- Inflation à 2,2 % sur un an en avril 2026, contre 1,7 % en mars (estimation provisoire INSEE du 30 avril, résultats définitifs attendus le 13 mai)
- Énergie : +14,2 % sur un an (contre 7,4 % en mars) — c'est ici que ça pique. Tirée par les produits pétroliers, conséquence directe de la fermeture du détroit d'Ormuz
- Alimentation : ralentissement. À fin février, hausse moyenne sortie des négociations Egalim : + 0,05 % demandée par les industriels — loin des + 3,5 % réclamés. Plusieurs familles en baisse
- Produits manufacturés en baisse légère sur un an, plus vite qu'en mars. Services en hausse modérée. Tabac stable
- Réouverture Egalim demandée par les industriels début avril (Yoplait, Soignon) après la flambée des emballages, engrais, gazole agricole. Le ministre du Commerce Serge Papin parle d'« option »
2,2 %. C'est l'inflation française en avril 2026 sur un an, selon l'estimation provisoire publiée par l'INSEE le 30 avril. Le mois précédent, le chiffre était de 1,7 %. La hausse est nette. Les résultats définitifs sont attendus le 13 mai.
Mais cette moyenne cache une réalité plus contrastée. Tous les postes du budget des ménages ne sont pas frappés de la même façon. Certains accélèrent. D'autres reculent. Et la composition du panier français des dernières décennies — moins d'alimentation, plus de logement, beaucoup d'énergie — détermine où l'inflation pique vraiment.
Voici la cartographie d'avril 2026, poste par poste.
Énergie : + 14,2 % sur un an, presque le double de mars
C'est le chiffre qui retient l'attention. Les prix de l'énergie ont augmenté de 14,2 % sur un an en avril, contre 7,4 % en mars. Le doublement de l'inflation énergétique en un mois est rare dans les statistiques de l'INSEE. La cause est identifiée : les produits pétroliers, dont les cours ont bondi depuis le 28 février et le déclenchement de la guerre Iran-États-Unis.
Le baril de Brent a atteint 126 dollars le 30 avril en intra-day, son plus haut depuis juin 2022. À la pompe, les prix moyens nationaux au 2 mai s'établissent à 2,194 €/L pour le gazole, 2,017 €/L pour le SP95-E10 selon Roole. Le plafonnement TotalEnergies à 1,99 €/L essence et 2,25 €/L gazole, mis en place le 8 avril, joue un rôle d'amortisseur dans 3 300 stations — détaillé dans notre décryptage du plafond Total.
Sur le gaz, la Commission de régulation de l'énergie a relevé son prix repère de 15,4 % au 1er mai, pour atteindre 160,54 €/MWh TTC. Les sept millions de foyers indexés sur ce repère verront la hausse répercutée sur leur facture, comme nous l'expliquions dans notre guide sur la facture de gaz.
L'électricité reste, elle, un point d'amortissement français. Le tarif réglementé EDF en option Base est en légère baisse de 0,3 % depuis le 1er février — exception européenne portée par le mix nucléaire. Le contrat à terme baseload français pour 2027 se négocie autour de 55 €/MWh, contre plus de 90 € en Allemagne.
Alimentation : le ralentissement que personne n'avait vu venir
C'est le poste où la perception et les chiffres divergent le plus. L'INSEE indique pour avril 2026 un ralentissement des prix alimentaires sur un an. Sortie des négociations Egalim achevées le 1er mars, la grande distribution n'a accordé en moyenne que + 0,05 % de hausse aux industriels — loin des 3,5 % qu'ils demandaient initialement.
Le détail par famille, repris par moneyvox et Que Choisir, va même plus loin. Les baisses dominent dans plusieurs catégories :
- Épicerie salée : baisse 0,3 à 0,5 %
- Produits frais : baisse 0,3 à 0,5 %
- Produits laitiers : baisse 0,3 à 0,5 %
- Boissons : baisse 0,3 à 0,5 %
- Épicerie sucrée : hausse environ 1 %
- Surgelés : hausse environ 1 %
Michel-Édouard Leclerc et Dominique Schelcher, président de Système U, ont affirmé en mars que le prix moyen du panier de courses resterait stable à court terme. L'inflation alimentaire mesurée par l'INSEE début 2026 ne dépassait pas 1 % sur un an.
