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Retraite :
qui a droit au calcul sur moins d'années grâce à ses enfants

Ce n'est pas le fait d'être mère qui ouvre le droit, mais la majoration de durée d'assurance reçue au titre des enfants.

Mis à jour le samedi 5 septembre 2026 — 09h03
9 min
Figurines de retraités posées sur le logo de l'Assurance retraite
Figurines de retraités sur le logo de l'Assurance Retraite, qui verse la pension de base du régime général.© Joël Saget / AFP

Depuis le 1er septembre, certains parents ont leur pension de base calculée sur 24 années de revenus au lieu de 25 lorsqu'ils ont des droits liés à un enfant, et sur 23 années à partir de deux enfants. La mesure concerne principalement des mères, mais elle ne leur garantit pas à toutes une hausse.

Tout tient à une seule opération : la caisse élimine une ou deux années supplémentaires parmi les moins favorables de la carrière.

La réforme ne modifie ni l'âge de départ, ni le nombre de trimestres exigé, ni la pension complémentaire. Elle ne s'applique pas non plus de la même manière aux fonctionnaires, dont la pension obéit à une autre formule.

Deux décrets du 29 juillet, publiés au Journal officiel le 31 et numérotés 2026-699 et 2026-700, mettent en œuvre l'article 104 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Ils s'appliquent aux pensions prenant effet le 1er septembre 2026 ou après.

Le droit dépend des trimestres attribués pour les enfants

Avoir un enfant ne suffit pas, juridiquement. Il faut bénéficier d'une majoration ou d'une bonification de durée d'assurance entrant dans le champ du décret.

Lorsque ces droits ont été accordés au titre d'un seul enfant, le revenu annuel moyen est calculé sur les 24 meilleures années. À partir de deux enfants concernés, il l'est sur les 23 meilleures années.

Dans le régime général, une mère reçoit automatiquement quatre trimestres au titre de la maternité. Des trimestres supplémentaires sont attribués pour l'adoption ou l'éducation. Pour les enfants nés ou adoptés à partir de 2010, une partie de ces droits peut être attribuée ou partagée avec l'autre parent. Des pères peuvent donc bénéficier du nouveau calcul lorsqu'ils ont eux-mêmes reçu les trimestres correspondants.

En pratique, le dispositif bénéficie très majoritairement aux femmes. Mais les décrets parlent de « bénéficiaires » de majorations et de bonifications, et non exclusivement de mères.

La date de départ fait la ligne de partage

La nouvelle formule ne dépend pas de la date à laquelle le dossier a été envoyé, mais du point de départ de la pension.

Une retraite ayant pris effet le 1er août 2026 reste calculée selon les anciennes règles, sans révision. Une pension prenant effet le 1er septembre ou plus tard peut, si les autres conditions sont remplies, bénéficier du calcul allégé.

Pour le régime général, le point de départ est fixé au premier jour d'un mois et ne peut pas être antérieur au dépôt de la demande. L'Assurance retraite recommande d'engager la démarche cinq mois avant la date choisie, et neuf mois avant pour un départ anticipé au titre d'une carrière longue, même si une demande plus tardive peut encore être déposée.

Retarder son départ ne doit cependant pas être décidé sur cette seule mesure. Un mois supplémentaire peut modifier les trimestres retenus, le salaire de l'année, la surcote éventuelle ou le calendrier de versement. Une simulation individuelle reste nécessaire.

La fonction publique ne passe pas aux meilleures années

Le calcul sur 23 ou 24 années vaut pour les régimes qui déterminent la pension à partir des meilleures années de revenus : le régime général, les salariés et les non-salariés agricoles, les clercs et employés de notaires, et le régime de retraite de Saint-Pierre-et-Miquelon. Le premier décret comporte aussi, à part, une mesure pour les agentes des collectivités et des hôpitaux et pour les ouvrières des établissements industriels de l'État, décrite plus bas. Cette mesure ne touche pas au nombre d'années retenues.

Les fonctionnaires titulaires relevant du service des retraites de l'État ou de la CNRACL obéissent à une autre formule. Leur pension est calculée à partir de leur dernier traitement indiciaire brut détenu depuis au moins six mois, multiplié par leur taux de liquidation et leur durée de services liquidables. Leur pension n'est donc pas recalculée sur les meilleures années.

