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Santé mentale des jeunes :
pourquoi les psychotropes explosent en France

Plus de troubles, ou simplement plus de jeunes soignés ? Ce que mesurent réellement ces remboursements, pourquoi les filles sont deux fois plus nombreuses, et où trouver de l'aide.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 09h57
4 min
Boîtes d'antidépresseurs et d'antipsychotique sur le comptoir d'une pharmacie française
Boîtes de Sertraline, Venlafaxine et Quétiapine (antidépresseurs et antipsychotique) sur le comptoir d'une pharmacie française.© AFP / Jean-François Fort / Hans Lucas

Sur le comptoir d'une pharmacie, trois boîtes attendent leur propriétaire : un antidépresseur, un anxiolytique, un régulateur de l'humeur. Rien d'inhabituel, sauf que l'ordonnance, de plus en plus souvent, porte le nom d'un adolescent. En 2023, 936 000 Français de 12 à 25 ans ont été remboursés d'au moins un médicament psychotrope. Le chiffre, avancé par l'Assurance Maladie, met un nombre sur ce que les soignants constatent depuis des années : la santé mentale des jeunes se dégrade, et les prescriptions suivent.

D'où vient ce décompte, et ce qu'il mesure exactement

La donnée figure dans le rapport annuel « Charges et Produits » de l'Assurance Maladie, dans son édition pour 2025, présentée le 19 juillet 2024. Elle porte sur l'année 2023 et recense les 12-25 ans remboursés d'au moins un psychotrope — antidépresseur, anxiolytique, antipsychotique ou somnifère — au cours de l'année. Soit 5 % de plus qu'en 2022 et 18 % de plus qu'en 2019 : 144 000 jeunes de plus en quatre ans. L'Assurance Maladie en a présenté deux autres depuis, en juin 2025 puis en juillet 2026.

Les antidépresseurs, moteur de la hausse

Sur la période 2019-2023, l'Assurance Maladie relève une hausse de 60 % des antidépresseurs chez les jeunes, de 38 % des antipsychotiques et de 8 % des anxiolytiques. Le mouvement se confirme sur une durée plus longue : selon le groupement scientifique EPI-PHARE, qui réunit la Cnam et l'ANSM, la délivrance d'antidépresseurs aux enfants et adolescents a bondi de près de 63 % entre 2014 et 2021.

Des jeunes filles bien plus concernées

Environ 62 % des jeunes sous psychotropes sont des filles, un déséquilibre que l'on retrouve dans toutes les études. La tendance recoupe celle de la dépression. D'après Santé publique France, sa prévalence chez les 18-24 ans a quasiment doublé entre 2017 et 2021. Les jeunes femmes paient le tribut le plus lourd à cette dégradation, sans que les causes de cet écart soient pleinement établies.

Le Covid, accélérateur d'une crise plus ancienne

Santé publique France identifie la pandémie de Covid-19 comme un accélérateur net : confinements, isolement, incertitude sur l'avenir ont pesé sur une génération déjà fragile. Mais la courbe montait avant 2020. À ces facteurs s'ajoutent des pressions plus récentes, des réseaux sociaux aux usages problématiques de l'intelligence artificielle conversationnelle. La pandémie a donc amplifié une courbe qui montait déjà.

Plus de troubles, ou meilleure prise en charge ?

Une hausse des prescriptions peut traduire trois choses très différentes : une augmentation réelle des troubles, une médicalisation plus large de la souffrance psychique, ou un meilleur accès aux soins pour des jeunes longtemps sous-diagnostiqués. Les sources officielles se gardent de conclure : ces données mesurent des remboursements, pas des diagnostics.

Une pédopsychiatrie à bout de souffle

Le système de soins, lui, est débordé. La France compterait environ 1,6 million de mineurs présentant un trouble psychique, dont seuls 750 000 à 850 000 sont effectivement suivis — à peu près un sur deux. Le nombre de pédopsychiatres a chuté de plus d'un tiers entre 2010 et 2022, au point que trente-deux départements n'en comptent plus qu'un seul.

