent à sa progression. Des périodes plus chaudes prolongent son activité et facilitent la multiplication des virus dans l'insecte.
Petit, diurne et généralement né à proximité
Le moustique tigre est petit, environ cinq millimètres. Son corps et ses pattes sont noirs et blancs, avec une ligne blanche visible sur le thorax. Il pique surtout le jour, tôt le matin et en fin d'après-midi, alors que les moustiques communs du genre Culex sont davantage actifs la nuit.
Il se déplace peu par son propre vol : ses trajets restent limités à quelques centaines de mètres au cours de sa vie. Un moustique observé dans un jardin est donc souvent né à proximité, même si l'espèce peut voyager beaucoup plus loin dans une voiture ou avec des marchandises.
La femelle pond dans de petites quantités d'eau : coupelles, seaux, jouets, pneus, gouttières, récupérateurs mal couverts ou terrasses sur plots. Vider ou retourner ces récipients au moins une fois par semaine réduit directement la population autour du domicile. Les réserves qui ne peuvent pas être vidées doivent être couvertes d'un filet empêchant l'accès aux moustiques.
Pour un voyageur, éviter les piqûres protège aussi les autres
Une personne revenant d'une zone où circulent la dengue, le chikungunya ou Zika doit continuer à se protéger contre les moustiques après son retour. Cette précaution reste utile même en l'absence de symptôme : une infection peut être discrète tout en permettant temporairement au virus de passer dans le sang et d'être prélevé par un moustique.
Les autorités sanitaires recommandent d'éviter les piqûres pendant trois semaines après le retour : vêtements couvrants, répulsifs adaptés, moustiquaires et ventilateurs. Une personne présentant de la fièvre, des douleurs articulaires ou musculaires, une éruption cutanée, des maux de tête ou une conjonctivite doit consulter en précisant son voyage et ses dates.
Ce qui se passe après le signalement d'un malade
Tous les cas de dengue, de chikungunya et de Zika documentés biologiquement doivent être signalés, qu'ils aient été contractés à l'étranger ou en France.
Le diagnostic déclenche une enquête épidémiologique et entomologique. Les autorités recherchent les lieux fréquentés par la personne pendant la période où elle pouvait infecter un moustique. Lorsque le vecteur est présent, une démoustication ciblée peut être décidée.
Quand un cas autochtone apparaît, le périmètre d'intervention est élargi. Santé publique France et l'agence régionale de santé recherchent d'autres malades auprès des professionnels du secteur et, parfois, par des enquêtes en porte-à-porte autour des cas connus.
Le signalement d'un moustique sur le portail de l'Anses répond à un autre objectif : suivre la progression géographique de l'espèce, surtout dans les communes où elle n'est pas encore implantée. Il ne déclenche pas, à lui seul, une opération de démoustication.
West Nile suit un autre cycle
Les 18 infections autochtones à virus West Nile recensées au 17 août relèvent d'un tout autre moustique : elles sont transmises par des moustiques du genre Culex, à partir d'un cycle dont les oiseaux constituent le principal réservoir.
Ces malades étaient répartis dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Pyrénées-Orientales, l'Aude, le Gard, la Haute-Garonne, l'Essonne et la Seine-Saint-Denis.
Cette différence interdit de généraliser la formule selon laquelle toute maladie transmise par un moustique devrait nécessairement être importée par un voyageur. Elle vaut pour le mécanisme habituellement observé avec la dengue et le chikungunya en métropole, pas pour l'ensemble des maladies portées par les moustiques.
Au 17 août, les 29 cas locaux de dengue et de chikungunya restent très éloignés du bilan exceptionnel de 2025. Trois foyers sont cependant encore actifs, et le dernier cas de chikungunya recensé avait commencé ses symptômes le 12 août. La comparaison définitive ne pourra être faite qu'après la fin de la surveillance renforcée, le 30 novembre.
À savoir
Les données de 2026 proviennent du bulletin de Santé publique France publié le 19 août, arrêté au 17 août pour les cas contractés en France et au 16 août pour les cas rapportés de l'étranger. Elles sont provisoires et peuvent être révisées au fil des enquêtes ou lorsqu'un nouveau cas est rattaché à un foyer.