L'effet du conflit Iran-États-Unis a néanmoins commencé à se faire sentir. Plusieurs industriels — coopératives laitières derrière Yoplait et Soignon notamment — ont demandé dès début avril la réouverture des négociations Egalim 2026, en arguant de la flambée des emballages, des engrais, et du gazole agricole. Serge Papin, ministre du Commerce et des PME, a répondu que la réouverture « est une option, mais nous n'en sommes pas encore là ».
Au stade où nous en sommes, l'alimentation contribue donc moins à l'inflation que ne le laisse penser le ressenti. Ce qui ne signifie pas que les structures sous-jacentes sont stables. La shrinkflation et la flambée du café dessinent en parallèle des tensions qui n'apparaissent pas toujours dans les indices.
Manufacturés en baisse, services en hausse modérée
Les prix des produits manufacturés baissent légèrement sur un an, et plus rapidement qu'en mars selon l'INSEE. Cette catégorie regroupe l'habillement, l'électroménager, le mobilier, les véhicules, les équipements informatiques. La concurrence asiatique, l'effet déflationniste des grandes plateformes en ligne et la baisse de la demande continuent à peser. L'effet de la guerre Iran-États-Unis est, sur ce poste, encore peu sensible.
Les services accélèrent légèrement sur un an. Cette catégorie inclut les loyers, les assurances, les transports, les soins médicaux, l'éducation, les loisirs, la restauration. La hausse y est plus diffuse mais structurelle : effet rattrapage post-Covid, hausse des salaires dans certains secteurs, pression sur les marges.
Le tabac reste sur le même rythme qu'en mars — encadré par l'État via la fiscalité.
Dans le budget réel d'un ménage français : où ça pique
La structure du budget des ménages français a profondément évolué depuis cinquante ans, selon les enquêtes Budget de famille de l'INSEE.
- Logement et énergie : plus de 25 % du budget moyen, premier poste de dépense depuis les années 1980. L'énergie représente à elle seule environ 16 % des dépenses logement.
- Alimentation et tabac : 15,9 % en 2023, contre 29 % en 1960. Le poids du panier alimentaire a fondu en deux générations.
- Transport : autour de 13 %, en progression continue avec l'usage automobile et l'éloignement domicile-travail.
- Santé, communication, loisirs : en hausse depuis vingt ans.
L'arithmétique du choc d'avril 2026 devient lisible. Une hausse de 14,2 % sur un poste qui pèse plus de 25 % du budget — l'énergie au sens large, intégrée au logement et au transport — produit un effet réel sur le pouvoir d'achat. Sur un budget mensuel total de 2 000 euros, une hausse de 14,2 % sur la facture énergie de 250 euros représente 35 euros mensuels de pouvoir d'achat en moins. Ce qui équivaut, à peu près, à la hausse perdue sur le panier alimentaire — qui, lui, reste stable.
Le ressenti d'inflation est donc justifié, mais sa cause vraie est l'énergie, pas le caddie.
Ce qui peut basculer dans les semaines qui viennent
Trois variables sont à surveiller pour le chiffre de mai et l'INSEE de fin juin.
La première est la durée de la tension à Ormuz. Le 4 mai, la marine américaine a lancé l'opération « Project Freedom » pour escorter les navires marchands à travers le détroit. Si l'escorte fonctionne durablement, les cours du baril pourraient se détendre dans les semaines qui viennent, freinant l'inflation énergétique sur mai et juin. À l'inverse, une escalade militaire ferait grimper davantage le pétrole.
La deuxième est la décision sur Egalim. Si le gouvernement valide une réouverture des négociations alimentaires en cours d'année, les industriels obtiendront mécaniquement les hausses qu'ils n'ont pas eues en mars. L'inflation alimentaire pourrait alors rejoindre l'inflation énergétique — au pire moment. La promesse non tenue du chèque alimentaire prendrait alors une autre dimension politique.
La troisième est la BCE. Le Conseil des gouverneurs a maintenu le taux de la facilité de dépôt à 2 % le 30 avril. Plusieurs économistes estiment qu'une hausse de 25 points de base à 2,25 % pourrait intervenir en juin. Christine Lagarde, en conférence de presse, a indiqué que « les risques sur les perspectives d'inflation sont orientés à la hausse ». Une remontée des taux pèserait sur le crédit immobilier, déjà sensible.











