Un même héritage de 500 000 euros transmis à un enfant unique : environ 78 000 euros de droits à payer en France, zéro en Italie ou au Portugal. Rapportés à la richesse produite, les droits sur les successions et les donations placent la France au premier rang des pays de l'OCDE. Et la note monte toute seule : l'abattement qui protège chaque enfant n'a pas bougé d'un euro depuis 2012, pendant que la valeur des logements, elle, montait.
Combien paie vraiment un héritier en France
En ligne directe — d'un parent à son enfant —, chaque héritier bénéficie d'un abattement de 100 000 euros. Au-delà, un barème progressif s'applique, de 5 % à 45 % selon le montant transmis. Pour un enfant unique recevant 500 000 euros, la part taxable atteint 400 000 euros après abattement, ce qui aboutit à des droits de l'ordre de 78 000 euros. Le barème compte sept tranches, mais l'essentiel se joue dans celle de 20 %, qui court de 15 932 à 552 324 euros : c'est elle qui absorbe la quasi-totalité d'un héritage ordinaire. Les conjoints et partenaires de Pacs, eux, sont totalement exonérés depuis 2007.
Le même héritage chez nos voisins
En Italie, chaque enfant comme le conjoint reçoit un million d'euros en franchise, et ce qui dépasse n'est taxé qu'à 4 % : sur 500 000 euros, la note est nulle. Le Portugal exonère les transmissions en ligne directe. L'Allemagne laisse passer 400 000 euros par enfant, soit quatre fois l'abattement français, avant d'appliquer un barème qui va de 7 à 30 %. La Suède, l'Autriche et une grande partie de l'Europe de l'Est ont supprimé l'impôt sur les successions.
Ce que pèsent vraiment ces droits
Les droits de mutation à titre gratuit — successions et donations réunies — ont rapporté 20,8 milliards d'euros en 2023, soit environ 1,5 % des recettes fiscales de l'État. Rapportée au produit intérieur brut, cette part atteint 0,74 %, et c'est la plus élevée de l'OCDE. Les chiffres figurent dans l'exposé des motifs d'une proposition de loi déposée au Sénat le 8 décembre 2025 par Alexandre Ouizille, qui veut créer un impôt sur les grandes successions. Deux ressorts expliquent cette place : un abattement français quatre fois inférieur à l'allemand, et un barème qui grimpe jusqu'à 45 % là où celui de l'Allemagne s'arrête à 30 %.
Une franchise qui n'a pas bougé d'un euro
L'abattement de 100 000 euros vaut pour les successions ouvertes depuis le 17 août 2012, et il n'a pas été revalorisé depuis 2013. Il n'est pas indexé sur l'inflation, alors que la valeur des biens, l'immobilier surtout, a fortement progressé pendant ces années. À patrimoine équivalent, une part de plus en plus grande de l'héritage passe donc sous le barème, sans qu'aucune hausse de taux ait jamais été votée.
Ce que paie l'enfant du conjoint
Élevé par le défunt pendant vingt ans ou croisé trois fois, l'enfant du conjoint ou du partenaire de Pacs qui n'a pas été adopté reste le même aux yeux du fisc : un étranger. Il a droit à 1 594 euros d'abattement, puis paie 60 % sur tout le reste. L'article 779 du code général des impôts, qui fixe les abattements, n'a pas été modifié depuis août 2012, et la loi de finances pour 2026 n'a touché ni aux barèmes ni aux abattements en ligne directe. Des amendements ont proposé d'ouvrir à ces enfants les 15 932 euros réservés aux frères et sœurs ; aucun n'a été retenu.
Une voie existe pourtant, et elle est ancienne : l'adoption simple. L'article 786 du même code permet alors de traiter l'adopté comme un enfant, avec les 100 000 euros d'abattement et le barème de la ligne directe, à condition qu'il ait reçu du défunt des « secours et des soins non interrompus ». Depuis une réforme de 2016, celui qui est encore mineur au décès n'a plus de durée minimale à justifier ; devenu adulte, il doit établir cinq ans de prise en charge pendant sa minorité, ou dix ans en comptant sa majorité.
Un sujet revenu dans la campagne
Fin août, le Medef a réuni sept candidats à la présidentielle à Roland-Garros pour un débat économique dont la fiscalité était l'un des cinq thèmes, et où ceux de gauche étaient attendus sur l'imposition des hauts patrimoines, héritage compris. Le premier tour est fixé au 18 avril 2027.
Les pistes vont dans les deux sens. D'un côté, relever ou réindexer l'abattement en ligne directe et adoucir le barème. De l'autre, taxer plus lourdement les transmissions les plus élevées : c'est ce que propose le texte d'Alexandre Ouizille, qui veut refaire l'assiette et le barème des droits de mutation et imposer les plus-values latentes. Un amendement de La France insoumise, déposé par Marianne Maximi et 76 cosignataires, allait plus loin encore, avec la fin de l'avantage fiscal de l'assurance-vie et la réforme du pacte Dutreil ; l'Assemblée l'a rejeté le 3 novembre 2025. Rien n'a donc changé, et le débat se rouvre à chaque budget, dans un pays où l'inflation pèse déjà sur le budget des ménages.
Ce qu'on peut préparer de son vivant
Trois outils permettent d'anticiper sans sortir de la loi. La donation de son vivant ouvre un abattement qui se reconstitue tous les quinze ans, ce qui récompense ceux qui s'y prennent tôt. Le démembrement de propriété transmet la nue-propriété et allège l'assiette taxable, l'usufruit restant au donateur jusqu'à sa mort. L'assurance-vie, enfin, obéit à sa propre fiscalité successorale, plus favorable pour les versements faits avant 70 ans. Chacun de ces montages a ses règles et ses pièges, et se prépare chez le notaire.











