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Note de la dette de la France :
qui la décide et ce qu'elle change

Fitch, Scope, Moody's et Morningstar DBRS reprochent surtout à la France une dette qui grossit et une vie politique morcelée.

Mis à jour le samedi 24 octobre 2026 — 00h22
5 min
Le logo de S&P Global affiché sur un écran, avec son reflet
Le logo du groupe S&P Global, maison mère de l'agence de notation S&P Global Ratings, sur un écran. Image d'illustration.© AFP

Le vendredi 23 octobre au soir, Moody's s'est abstenue de toute action de notation, selon l'AFP. La France reste notée Aa3 avec une perspective négative, ce qui signale, dans le langage des agences, qu'une baisse est plus probable qu'une hausse. Cette note se situe un cran au-dessus du A+ que lui accordent Fitch et S&P Global depuis septembre et octobre 2025. Une dégradation, qui aurait aligné Moody's sur ses deux grandes homologues, était généralement attendue. Dans son communiqué, l'agence explique que « la notation Aa3 part de l'hypothèse qu'un budget de 2027 réduisant le déficit sera adopté, tandis que les coûts de financement et les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois » (traduction de l'AFP). Sur le réseau social X, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a jugé que ce maintien « déjoue les pronostics déclinistes ».

Une note souveraine est l'avis d'une agence privée sur la capacité d'un État à rembourser ce qu'il emprunte, résumé en lettres, du « AAA » au défaut de paiement. Huit agences notent la France, selon l'Agence France Trésor. Les deux japonaises, R&I et JCR, lui accordent encore AAA, avec une perspective négative. Chez chacune, la note est arrêtée par un comité de notation, sur le dossier d'un analyste : chez Fitch, l'analyste principale de la France est Malgorzata Wegner ; chez Scope, Eiko Sievert.

Les notes de la dette de la France au 20 octobre 2026, selon l'Agence France Trésor
AgenceNotePerspectiveDernière décisionProchaine revue annoncée
Moody'sAa3Négative10 avril 202623 octobre 2026, passée sans action de notation
S&P GlobalA+Stable29 mai 202627 novembre 2026
FitchA+Stable28 août 2026Non annoncée
ScopeA+Stable18 septembre 2026Non annoncée
Morningstar DBRSAANégative18 septembre 2026Non annoncée
KBRAAA-Stable12 juin 202611 décembre 2026
R&IAAANégative30 mars 2026Non annoncée
JCRAAANégative12 décembre 2025Non annoncée

Les dégradations depuis la perte du triple A

S&P a retiré à la France la note AAA en janvier 2012, Moody's en novembre de la même année, en la ramenant à Aa1. Fitch l'a fait passer de AA- à A+ le 12 septembre 2025, S&P le 17 octobre suivant, et toutes deux ont confirmé ce niveau en 2026 : Fitch en mars puis le 28 août, S&P le 29 mai.

Le 18 septembre 2026, l'européenne Scope a ramené la note de AA- à A+. Elle invoque « une détérioration durable des perspectives budgétaires », marquée par une dette publique en hausse, des déficits durablement élevés et peu de progrès dans les réformes structurelles. L'agence décrit aussi des perspectives politiques difficiles, faites de « fragmentation et de polarisation accrues » (citations des agences traduites de l'anglais).

Le même jour, Morningstar DBRS a gardé AA mais a placé la note sous tendance négative. Selon elle, « le risque que le gouvernement ne parvienne pas à corriger les déséquilibres budgétaires augmente ».

Dette, déficits et morcellement politique

Le 28 août, en confirmant son A+, Fitch a écrit que la note était « tirée vers le bas par une dette élevée et croissante, un contexte politique et social qui rend l'assainissement budgétaire difficile, et une faible croissance potentielle ». L'agence prévoyait alors un déficit public de 5,2 % du PIB en 2026, puis de 5,5 % en 2027, faute d'amélioration l'année de la présidentielle, et de 5,2 % en 2028. La dette passerait selon elle de 115,7 % du PIB en 2025 à 122,7 % en 2028. « La fragmentation politique persistante est un point faible déterminant pour la note », ajoutait Fitch.

En avril, Moody's justifiait sa perspective négative par « le risque accru que la fragmentation du paysage politique français continuera d'entraver le fonctionnement des institutions législatives », citait Économie Matin le 13 avril. Le 2 octobre, au lendemain de la présentation du budget, l'agence jugeait son adoption très incertaine à l'approche de la présidentielle. Le facteur clé qu'elle examine pour sortir de la perspective négative est « la capacité des institutions françaises à surmonter leurs principales difficultés malgré la fragmentation du Parlement », écrivait-elle dans une note, selon Reuters.

Un budget encore en discussion

Le projet de budget présenté en Conseil des ministres le 1er octobre vise un déficit de 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % attendus en 2026. Il annonce 54 milliards d'euros d'économies, dont 43 milliards de mesures nouvelles et 11 milliards déjà engagées, et suppose une croissance de 1 %, une hypothèse que le Haut Conseil des finances publiques juge « optimiste au regard des dernières évolutions ». L'État prévoit d'emprunter jusqu'à 340 milliards d'euros sur les marchés en 2027, contre 310 milliards en 2026.

La charge d'intérêts de l'ensemble des administrations publiques passerait de 79,2 milliards d'euros à 91 milliards, soit 12 milliards de plus, d'après l'avis du Haut Conseil. Le texte est en discussion à l'Assemblée nationale, où le vote sur les recettes, prévu le 20 octobre, a été reporté.

Le prix d'une signature jugée plus risquée

« Les investisseurs s'interrogent sur la capacité du pays à conjuguer apaisement social et redressement budgétaire », relevait le 19 octobre Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour eToro, cité par Reuters. Sur le marché, le rendement des titres de l'État à dix ans a atteint 4,99 % début octobre, son plus haut niveau depuis 2002. Il était de 4,87 % le 19 octobre en début d'après-midi, après un week-end marqué par des violences et des pillages en marge de manifestations contre la vie chère, contre 4,55 % pour l'Italie. L'écart avec l'Allemagne, qui mesure le supplément de rendement exigé pour détenir de la dette française, s'établissait à environ 1,45 point, contre près de 1,6 point au plus fort, début octobre.

Ce niveau ne pèse que sur les emprunts nouveaux : un titre déjà émis garde son taux jusqu'à l'échéance. Le gouvernement a calculé qu'une hausse durable d'un point de tous les taux alourdirait la charge d'environ 3 milliards d'euros la première année, 8 milliards la deuxième et 12 milliards la troisième.

À chaque revue, une agence peut confirmer la note et sa perspective, changer seulement la perspective, ou modifier la note elle-même, d'un ou de plusieurs crans. Une perspective négative n'oblige pas l'agence à agir à la date prévue.

S&P Global a rendez-vous avec la France le 27 novembre, KBRA le 11 décembre.

L'essentiel

  • R&I et JCR, les deux agences japonaises, notent encore la France AAA, avec une perspective négative.
  • Fin août, Fitch prévoyait un déficit de 5,5 % du PIB en 2027, contre 5 % visés par le gouvernement.
  • Une hausse durable d'un point de tous les taux coûterait environ 3 milliards d'euros la première année, selon le gouvernement.

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