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Cuivre :
710 000 tonnes par an sous la Pologne, la moitié du métal européen

À 1 000 mètres sous la Basse-Silésie polonaise, KGHM produit 710 000 tonnes de cuivre par an et fournit jusqu'à la moitié du métal consommé en Europe. Le cuivre a bondi de +43 % récemment et touché 14 527 $/t. Voici pourquoi ce métal est devenu le pétrole du XXIe siècle.

Mis à jour le lundi 25 mai 2026 — 06h34
13 min
Mine de cuivre KGHM à Polkowice-Sieroszowice en Basse-Silésie polonaise, exploitation à 1000 mètres de profondeur
Mine de Polkowice-Sieroszowice (KGHM, Basse-Silésie) : à 1 000 mètres sous terre, le métal qui pourrait alléger la dépendance européenne à la Chine.© Wojtek RADWANSKI / AFP

Mise à jour — 1er mai 2026. Cessez-le-feu Iran-États-Unis depuis le 8 avril, mais les négociations restent fragiles : le 30 avril, le Brent s'est envolé jusqu'à 126 dollars en intraday avant de se replier autour de 122-125 dollars sur fond d'évocation d'un blocus prolongé d'Ormuz. La crise rappelle brutalement la dépendance européenne aux flux maritimes pour ses matières premières. Le cuivre polonais de KGHM, entièrement européen de l'extraction au raffinage, incarne l'exception — et la limite — de la souveraineté industrielle du continent.

L'Essentiel
  • KGHM (Pologne) a produit 710 000 t de cuivre et 1 323 t d'argent en 2025. Le groupe fournit 40 à 50 % du cuivre consommé en Europe.
  • Cuivre +43 % en 2025 (plus forte hausse annuelle depuis 2009). Record : 14 527 $/t le 29 janvier 2026. Autour de 12 200 à 13 350 $/t à la mi-avril 2026.
  • AIE : déficit de 30 % de l'offre d'ici 2035, jusqu'à 800 milliards $ d'investissements nécessaires d'ici 2040.
  • CNUCED : 80 nouvelles mines à construire d'ici 2030 pour combler la demande mondiale (+40 % d'ici 2040).
  • Trump : tarif 50 % sur le cuivre semi-fini depuis le 1er août 2025. Minerais et cathodes restent exemptés.

À mille mètres sous la Basse-Silésie, dans la mine de Polkowice-Sieroszowice, des bras robotisés et des mineurs polonais creusent le métal dont la transition énergétique européenne ne peut plus se passer.

KGHM Polska Miedź, géant minier coté à Varsovie, est l'un des grands producteurs mondiaux de cuivre et figure parmi les principaux producteurs d'argent au monde. Surtout : c'est la seule grande filière intégrée — de l'extraction au raffinage — qui demeure entièrement européenne. À l'heure où la Chine concentre l'essentiel du raffinage mondial des métaux critiques, ce détail n'est pas anodin. Il pourrait s'avérer décisif.

Une histoire qui commence à 1 000 mètres sous la Basse-Silésie

La mine de Polkowice-Sieroszowice est l'une des plus profondes d'Europe. Mille mètres de roche au-dessus de la tête, températures qui grimpent à mesure que l'on descend, ventilation assistée par intelligence artificielle pour évacuer la chaleur et les poussières. Le reportage de l'AFP en avril 2026 décrivait une mine high-tech : foreuses autonomes, bras robotisés, cartographie 3D des galeries.

Mais la haute technologie ne change rien à la nature du métier. L'extraction reste lourde, gourmande en eau et en énergie. Le paradoxe est entier : pour produire les métaux qui alimentent la transition énergétique, il faut des mines qui sont elles-mêmes énergivores. KGHM est l'un des plus gros consommateurs industriels d'électricité de Pologne. Le groupe couvre désormais environ un quart de ses besoins via ses propres sources, dont 50 MW de solaire déjà installés en Basse-Silésie et alentours, avec un objectif affiché d'au moins 50 % d'autoproduction bas carbone d'ici 2030.

Les réserves prouvées du gisement de Basse-Silésie sont, selon la direction du groupe, « estimées à au moins quarante ans » d'exploitation aux rythmes actuels. Quarante ans, à l'échelle d'une transition énergétique qui doit être bouclée d'ici 2050, c'est précieux. C'est même rare : la majorité des grandes mines mondiales arrivent en fin de cycle, avec des teneurs en minerai qui baissent et des coûts qui grimpent.

