- KGHM (Pologne) fournit 50 % du cuivre européen. Demande mondiale : +40 % d'ici 2040, 30 % non satisfaite.
- Le cuivre est indispensable à la transition énergétique (éoliennes, véhicules électriques, réseaux).
- Reportage à 1 000 m sous terre dans les mines polonaises.
À mille mètres sous la Basse-Silésie polonaise, dans la mine de Polkowice-Sieroszowice, des robots et des mineurs extraient chaque jour le métal dont la transition énergétique européenne ne peut pas se passer. KGHM, le géant minier polonais, est le deuxième producteur mondial d'argent et le huitième producteur mondial de cuivre. Il fournit entre 40 et 50 % du cuivre consommé en Europe.
Pourquoi le cuivre est devenu le métal le plus stratégique du XXIe siècle
Les chiffres sont vertigineux. Selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la demande mondiale en cuivre va grimper de plus de 40 % d'ici 2040. L'Agence internationale de l'énergie estime que 30 % de cette demande ne sera pas satisfaite d'ici 2035 et qu'il faudra 80 nouvelles mines et 250 milliards de dollars d'investissements d'ici 2030 pour combler le déficit.
La raison tient en trois mots : électrification de tout. Une voiture électrique nécessite 80 kg de cuivre, contre 20 kg pour un véhicule thermique. Une éolienne consomme entre 4 et 10 tonnes de cuivre par mégawatt installé. Les data centers qui alimentent l'intelligence artificielle sont des gouffres à câblage. Et les réseaux électriques, qui doivent être massivement renforcés pour absorber les énergies renouvelables, utilisent du cuivre à chaque mètre de ligne.
Le cours du cuivre reflète cette tension. Après une hausse de 41,7 % en 2025, le métal avait atteint un record historique de 14 527 dollars la tonne en janvier 2026. Il évolue actuellement au-dessus de 12 000 dollars. Trump avait annoncé une taxe de 50 % sur le cuivre importé aux États-Unis en juillet 2025, finalement limitée aux produits finis — le même décret signé le 2 avril impose désormais 25 % sur les produits contenant de l'acier, de l'aluminium ou du cuivre.
KGHM : le champion européen que personne ne connaît en France
Le groupe polonais a généré plus de 36 milliards de zlotys de revenus l'an dernier (8,4 milliards d'euros), avec une production de 710 000 tonnes de cuivre et 1 347 tonnes d'argent. Ses réserves sont « estimées à au moins 40 ans » selon la direction du groupe. « Le cuivre est le nouveau pétrole de la transition énergétique », résume Piotr Krzyzewski, vice-président de KGHM, dans un entretien à l’AFP.
Pour l'Europe, KGHM est un atout stratégique majeur dans la course aux matières premières critiques face à la Chine, qui contrôle la majeure partie du raffinage mondial. La Commission européenne a labellisé 47 projets stratégiques d'extraction et de recyclage de métaux critiques dans 13 États membres, dont la Pologne. Mais entre la labellisation et la production effective, les délais se comptent en années.
Le reportage de l'AFP dans les galeries de Polkowice-Sieroszowice révèle une mine à la pointe de la technologie : bras robotisés, foreuses autonomes, ventilation assistée par IA. Mais l'extraction reste une activité lourde, consommatrice d'eau et d'énergie. Le paradoxe est là : pour produire les métaux de la transition écologique, il faut des mines qui sont elles-mêmes énergivores.
Ce que la crise d'Ormuz change pour les matières premières européennes
La fermeture du détroit d'Ormuz a brutalement rappelé à l'Europe sa dépendance aux flux maritimes pour ses matières premières. Le cuivre n'est pas directement touché (les routes principales passent par l'Atlantique et le Pacifique), mais les engrais, le gaz, le pétrole et les composants chimiques qui transitent par le Golfe sont désormais rarement disponibles. La crise a accéléré la prise de conscience : chaque dépendance externe est une vulnérabilité.
L'audit de la Cour des comptes européenne sur les matières premières critiques, publié en avril 2026, souligne que l'Europe dépend encore de la Chine pour plus de 60 % du raffinage de ses métaux stratégiques. KGHM, avec sa production entièrement européenne de l'extraction au raffinage, représente l'exception. Mais une exception ne fait pas une stratégie.
L'accord UE-Australie signé en mars 2026, que nous avions décrypté, visait justement à diversifier les sources. Mais l'Australie est loin. La Pologne est là. Le trésor de Basse-Silésie, à 1 000 mètres sous les champs de colza, pourrait être le premier pilier d'une souveraineté européenne sur les métaux. À condition que l'Europe investisse autant dans ses mines que dans ses discours.