Une personne ayant travaillé successivement dans le privé et dans la fonction publique peut percevoir plusieurs pensions. La réforme peut modifier la part versée par l'Assurance retraite sans changer celle versée au titre de sa carrière de fonctionnaire.

Ce qui change dans le calcul

Dans le régime général, la pension de base repose sur la formule suivante : la moyenne des revenus retenus, multipliée par le taux de la pension, multipliée par la durée d'assurance dans le régime rapportée à la durée exigée pour le taux plein.

À taux plein, le taux atteint 50 %. La durée utilisée dans le rapport est la durée d'assurance enregistrée dans le régime, et non uniquement le nombre de trimestres effectivement cotisés.

Jusqu'à présent, le revenu annuel moyen correspondait aux salaires des 25 années les plus favorables. Si une personne avait travaillé moins de 25 années, la caisse retenait toutes ses années de revenus. Les salaires sont revalorisés selon les coefficients applicables au moment du départ. Les indemnités journalières de maternité entrent dans le calcul.

La réforme ne recherche pas les années pendant lesquelles les enfants sont nés. Elle élimine simplement une ou deux années supplémentaires parmi les revenus les plus faibles.

Une année à temps partiel après une naissance peut ainsi sortir du calcul. Mais la même chose peut arriver à une année de début de carrière, de reconversion ou de faible activité sans rapport avec les enfants.

Les années entièrement dépourvues de salaire n'abaissent pas automatiquement la moyenne : celles qui ne comprennent que des périodes assimilées, sans revenu soumis à cotisations, ne sont en principe pas retenues.

Un gain possible, mais pas une hausse uniforme

Le mécanisme ne peut pas faire baisser le résultat : retirer l'une des années les moins favorables maintient ou augmente la moyenne. Cela ne signifie pas que le montant versé progressera dans tous les dossiers.

Prenons une illustration purement arithmétique. Une personne possède 24 années revalorisées à 30 000 euros et une année à 15 000 euros. Sur 25 années, son revenu moyen atteint 29 400 euros. Si elle bénéficie du calcul sur 24 années, l'année à 15 000 euros disparaît et la moyenne monte à 30 000 euros.

Avec un taux plein de 50 % et une carrière complète dans le régime, l'écart représenterait 300 euros bruts de pension par an, soit 25 euros par mois. Ce cas ne constitue pas une estimation moyenne : il montre seulement comment fonctionne la formule.

Une personne peut ne constater aucun changement lorsque :

  • elle ne bénéficie pas des trimestres ou bonifications visés par le décret ;
  • elle relève d'un régime qui ne calcule pas sa pension sur les meilleures années ;
  • elle possède moins de 24 années de revenus avec un enfant, ou moins de 23 avec au moins deux ;
  • les revenus des années retirées sont identiques à ceux des années conservées ;
  • sa pension a pris effet avant le 1er septembre.

À l'inverse, une carrière régulière peut bénéficier de la mesure. Lorsque les salaires ont progressivement augmenté, la vingt-cinquième meilleure année est généralement moins favorable que les suivantes, même sans interruption liée aux enfants.

La décote ne supprime pas nécessairement le bénéfice. Elle réduit le taux de la pension, mais ce taux continue de s'appliquer à un revenu annuel moyen qui peut avoir augmenté.

La moitié des femmes, dit le gouvernement

Lors de la présentation du budget de la Sécurité sociale, le gouvernement annonçait que la mesure profiterait à la moitié des femmes partant à la retraite à partir de 2026. Cette proportion porte sur l'ensemble des femmes qui partent à la retraite, et non sur les seules personnes juridiquement éligibles au nouveau calcul. Elle dit combien de femmes sont concernées, pas de combien leur pension augmente.

Ce que touchera chacune dépend de la liste exacte des revenus inscrits au relevé de carrière, du nombre de régimes auxquels la personne a cotisé, de son taux de liquidation et d'un éventuel minimum ou plafond de pension.

Deux trimestres pour la carrière longue, quel que soit le nombre d'enfants

Un second changement concerne les personnes qui ont commencé à travailler jeunes.

Pour obtenir une retraite anticipée au titre d'une carrière longue, il faut réunir des trimestres au début de la vie professionnelle et une durée d'assurance considérée comme cotisée. Pour les pensions de septembre 2026 et des mois suivants, des trimestres accordés au titre des enfants peuvent entrer dans cette seconde durée, dans la limite de deux trimestres par assuré.