Pourquoi le cuivre est devenu stratégique : quatre chiffres qui comptent

Le cuivre conduit l'électricité mieux que presque tous les autres métaux — à l'exception, pour des coûts prohibitifs, de l'argent. Il est partout dans la transition énergétique : moteurs électriques, câbles, transformateurs, panneaux solaires, éoliennes, réseaux de distribution. Quatre chiffres résument l'enjeu.

1. Une voiture électrique consomme près de quatre fois plus de cuivre qu'une thermique. En moyenne, 23 kg pour un véhicule à combustion contre 83 kg pour un véhicule entièrement électrique, selon les données de l'industrie — soit un facteur 3,6 à grammage utile constant. L'écart se loge essentiellement dans le bobinage des moteurs et la connectique haute tension.

2. Une éolienne consomme entre 4 et 10 tonnes de cuivre par mégawatt installé, selon la technologie (terrestre ou marine). Pour atteindre les objectifs européens, il faudra installer des dizaines de gigawatts supplémentaires chaque année — soit des centaines de milliers de tonnes de cuivre rien que pour le vent.

3. La demande mondiale de cuivre va grimper de plus de 40 % d'ici 2040 selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime de son côté que le déficit pourrait atteindre 30 % de l'offre d'ici 2035, voire 40 % dans le scénario Net Zero.

4. L'intelligence artificielle va à elle seule faire bondir la demande de cuivre de 50 % d'ici 2040, selon S&P Global. Les data centers qui hébergent les modèles d'IA sont des gouffres à câblage : un seul site hyperscale peut consommer des centaines de tonnes de cuivre.

Pour combler l'écart entre l'offre et la demande, la CNUCED estime qu'il faudra construire 80 nouvelles mines de cuivre d'ici 2030, pour un investissement cumulé d'environ 250 milliards de dollars. L'AIE va plus loin et chiffre les besoins en investissement de la filière à 500 à 800 milliards de dollars d'ici 2040, selon le scénario climatique retenu.

Cours : flambée 2025-2026, record à 14 527 dollars la tonne

Le marché a anticipé. Le cuivre a réalisé en 2025 sa plus forte hausse annuelle depuis 2009 : +43 %, contre +2,6 % en 2024. Deux facteurs principaux expliquent l'envolée 2025 : les perturbations sur de grandes mines mondiales (Grasberg en Indonésie notamment) qui ont resserré l'offre, et la demande structurelle tirée par l'IA et la transition énergétique. Début 2026, un troisième facteur s'est ajouté avec la crise Iran-Ormuz, qui a fait flamber les coûts énergétiques de l'extraction et du raffinage.

Le 29 janvier 2026, le cours du cuivre sur le London Metal Exchange a touché un record historique en intraday à 14 527,50 dollars la tonne. Au premier trimestre, il a franchi pour la première fois la barre des 6 dollars la livre, soit environ 13 190 dollars la tonne. À la mi-avril 2026, après l'accalmie liée au cessez-le-feu d'Ormuz, le métal s'échangeait entre 12 200 et 13 350 dollars la tonne selon le contrat (spot, LME 3 mois, Comex), avec un pic à 13 347 dollars le 16 avril.

Pour les industriels européens, ces niveaux sont durables : ils intègrent le déficit structurel d'offre attendu jusqu'en 2035. Et ils renchérissent mécaniquement le coût des éoliennes, des voitures électriques et des réseaux. La transition énergétique a un prix — et il est libellé en cuivre.

La taxe Trump du 1er août 2025 : ce qu'elle change vraiment

Le 30 juillet 2025, Donald Trump a signé une proclamation présidentielle imposant un tarif douanier de 50 % sur le cuivre semi-fini importé aux États-Unis, en application de la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962 (sécurité nationale). Effet au 1er août 2025.

Le périmètre est précis : sont concernés les tubes, fils, barres, plaques, fittings, câbles, connecteurs et composants électriques contenant du cuivre. En revanche, les formes brutes — minerais, concentrés, mattes, anodes, cathodes et déchets de cuivre — restent exemptées. Le tarif s'applique uniquement à la valeur du cuivre dans le produit fini, pas au produit entier.