Selon une étude de la DREES publiée en mars 2025, il fallait en moyenne six mois d'attente avant une première consultation en centre médico-psycho-pédagogique en 2022, et jusqu'à deux à trois ans dans certains territoires, comme le Lot. L'hôpital public, lui aussi sous pression, peine à absorber les situations les plus lourdes.

Mon soutien psy et les autres réponses

Plusieurs leviers tentent d'élargir l'accès. Le dispositif Mon soutien psy rembourse jusqu'à douze séances par an chez un psychologue — une séance d'évaluation puis onze de suivi, à 50 euros, prises en charge à 60 % par l'Assurance Maladie et le reste par les complémentaires. Depuis juin 2024, l'ordonnance n'est plus exigée. La dispense d'avance de frais reste réservée à certains patients : bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire ou de l'aide médicale de l'État, femmes enceintes, séances liées à une affection de longue durée ou à un accident du travail. Le maillage de proximité doit aussi s'appuyer sur les futures maisons France Santé.

L'ANSM a lancé une campagne sur le bon usage des traitements de l'anxiété et de l'insomnie, dont l'efficacité au long cours est discutée chez les plus jeunes. Dans le même temps, une quinzaine de médicaments de psychiatrie ont connu des ruptures ou des tensions d'approvisionnement depuis janvier 2025, selon les pharmaciens, compliquant le suivi de patients déjà fragiles.

Où trouver de l'aide

Plusieurs ressources existent pour les jeunes en souffrance et leur entourage. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 heures sur 24. Fil Santé Jeunes (0 800 235 236) répond aux 12-25 ans de façon anonyme. Le médecin traitant et les centres médico-psychologiques demeurent les premières portes d'entrée vers un suivi durable.

L'essentiel

  • Les remboursements de psychotropes chez les 12-25 ans ont augmenté de 18 % en quatre ans, et les antidépresseurs à eux seuls de 60 %.
  • Les filles représentent environ 62 % des jeunes concernés ; le Covid a accéléré une dégradation déjà amorcée avant 2020.
  • Un remboursement n'est pas un diagnostic : la hausse peut venir d'une souffrance qui progresse, d'une médicalisation plus large, ou de jeunes enfin pris en charge — et les sources officielles refusent de trancher.

Questions fréquentes

Combien de jeunes sont sous psychotropes en France ?
L'Assurance Maladie en a compté 936 000 pour la seule année 2023, dans l'édition 2025 de ses « Charges et Produits », parmi les adolescents et les jeunes adultes jusqu'à vingt-cinq ans. La progression atteint 5 % sur un an, et 18 % par rapport à 2019.
Quels médicaments augmentent le plus chez les jeunes ?
Les antidépresseurs, de loin : leur progression approche 60 % en quatre ans chez les 12-25 ans, devant les antipsychotiques et, très loin derrière, les anxiolytiques. Sur une période plus longue, EPI-PHARE mesure une hausse comparable pour les moins de dix-huit ans.
Pourquoi les filles sont-elles plus concernées ?
Près de deux tiers des jeunes sous traitement sont des adolescentes ou de jeunes femmes, et la dépression a presque doublé chez les 18-24 ans entre 2017 et 2021, d'après Santé publique France. Aucune explication solide n'est avancée pour cet écart entre les sexes.
Cette hausse signifie-t-elle que les jeunes vont plus mal ?
Pas à elle seule. Le même chiffre peut résulter d'une souffrance qui progresse, d'une médicalisation plus large ou d'un meilleur accès aux soins, et rien dans les données publiées ne permet de choisir entre ces explications. Ce qui est compté, ce sont des boîtes remboursées, pas des malades diagnostiqués.
Comment se faire aider ?
Douze séances de psychologue par an sont prises en charge, et l'on peut prendre rendez-vous sans passer d'abord chez un médecin. Pour parler à quelqu'un tout de suite : le 3114, gratuit et ouvert jour et nuit, ou Fil Santé Jeunes au 0 800 235 236, sans donner son nom. Pour un suivi qui s'inscrit dans la durée, la porte d'entrée reste le généraliste ou un centre médico-psychologique.

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