Retraite repoussée au-delà de 67 ans, impôts allégés pour les classes populaires et moyennes, effort demandé aux plus riches, ton durci face à la Chine : la coalition au pouvoir en Allemagne a annoncé jeudi un compromis sur un vaste ensemble de réformes, censé sortir la première économie européenne de l'ornière. L'accord met fin à des mois de dissensions entre les conservateurs de la CDU-CSU et les sociaux-démocrates du SPD.
« Nous veillons à préserver notre État providence et nous veillons à alléger la charge qui pèse sur les salariés et les entreprises en baissant les impôts », a déclaré le chancelier Friedrich Merz devant la presse, dans les jardins de la chancellerie. « Nous veillons à accroître la flexibilité de nos entreprises. Nous veillons à réduire la bureaucratie. »
Retraite au-delà de 67 ans, impôts : qui gagne, qui paie
La réforme des retraites, préconisée par une commission indépendante, doit être adoptée d'ici la fin de l'année. Elle prévoit la hausse progressive de l'âge légal de départ au-delà de 67 ans, l'élargissement de l'assiette des cotisants et l'introduction d'une dose de capitalisation.
Côté fiscalité, la coalition a décidé un allègement de dix milliards d'euros pour les revenus faibles et moyens. Le manque à gagner sera compensé par une baisse des subventions fiscales et une imposition accrue des revenus dépassant 250 000 euros par an. « Les plus hauts revenus contribueront davantage. C'est une question d'équité si nous voulons faire avancer le pays », a défendu le ministre des Finances, le social-démocrate Lars Klingbeil. Pour lutter contre l'absentéisme au travail, le gouvernement imposera par ailleurs un arrêt de travail dès le premier jour de maladie et interdira sa délivrance après une simple consultation téléphonique.
Pourquoi Berlin accélère maintenant
Après un peu plus d'un an aux affaires et un bilan jugé limité, Friedrich Merz fait face à une économie qui navigue entre récession et stagnation. L'industrie exportatrice, longtemps moteur du modèle allemand, est plombée par le coût de l'énergie et du travail, la bureaucratie, la concurrence chinoise et les droits de douane américains — un cocktail qui pèse sur toute l'industrie européenne, chimie en tête.
Le calendrier est aussi politique. La CDU-CSU et le SPD veulent empêcher l'AfD, en tête dans les sondages nationaux, de prendre pour la première fois les commandes de deux régions de l'Est lors des élections régionales de septembre. Une victoire du parti d'extrême droite serait une première dans l'Allemagne d'après-guerre — et un séisme pour un chancelier critiqué à droite comme à gauche, crédité de plus de 80 % d'opinions défavorables. « Nous avons également une demande à vous adresser. Rejoignez-nous. Soutenez-nous dans les réformes », a lancé M. Merz aux Allemands, promettant de tout faire « pour sortir le pays de la faiblesse structurelle de (sa) croissance ».
Berlin promet enfin de porter, dans le cadre de l'Union européenne, une politique commerciale « plus robuste face à la Chine », selon les mots de Lars Klingbeil, qui accuse le premier client devenu premier concurrent de l'Allemagne de « détruire, avec des moyens déloyaux, des emplois et des modèles économiques ». Le chancelier a détaillé les griefs : surcapacités de production, subventions massives, monnaie artificiellement faible — l'arsenal d'une puissance commerciale dont l'Europe dépend autant qu'elle la redoute.
Reste à transformer le compromis en lois, puis en résultats. Le premier verdict, lui, a déjà une date : septembre, dans les urnes de deux régions de l'Est.