L'effet a été immédiat : les prix du cuivre brut aux États-Unis ont chuté brièvement (les importateurs n'avaient plus besoin de stocker en avance), tandis que les fabricants européens et asiatiques de produits semi-finis ont vu leur compétitivité s'éroder sur le marché américain. Pour KGHM, qui exporte essentiellement de la cathode et du concentré, l'impact direct est limité. Pour les transformateurs européens (câbliers, fabricants de tubes), c'est une nouvelle barrière à franchir.

Le 2 avril 2026, la Maison Blanche a renforcé le dispositif avec un tarif additionnel de 25 % sur les produits dérivés contenant de l'acier, de l'aluminium ou du cuivre — une mesure qui complète le filet protectionniste autour de la filière américaine du métal.

Chargeuse minière numérotée 146 en galerie souterraine, mine de cuivre KGHM Polkowice-Sieroszowice en Basse-Silésie polonaise
Une chargeuse souterraine n°146 dans les galeries de KGHM, premier producteur européen de cuivre. AFP / Wojtek Radwanski

KGHM, le champion européen méconnu

Le groupe polonais a généré plus de 36 milliards de zlotys de chiffre d'affaires en 2025, soit environ 8,4 milliards d'euros. Sa production : 710 000 tonnes de cuivre payable au niveau du groupe (en ligne avec son budget) et 1 323 tonnes d'argent (+0,5 % par rapport à 2024). En Pologne, l'extraction de cuivre concentré a atteint 401 100 tonnes (+0,2 %). KGHM est entré dans le top 50 des sociétés minières les plus valorisées au monde.

Sa filière intégrée constitue son atout principal. Contrairement à la plupart des concurrents qui exportent leurs concentrés vers la Chine pour le raffinage, KGHM dispose en Pologne de ses propres fonderies et raffineries — Głogów I et II, Legnica. Toute la chaîne reste sur le sol européen, de la roche jusqu'à la cathode pure.

Le groupe possède aussi des actifs internationaux. Au Chili, la mine Sierra Gorda (cuivre et molybdène, à ciel ouvert) a produit en 2025 environ 86 800 tonnes de cuivre payable au prorata de la part de KGHM (55 %). Aux États-Unis, KGHM exploite les mines Robinson (Nevada) et Carlota (Arizona). En Ontario (Canada), le groupe a en revanche cédé en février 2025 ses actifs historiques du bassin de Sudbury à Magna Mining, mais conserve le projet de développement Victoria. L'extraction polonaise reste le cœur du modèle.

Souveraineté : l'Europe extrait, mais la Chine raffine

Le rapport spécial de la Cour des comptes européenne sur les matières premières critiques, publié en avril 2026, est sans appel : l'Europe dépend toujours de la Chine pour plus de 60 % du raffinage de ses métaux stratégiques (lithium, cobalt, terres rares, magnésium, gallium, germanium notamment).

Le cuivre est l'une des rares exceptions partielles, grâce à KGHM et à quelques fonderies allemandes (Aurubis), espagnoles et bulgares. Mais l'exception ne fait pas une stratégie. Pour les autres métaux critiques, la dépendance chinoise est totale ou quasi totale.

Cette concentration géographique du raffinage est devenue, depuis la crise d'Ormuz, un sujet de vulnérabilité majeur. Tout comme la Désindustrialisation chimique en Europe : 9 % de capacités, 90 000 emplois en jeu dépend du gaz et des engrais transitant par le Golfe, la filière des matériaux critiques dépend des arbitrages chinois — sur les volumes, les prix, les taxes à l'export. Pékin a démontré ces dernières années qu'il sait utiliser cette dépendance comme levier diplomatique.

Les 47 projets stratégiques européens : labellisés, pas en production

En réponse, l'Union européenne a adopté en 2024 le Critical Raw Materials Act, qui fixe des objectifs chiffrés : 10 % de l'extraction, 40 % de la transformation et 25 % du recyclage des matières premières critiques doivent être assurés sur le sol européen d'ici 2030. La Commission a labellisé 47 projets stratégiques dans 13 États membres : extraction, transformation, recyclage de cuivre, lithium, nickel, cobalt, manganèse, terres rares.

