Un même héritage de 500 000 euros transmis à un enfant unique : environ 78 000 euros de droits à payer en France, zéro en Italie ou au Portugal. L'écart résume une singularité française. Sur la transmission du patrimoine, la France figure parmi les pays qui taxent le plus en Europe — un poids que le gel des abattements alourdit, année après année.
Combien paie vraiment un héritier en France
En ligne directe — d'un parent à son enfant —, chaque héritier bénéficie d'un abattement de 100 000 euros. Au-delà, un barème progressif s'applique, de 5 % à 45 % selon le montant transmis. Pour un enfant unique recevant 500 000 euros, la part taxable atteint 400 000 euros après abattement, ce qui aboutit à des droits de l'ordre de 78 000 euros. Les conjoints et partenaires de Pacs, eux, sont totalement exonérés depuis 2007.
Le même héritage chez nos voisins
Les comparaisons sont frappantes. En Italie, l'abattement atteint un million d'euros par enfant ou pour le conjoint, et au-delà la taxation n'est que de 4 % : sur 500 000 euros, la note est nulle. Le Portugal exonère totalement les transmissions en ligne directe. L'Allemagne applique un barème de 7 % à 30 %, nettement plus doux que le barème français. Plusieurs pays — Suède, Autriche, une grande partie de l'Europe de l'Est — ont purement et simplement supprimé l'impôt sur les successions.
La France, parmi les plus taxantes, mais pas la seule
Il faut nuancer une idée répandue : la France n'est pas systématiquement « la » championne de la taxation, mais elle figure tout en haut du classement. Selon l'OCDE, les prélèvements sur les successions et donations représentaient 1,4 % des recettes fiscales françaises en 2019 — un niveau parmi les plus élevés des pays développés, seule la Belgique faisant davantage. La place de la France tient autant à des taux élevés qu'à des abattements modestes au regard de la valeur des patrimoines, notamment immobiliers.
L'érosion silencieuse : un abattement figé
C'est le mécanisme le plus discret, et le plus déterminant. L'abattement de 100 000 euros n'est plus indexé sur l'inflation depuis 2012, et il est gelé jusqu'au 31 décembre 2028. Pendant ce temps, la valeur des biens, en particulier l'immobilier, a fortement progressé. Résultat : à patrimoine équivalent, une part de plus en plus grande de l'héritage passe sous le barème. Ce n'est pas une hausse de taux votée, mais une hausse de fait, produite par le simple écoulement du temps.
Ce qui change en 2026
La principale nouveauté concerne les familles recomposées. L'enfant du conjoint ou du partenaire de Pacs, non adopté mais effectivement élevé par le défunt, bénéficie désormais d'un abattement de 15 932 euros. La taxation reste toutefois appliquée au taux forfaitaire de 60 % réservé aux personnes sans lien de parenté reconnu — un aménagement réel, mais limité. Le barème et les abattements en ligne directe, eux, n'ont pas été modifiés par la loi de finances, à la différence d'autres postes du budget des ménages.
Les pistes de réforme en débat
Le sujet revient régulièrement dans le débat public, sans trancher. Plusieurs pistes circulent : relever ou réindexer l'abattement en ligne directe, revoir le barème, ou au contraire taxer davantage les transmissions les plus élevées. Aucune n'est à ce stade adoptée. Toute évolution se heurte à un arbitrage politique sensible, entre rendement budgétaire et attachement des Français à la transmission, dans un contexte où l'inflation pèse déjà sur le budget des ménages.
Trois leviers légaux pour réduire la note
Plusieurs outils permettent d'anticiper, dans le cadre de la loi. La donation de son vivant, qui ouvre un abattement renouvelable tous les quinze ans. Le démembrement de propriété, qui transmet la nue-propriété en allégeant l'assiette taxable. Et l'assurance-vie, dont la fiscalité successorale reste plus favorable, surtout pour les versements effectués avant 70 ans. Chacun de ces dispositifs obéit à des règles précises : un conseil notarial reste indispensable avant de s'engager.