Le plafond vaut par personne, pas par enfant. Avec trois enfants, on ne peut pas faire retenir six trimestres : le maximum reste de deux.

Ces deux trimestres ne suffisent pas, à eux seuls, à ouvrir un droit. Ils peuvent permettre de compléter la durée exigée chez une personne qui remplit déjà les autres conditions de la carrière longue. Le gouvernement estimait, à l'automne, que plus de 13 000 femmes nées après 1970 pourraient ainsi partir plus tôt.

Un trimestre liquidable pour certaines agentes publiques

Le premier décret comporte enfin une disposition distincte pour les femmes fonctionnaires territoriales et hospitalières relevant de la CNRACL, ainsi que pour les ouvrières des établissements industriels de l'État.

Pour ces mêmes pensions, un trimestre par enfant est ajouté à la durée utilisée pour calculer leur pension lorsque l'enfant est né à partir du 1er janvier 2004 et que l'accouchement est intervenu après leur recrutement.

Ces femmes bénéficiaient déjà de deux trimestres supplémentaires de durée d'assurance par enfant. L'un d'eux est désormais liquidable : il ne sert plus seulement à atteindre le taux plein, il entre aussi dans le calcul du montant de leur pension.

Vérifier le relevé avant de comparer les dates

Le simulateur officiel Mon estimation retraite, accessible depuis le compte retraite, intègre le calcul sur 23 ou 24 années pour le régime général, la Mutualité sociale agricole et la Cavimac, et permet d'ajouter ou de vérifier les informations relatives aux enfants. Les deux trimestres pour la carrière longue et le trimestre des agentes publiques devaient y être ajoutés dans le courant de l'année, selon Service-Public.

Avant toute simulation, les assurés doivent contrôler que leurs enfants et les majorations correspondantes figurent bien dans leur relevé de carrière. Une erreur d'attribution des trimestres peut modifier à la fois la moyenne retenue, la durée d'assurance et l'accès éventuel à une carrière longue.

La réforme s'applique automatiquement lorsque la caisse dispose des bonnes informations. Elle ne nécessite pas de demande séparée, mais elle ne corrige pas un relevé de carrière incomplet.

L'essentiel

  • Le calcul allégé vaut pour les pensions prenant effet le 1er septembre 2026 ou après : un départ en août reste sur 25 années.
  • La condition n'est pas d'être mère, mais d'avoir reçu une majoration de durée d'assurance au titre de ses enfants.
  • Pour partir plus tôt au titre d'une carrière longue, les trimestres liés aux enfants comptent, mais deux au maximum par personne, et non deux par enfant.

Questions fréquentes

À partir de quand le nouveau calcul s'applique-t-il ?
Aux retraites qui prennent effet le 1er septembre 2026 ou après. Une pension partie le 1er août reste calculée sur vingt-cinq années, et elle n'est pas révisée.
Faut-il être une femme pour en bénéficier ?
Non. Ce qui compte, c'est d'avoir obtenu les trimestres supplémentaires que la Sécurité sociale accorde aux parents. Une mère y a droit du fait de l'accouchement. Un père peut y avoir droit si le couple a choisi de lui attribuer ceux qui récompensent l'éducation.
Combien d'années sont retenues, et selon quel critère ?
Vingt-quatre pour un enfant, vingt-trois à partir de deux, contre vingt-cinq pour les autres assurés. Le critère est le nombre d'enfants ayant ouvert droit à la majoration, pas le nombre d'enfants élevés.
La carrière longue, c'est deux trimestres par enfant ?
Non, et l'erreur circule beaucoup. Le plafond vaut pour la personne, pas pour chaque enfant : deux trimestres au total, qu'on en ait eu un ou quatre.
De combien la pension va-t-elle augmenter ?
Personne ne peut le dire par avance pour un cas donné. Le gouvernement avance une proportion, pas un montant : la moitié des femmes partant à la retraite à partir de 2026 y gagneraient. Aucune caisse ne publie de gain par profil. Tout dépend de la profondeur des années écartées et de la durée cotisée.
Quand faut-il déposer sa demande ?
Le départ prend toujours effet un premier du mois, et jamais avant le dépôt du dossier. L'Assurance retraite conseille de s'y prendre cinq mois à l'avance, et neuf mois pour un départ anticipé au titre d'une carrière longue, afin que le premier versement tombe à la bonne date.

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