Le décalage entre la labellisation et la production effective est colossal. Selon S&P Global, une mine de cuivre lancée entre 2020 et 2023 a mis en moyenne 17,9 ans entre la découverte et la mise en production. Aux États-Unis, le délai est encore plus long : 31,8 ans en moyenne pour le cuivre, contraint par des procédures de permis particulièrement longues. En Europe, les contraintes environnementales, les recours juridiques et la concertation locale ne raccourcissent pas le calendrier — l'exemple du projet de lithium Jadar de Rio Tinto en Serbie, annulé en 2022 après des années de procédure, illustre la difficulté. La rapidité n'est le privilège d'aucune juridiction : c'est l'inertie qui domine partout.

Conséquence : même si tous les 47 projets aboutissaient — ce qui est très improbable — la production additionnelle n'arriverait pour l'essentiel qu'après 2035. Or l'AIE situe précisément le pic du déficit autour de cette même date 2035. Le calendrier européen arrive trop tard pour le moment où il serait le plus nécessaire.

Ce qui vient : 80 mines à construire ou perdre la course

La trajectoire est tracée. Soit l'Europe accélère drastiquement la mise en production de ses propres mines et raffineries — au prix de compromis environnementaux et de débats politiques explosifs sur les territoires concernés. Soit elle continue d'importer ses matériaux critiques de Chine, du Chili, de la République démocratique du Congo ou d'Indonésie, au prix d'une vulnérabilité géopolitique permanente.

L'exemple du tungstène français illustre l'enjeu : 100 000 tonnes prouvées sous le sol national, aucune mine en activité, dépendance totale à la Chine pour ce métal critique. Le scénario est le même pour le lithium, le cobalt, les terres rares.

Le cuivre polonais de KGHM représente un trésor — celui d'une filière européenne intégrée, à l'échelle. Mais à lui seul, il ne couvrira jamais l'explosion de la demande européenne. La question n'est plus de savoir si l'Europe doit ré-investir dans ses mines. C'est de savoir avec quels arbitrages elle accepte de le faire — et si elle parviendra à le faire avant que la course ne soit déjà perdue.

À retenir

  • KGHM Polska Miedź : 710 000 t de cuivre et 1 323 t d'argent produites en 2025. Filière intégrée extraction-raffinage entièrement européenne, exception rare sur le continent.
  • Cuivre +43 % en 2025 (record annuel depuis 2009), pic à 14 527 $/t le 29 janvier 2026. Cours autour de 12 200 à 13 350 $/t en avril 2026.
  • AIE : déficit de 30 % de l'offre d'ici 2035 ; investissement nécessaire 500-800 milliards $ d'ici 2040. CNUCED : 80 nouvelles mines à construire d'ici 2030.
  • Trump : tarif 50 % sur cuivre semi-fini depuis le 1er août 2025. Cathodes et minerais exemptés. Décret additionnel 25 % sur dérivés acier/alu/cuivre le 2 avril 2026.
  • Critical Raw Materials Act : 47 projets stratégiques labellisés en Europe, mais l'essentiel ne produira pas avant 2035. Le déficit s'installera avant.

À lire aussi

Sources : KGHM Polska Miedź — Résultats 2025 (710 000 t cuivre, 1 323 t argent) · CNUCED — Global Trade Update : cuivre et minéraux critiques (mai 2025) · AIE — Global Critical Minerals Outlook 2025 · S&P Global — Copper faces 30 % supply deficit by 2035 · White House — Section 232 Tariff on Copper Imports (30 juillet 2025) · White House — Renforcement tarifs acier/alu/cuivre (2 avril 2026) · Connaissance des énergies — 47 projets matières premières critiques labellisés en Europe · Cour des comptes européenne — Audit matières premières critiques (avril 2026) · Zonebourse — Cuivre records 2025-2026 · France 24/AFP — Reportage Polkowice-Sieroszowice (3 avril 2026)

L'essentiel

  • KGHM (Pologne) a produit 710 000 t de cuivre et 1 323 t d'argent en 2025. Le groupe fournit 40 à 50 % du cuivre consommé en Europe
  • Cuivre +43 % en 2025 (plus forte hausse annuelle depuis 2009). Record historique : 14 527 $/t le 29 janvier 2026. Autour de 12 200 à 13 350 $/t à la mi-avril 2026
  • AIE : déficit de 30 % de l'offre d'ici 2035, jusqu'à 800 milliards $ d'investissements nécessaires d'ici 2040
  • CNUCED : 80 nouvelles mines à construire d'ici 2030 pour combler la demande mondiale (+40 % d'ici 2040)
  • Trump : tarif 50 % sur le cuivre semi-fini depuis le 1er août 2025. Minerais et cathodes restent exemptés

Questions fréquentes

Pourquoi le cuivre est-il devenu un métal stratégique ?
Le cuivre conduit l'électricité mieux que presque tous les autres métaux et il est massivement présent dans les véhicules électriques (jusqu'à 83 kg par voiture), les éoliennes (4 à 10 tonnes par mégawatt), les data centers et les réseaux électriques. La CNUCED prévoit une hausse de la demande mondiale de plus de 40 % d'ici 2040, et l'AIE anticipe un déficit d'offre de 30 % d'ici 2035 (jusqu'à 40 % dans le scénario Net Zero). L'IA seule pourrait faire bondir la demande de cuivre de 50 % d'ici 2040 selon S&P Global.
KGHM Polska Miedź, c'est qui exactement ?
KGHM est un groupe minier polonais coté à Varsovie, exploitant essentiellement les mines de cuivre et d'argent de Basse-Silésie (Polkowice-Sieroszowice, Lubin, Rudna). En 2025, le groupe a produit 710 000 tonnes de cuivre et 1 323 tonnes d'argent, pour un chiffre d'affaires d'environ 8,4 milliards d'euros. Sa particularité : une filière entièrement intégrée — de l'extraction au raffinage — sur le sol européen, avec ses propres fonderies à Głogów et Legnica.
Combien de cuivre dans une voiture électrique vs une thermique ?
Une voiture à combustion interne contient environ 23 kg de cuivre en moyenne (bobinages d'alternateur, câblage, démarreur). Une voiture entièrement électrique contient jusqu'à 83 kg de cuivre, soit près de quatre fois plus. L'écart se loge essentiellement dans le bobinage du moteur électrique et la connectique haute tension. Un véhicule hybride rechargeable consomme environ 60 kg de cuivre — entre les deux.
Pourquoi le prix du cuivre a-t-il flambé en 2025-2026 ?
Deux facteurs principaux pour 2025. D'abord, des perturbations majeures sur de grandes mines mondiales (Grasberg en Indonésie notamment) ont resserré l'offre. Ensuite, la demande structurelle est tirée par l'IA (data centers) et la transition énergétique. Résultat : +43 % en 2025 (plus forte hausse depuis 2009) et record historique à 14 527 $/t le 29 janvier 2026. Début 2026, un troisième facteur s'est ajouté : la crise Iran-Ormuz, qui a fait flamber les coûts énergétiques de l'extraction et du raffinage. Cours autour de 12 200-13 350 $/t à mi-avril 2026.
La taxe Trump sur le cuivre touche-t-elle l'Europe ?
Indirectement. Depuis le 1er août 2025, les États-Unis appliquent une taxe de 50 % sur le cuivre semi-fini importé (tubes, fils, barres, câbles, connecteurs). Les minerais bruts, les anodes, les cathodes et le scrap restent exemptés. KGHM, qui exporte principalement de la cathode et du concentré, n'est donc pas directement frappé. Mais les fabricants européens de produits semi-finis (câbliers, tubiers) perdent en compétitivité sur le marché américain. Le décret du 2 avril 2026 a ajouté un tarif de 25 % sur les produits dérivés contenant de l'acier, de l'aluminium ou du cuivre.
L'Europe peut-elle être souveraine sur le cuivre ?
Partiellement. KGHM en Pologne et quelques fonderies allemandes (Aurubis), espagnoles et bulgares forment une filière européenne intégrée — exception rare en Europe pour un métal critique. Mais la production reste insuffisante face à la demande explosive, et l'Europe dépend toujours de la Chine pour le raffinage de la majorité des autres métaux critiques (lithium, cobalt, terres rares, magnésium). Le Critical Raw Materials Act adopté en 2024 fixe des objectifs (10 % extraction, 40 % transformation, 25 % recyclage en 2030) et a labellisé 47 projets stratégiques. Mais selon S&P Global, une mine de cuivre prend en moyenne 17,9 ans entre la découverte et la mise en production (31,8 ans aux États-Unis pour le cuivre) : la production additionnelle des 47 projets européens arrivera pour l'essentiel après 2035, soit après le pic du déficit identifié par l'AIE.

Claire Moreau

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